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mardi 23 décembre 2025

Alcide MILLEVILLE, alias ROBERVYL

 
 

 Le succès d'un Roubaisien et d'une Tourquennoise à l'Opéra. L'Union des maîtres de chant français et notre confrère Comœdia ont donné, dimanche à l'Opéra de Paris, un concours de chant auquel étaient seules admises les voix graves barytons, basses et contralti. C'est en effet un Roubaisien, M. Alcide Milleville, âgé de 26 ans, domicilié 58 rue Saint Elisabeth qui sous le pseudonyme de Robervyl a enlevé le premier prix des barytons. M. Robervyl a fait une très forte impression sur le jury. Voici en quels termes s'exprime notre confrère Comœdia : M. Robervyl a fort diverti son auditoire en chantant le fameux monologue de Figaro dans le Barbier de Séville. Il s'y montre habile et roublard comme un vieux routier de la scène, cueillant des effets comiques comme s'il était déjà titulaire du rôle. Il est à la fois bon garçon, plein d'humour et de malice. Plus loin, dans le même journal, on lit encore : Il s'agit de quelqu'un qui possède dès maintenant un métier raffiné, une assurance entière, une variété d'expressions efficace. Il joue en même temps qu'il chanté. Il file la note aigüe et descend en souplesse jusqu’au registre en virtuose. M. Robervyl n'est d'ailleurs pas un inconnu de nos amateurs régionaux. Il chante assidûment au micro de Radio PTT Nord, et figure de plus parmi les chantres de l'église Sainte Elisabeth où il est particulièrement apprécié. M. Robervyl a, d'autre part, obtenu le premier prix d'honneur au concours du 14 juillet 1035, à Roubaix, et l'an dernier il obtint le premier grand prix au concours du "meilleur chanteur du Nord". Ce concours était aussi ouvert aux chanteuses et dans la catégorie des contralti, c'est encore une artiste de chez nous qui s'est distinguée, Mlle Maryse Vildy*, originaire de Tourcoing.
Journal de Roubaix 10/6/1936 
*contralto, active de 1934 à 1943, née vers 1905
 
Alcide Milleville est né à Croix le 8 avril 1910, il y épouse Irène Lefèbvre le 3 juin 1933. On sait qu'il enseigne déjà le chant dès 1930, 126 rue Jean-Baptiste Delescluse, puis en 1933 il est relieur au 31 de la rue du Parc, toujours à Croix. Dès 1935 il participe aux émissions de Radio PTT Nord. En 1936 il obtient le 1er prix d'un concours organisé par le théâtre national de l'Opéra de Paris (voir ci-dessus). De 1937 à 1939 il anime l'émission "Le quart d'heure de chant de Robervyl" sur Radio PTT Nord. En 1938 il se fait remarquer au Petit Casino à Paris dans un numéro qu'il vient de créer Chansons de mer qui lui procure plusieurs contrats dans des Music-Halls parisiens, il est accompagné par Mlle Sylvia Florin. Pendant la guerre il participe à de nombreux galas de bienfaisance au profit des prisonniers : Nos artistes mobilisés chantent toujours […] Le sapeur Milleville, connu à Roubaix-Tourcoing sous le nom de Robervyl, chanta une marche des sapeurs du génie dont il est l'auteur, avec la musique de la jeune compositrice Mary Lyse (Mlle Fernande Desbarbieux, du conservatoire de Roubaix). En 1942 il se produit en spectacle avec Simons au Gymnase Danrel à Lille, puis avec Line Dariel, Bibos, Bertal, Davril à partir de février pour la reprise des émissions de Radio PTT Nord sous la direction des Léon Plouvier.
Après guerre, les dernières mentions relevées dans la presse pour des concerts de l'Orphéon des Anciens Combattants de Roubaix qui se produit à Berck en septembre 1950 et septembre 1953. Il meurt à Roubaix en 1994, trois mois après son épouse. 
 
 
Rencontre (Denyse Soubrie, Jean Prez)
collection personnelle 

paroles de Robervyl, musique de Mary-Lyse
collection personnelle 

 
 
 

mercredi 17 décembre 2025

Verlor et Davril

 mise en ligne le 5/5/2018
mise à jour le 17/12/2025 : ajout d'un hommage par Yvan Levaï
 
Un duo fantaisiste originaire de Roubaix et Lille, qui a laissé plusieurs enregistrements.


toutes les illustrations : collection personnelle



Jan Davril

Il est né à Lille, rue de Fives, sous le nom de Roger Raux le 12 juillet 1922. Son père, Abel, est expert-comptable, sa mère, Marie Husquin, est originaire de Bruay-Labuissière. De son enfance, on sait qu'il est très attiré par la musique, le chant ; il se serait produit sur scène à huit ans. Il apprend aussi le piano et en joue si bien qu'il est retenu pour participer en septembre 1933, à l'émission des Matinées Enfantines de Radio PTT Nord. Il y interprète une composition de Maxence Gueniffey, Josette au Casino. En 1942 j'ai relevé son passage à l'antenne de Radio Lille sous son pseudo, il est accordéoniste tyrolien. La même année il se produit  aussi sur cette radio sous le nom de Roger Raux, il interprète des chansons de Charles Trenet, au même programme qu'Arlette Rucart, avec qui il se produit régulièrement dans les brasseries de Roubaix et Tourcoing



Le Journal de Roubaix, 11 décembre 1943

Gaby Verlor

Gabrielle Vervaecke est une enfant de la balle. Née en 1921, elle a à peine cinq ans quand son père, Victor Vervaecke, dit Verlor, comique troupier puis agent artistique, monte un spectacle et l'emmène sur les planches. Ils sont Les Gaby Verlor et se produisent dans les cinémas et brasseries de la région lilloise. Parallèlement elle suit des cours au Conservatoire de musique de Roubaix, et obtient un premier prix de piano, à l'unanimité avec félicitations du jury, ainsi que des distinctions en solfège, harmonie et histoire de la musique, etc.
Vers 1939, elle édite quelques chansons à compte d'auteur, dont elle compose la musique sur des paroles de son père : Ah ! le Jazz et La lettre du gosse. Elle les présente sur scène, notamment à Dunkerque vers 1940 au dancing Evo d'Arsène Arcier, transformé en café-concert pour cause d'Occupation.
Son père fait prisonnier, elle est évacuée avec sa mère à Pamiers dans l'Ariège. Elle y retrouve un autre réfugié lillois, Léopold Simons qui lui demande de composer la musique de sa revue : A la queue leu leu, jouée à Agen en juillet 1941, puis la même année, elle compose celle de la revue Les rois du marché noir, dont Ch'est l'pain, une des chansons en patois, créée par Line Dariel en juillet 1941, à La Madeleine. En 1942 elle écrit la musique de la revue Ça, c'est des jus, dont Te peux rev'nir Alphonse, chantée par Line Dariel. Après la guerre elle compose la musique de plusieurs chansons écrites par Simons : C'est toujours le printemps, créée par Bertal (1945) ; Du bonheur sans ticket, créée par Odette Chantal (1945) ; Oh ! Oïe ! Oïe, créée par Arlette Rucart (1945). Dernière collaboration avec Simons en 1950 pour la revue Attrape à Balou, avec Line Dariel, Simons, André Nadon, Line Alexandre, Corvelin, Denise Menez, Tony Royer, Ramys et l'accordéoniste Edmond Draheim.










Verlor et Davril
C'est en participant ensemble à la revue de Simons Ça, c'est des jus, en 1942, qu'ils se sont rencontrés. En mai 1944, Roger épouse Gabrielle et en juin on relève la première mention de leur passage au Café l'Universel de Roubaix. Le 11 février 1945, ils triomphent au Grand Théâtre de Lille dans le même spectacle que Mistinguett et Roger Nicolas qui leur conseille de tenter leur chance à Paris. Après une audition dans une brasserie située au dessus de l'actuel Caveau de la République, ils sont engagés au nouveau Casino de Nice (21 mai 1946). En novembre 1946 le couple fait la première partie de Georges Ulmer et Bourvil à l'ABC de Paris, un critique les remarque : Une mention spéciale aux Tyroliens… marseillais (sic) [sic] Jan d’Avril [sic] et Gaby Verlor, qui composent un dessin animé de trilles acidulées et de mimiques charmantes, dans un rythme inlassable
Leurs passages dans les grandes salles parisiennes se succèdent : Bobino, Pacra, l'Alhambra, l'Européen, le Gaumont-Palace. Ils entament alors une tournée internationale qui les mène, au Portugal, en Suisse, Belgique, dans les pays Scandinaves et en Angleterre où ils sont au programme de l'émission Café Continental, sur la BBC TV. 


coupure de presse, magazine non identifié

En 1952 ils interprètent leur propre rôle dans le film de Claude Cariven L'amour n'est pas un péché, dans lequel ils chantent la chanson Chiens et chats. C'est leur unique prestation filmée à ma connaissance.



© editions Atlas


Ils sont invités en 1954 à l'émission Paris Star Time pour le French Broadcasting System - North America. Leur interview par Lou Van Burg a été conservé dans cet enregistrement ICI.
En juillet 1954 ils répondent à l'interview de Germaine Ramos (La Semaine Radiophonique) : 
Composez-vous toujours vos chansons ?
Nous les faisions, au départ, presque toutes ; mais nous avons pensé que notre tour serait plus varié si nous faisions appel à l'autres compositeurs ; et maintenant nous n'en plus qu'une à nous : Ma petite amie et moi. nous avons par ailleurs, de deux jeunes compositeurs encore inconnus (et camionneurs de leur métier), Le Bon Dieu, [qui est de Julien Bouquet lui aussi livreur] ; Jeanne est amoureuse, de J. Plante ; Ma petite rime, de Dréjac et Constantin. […]
Depuis combien de temps êtes-vous dans le métier ?
Nous faisons le tour de chant depuis deux ans seulement. Mais auparavant nous avions monté un numéro international vocal, très visuel, habillés en tyroliens. Nous parlons anglais tous les deux, et chantons en italien à l'occasion. Nous travaillions sans cesse à l'étranger, mais à Paris on nous ignorait totalement. Alors nous avons décidé d'y tenter notre chance, avec des chansons toujours différentes, radiophoniques cette fois.
En octobre de la même année, le couple se sépare, le divorce est prononcé par le tribunal de la Seine. Mais le duo poursuit sa carrière professionnelle. Un tragique accident y met un terme en juillet 1955, Jan Davril revient d'un gala et sur la route entre La Châtre et Châteauroux, à Nohant près du château de Georges Sand, la chaussée est en mauvais état (il se serait endormi au volant selon une autre source*), son auto fait une embardée et il meurt le 11 juillet lors de cet accident. Gaby Verlor, après quelques années de retrait et une tentative en solo, devient la compositrice à succès que l'on sait.

Christian Declerck

Sources : Simons, 1901-1979, Association Toudis Simons, Lille, 1999 ; Nord Matin ; La Semaine Radiophonique ; Mon Programme ; Le Journal de Roubaix ; L'Egalité de Roubaix-Tourcoing ; Le Réveil du Nord ; Le Nouvelliste de Sion ; Rgards, magazine ; Verlor et Davril, légende de la chanson française, Marianne Mélodie, 1999. Et merci à M. B. Philippe pour ses informations recueillies auprès d'un témoin de l'accident de Nohant. * programme d'un concert à Bobino octobre 1957






La Voix du Nord



*****

A leur répertoire : vidéo, paroles/musique, (édition/enregistrement)

- Allez Lille !, Verlor et Davril (1953)
- Au loin dans la plaine, R. Marbot / S. Goldmann (?/1951)
- Au petit trot, Pierre Delanoë / Marc Fontenoy (1954)
- La ballade de Paris, Francis Lemarque (1954/1954)
- Biot, Jean Davril / Gaby Verlor (1954)
- Le bon Dieu, Julien Bouquet / Jean Lioret, Paulette Vethueil (1954/1955)
- Ca m'est égal, Jan Davril / Gaby Verlor (1951)
- Carnaval à Cuba, Pierre Amelot, A. Zmigrod / Alfredo Zmigrod (1949/?)
- C'est si facile de s'aimer, Jan Davril / Gaby Verlor (1951)
- Chiens et chats, Marc Fontenoy / Max François (1952)
- Delicado, Pierre Amel / Waldyr Azevedo (1951/1953)
- Dis à ta mère, Jean Setti / Josef Marais (1950/1950)
- Dis moi mon amour pourquoi Jan Davril / Gaby Verlor (1951)
- Dorothée, Jean Pierre Mottier / Strauss (1951/1953)
- La fête du tabac, Henri Ithier, René Denoncin / Pia der Moro (1952/1954)
- L'île des cocotiers, M. Fontenay, S Sept / D. Shapiro (?/1953)
- Jeanne est amoureuse, Jacques Plante / Yvon Alain (?/1955)
- Légère et court vêtue, François Llenas / Daniel White (1953)
- Line, Francis lopez (1952/1953)
- Lorsque je suis seul Jan Davril / Gaby Verlor (1950)
- Le mambo chinois, Robert Chical, René Denoncin / Jack Le Dru (1953/1953)
- Ma p'tite amie et moi, Jan Davril / Gaby Verlor (1953/1954)
- La marche des poulbots, Maurice Vandair / Yvette Horner (1949)
- Mam'zell' souris, Géo Bonnet, François Llenas / Chico Roberti, Jean Rignac (1952)
- Maria Cristina veut toujours commander, Mireille Brocey / Nico Saquito (1952/?)
- Mister Callaghan, René Rouzaud / Eric Spear (1952/1953)
- Moi… moi !, Pierre Dudan / Emil Stern (1951/1952)
- Oh ! Joe ! Joe ! Jan Davril / Gaby Verlor (1950)
- On l'appelait le petit homme, Jan Davril / Gaby Verlor (1950)
- Le petit âne brésilien, Fernand Bonifay / Guy Magenta (1954/1954)
- La petite Marie, Noël Barcy, Roger Vanay / S.M. Eyssen, Wessel Dekker (1951/1953)
- La petite rime, Dréjac / Jean Constantin (?/1954)
- Le petit tacot de Mexico, Geo Bonnet / B.P. Godinho (1950)
- Pipo le vagabond, Jan Davril / Gaby Verlor (1950/1950)
- Prenez mon cœur et mes roses, Fernand Bonifay / Tolchard Evans  (?/1953)
- Quand je pense à toi, Jan Davril / Gaby Verlor (1954/1955)
- Quand tu m'regard's comm' ça Jan Davril / Gaby Verlor (1954)
- Rita de Panama, Jacques Plante / A. Tabet, H. Leca (?/1951)
- Rose Marie polka, G. Liferman / M/ Harden (?/1953)
- Samba caramba, Louis Amade / Maurice Dehette (1949/1950)
- Tap et tip et tap Jan Davril / Gaby Verlor (1950)
- Toi qui disais, qui disais, Jean Claude Darnal / Dana Suesse (1952)
- Les trottoirs, Raymond Lévesque (?/1955)
- Yo de lai, Jan Davril / Gaby Verlor (1950)
 

 





hommage à Gaby Verlor par Ivan Levaï

mardi 12 mars 2024

Mary-Lyse, chanteuse roubaisienne

mise en ligne le 24/3/2017
mise à jour le 12/3/2024 : ajout des dates de décès des époux


Mary-Lyse, photo Jérome, Paris
collection personnelle


Fernande Desbarbieux est née à Roubaix le 5 mai 1923. Ses parents sont ouvriers d'usine, le père conducteur de machines et la mère ourdisseuse, tous les deux de familles roubaisiennes. Fernande fait ses études à l'école de filles de la rue Gambetta, elle obtient son certificat d'étude en 1935. Elle poursuit ses études à l'Ecole Pratique de Commerce et d'Industrie de Roubaix. Elle est encore écolière quand elle participe à son premier crochet (concours de chant) organisé par le Sport Ouvrier Wattrelosien, je n'en connais pas le résultat, mais elle chante en public pour la première fois deux mois plus tard à Flers, pour l'Amicale laïque. Elle n'a pas 15 ans. Elle se produit ensuite à Mons-en-Barœul en février et en mai 1939. Elle interprète un répertoire de chant lyrique : La rose de la Lande de Schubert, la Berceuse de Mozart et Paysage de Reynaldo Hahn.

collection personnelle

Elève au Conservatoire de Roubaix, elle se produit lors des examens et concours en juin et juillet 1939. Elle ne semble pas avoir obtenu de prix. Ayant déjà comme projet de faire du chant sa profession, elle s'inscrit à une émission proposée par la Radio PPT Nord, Conseils et essais pratiques au micro pour chanteur, en juillet 1939. Trois mois plus tard elle compose la musique d'une chanson sur les paroles du chanteur roubaisien RobervylLa Marche des Sapeurs qu'il interprète début novembre 1939, lors de manœuvres militaires quelque part en France. Elle compose, en novembre 1940, La Marche des élèves mécaniciens, en hommage à l'école Hanriot à La Rochelle. Au début de la guerre elle apporte son soutien aux familles des prisonniers en chantant régulièrement pour le Comité d'entraide. Elle est désormais connue sous son pseudonyme Mary-Lyse, qualifiée sur les programmes de chanteuse à voix ou chanteuse d'opérette. En juillet 1942 elle assiste aux galas du Café du Bazar à Roubaix, avec aux programmes la grande chanteuse de l'époque Elyane Célis et la chanteuse Luce Bert à qui elle fait part de ses projets de carrière dans la chanson.

Journal de Roubaix


1942
Collection personnelle


Cependant elle continue de se produire dans les galas de bienfaisance pour les prisonniers et les anciens du 100e RI. En février 1943 elle reçoit sa première convocation de l'agence Nord-Spectacles de P. Laborde-Bertal pour signer des contrats d'artistes. Elle doit se produire à Tourcoing (Grand Café), Lys les Lannoy, Roubaix (cinéma Noël) et à Rosendael (café Arcier). Ce tournant professionnel se fait après un évènement artistique rare à Roubaix, la première d'une opérette au Grand Théâtre, Rêve de Gitane, le 26 février 1943, dont la musique est de René d'Archambeau, un compositeur belge de Verviers et c'est à ce compositeur qu'elle demande de mettre en musique un de ses poèmes, Simple aveu, en mars 1943.


collection personnelle


Mary-Lyse compose au piano
collection personnelle


Très satisfait du résultat, René d'Archambeau lui demande aussitôt d'autres poèmes et lui propose même d'éditer la partition en petit format, qu'il est prêt à financer. Je ne sais pas si Mary-Lyse y a donné suite. Les contrats se succèdent et Mary obtient sa carte professionnelle du Syndicat des Artistes de Variété, document indispensable pour se produire à cette époque très règlementée, ainsi que sa carte d'identité professionnelle.


collection particulière


La rencontre avec Luce Bert en 1942 a été bénéfique. C'est sur sa recommandation qu'elle demande au chanteur Marcel Malloire, secrétaire de Vincent Scotto, de lui faire des orchestrations de chansons. Ces partitions sont indispensables pour se produire dans les cabarets parisiens. Accord immédiat de Malloire, il lui fait un devis de 390 francs pour 6 chansons. Marcel Malloire (1889-1959) est l'époux d'Yvonne Thomson (1895-1970), accordéoniste, pianiste et compositrice, c'est certainement elle qui a fait ces orchestrations. Grace à la facture détaillée envoyée par Malloire nous connaissons précisément le répertoire de Mary-Lyse à cette époque. Les orchestrations ont été faites sur ces chansons : Tu m'apprendrasTout en flânantC'était pour rireBonne nuit, maman (Gute nacht, mutter), Les fleurs sont des mots d'amour, et Une charade, qu'elle chante un ton plus haut que Danièle Darrieux.
D'avril à septembre 1943, Mary-Lyse se produit régulièrement, à Béthune (Evo Dancing), Lille (Cabaret Ali Baba), Armentières (Café de la Paix), Roubaix (cinéma Royal-Leleu), Tourcoing (Grand Café), Rosendael (à l'Hippodrome), Valenciennes, (le Savoy), Roubaix (cinéma Renaissance), Montreuil-sur-Mer (Electric Ciné), Saint-Pol-sur-Mer (café Garein), Hénin-Liétard (au Capitole), Armentières (café de l'Harmonie), Bruay (Casino Palace), Chimay (Casino Palace) et à Calais (Ciné Pax). Son cachet évolue lentement, de 400 F pour les premiers contrats, il tourne ensuite autour de 5/600 F, avec parfois des contrats de plusieurs tours de chant par jour pour 1.000 F et 2.200 F à Calais pour 3 représentations sur 2 jours. Les frais de déplacement et d'hôtel étant à la charge de l'organisateur.

contrat Nord-Spectacles
collection personnelle

En septembre 1943 elle reçoit une lettre de l'agence parisienne Dhomont qui lui demande des photos et prend un rendez-vous pour rencontrer des directeurs de cabaret, l'agence lui propose, pour la fin du mois, une audition au Théâtre de l'ABC, le célèbre Music-hall inauguré en 1935 où se produisent les plus grands artistes de l'époque (Marie Dubas, Frehel, Edith Piaf, Charles Trenet, etc.). En octobre André Dhomont, directeur de l'agence, devient son agent exclusif pour deux ans et lui fait signer un contrat pour ce théâtre, contrat qui est mentionné dans un courrier, mais n'a pas été conservé. Le même jour elle reçoit une lettre du chanteur Firzel, originaire de Saint-Pol-sur-Ternoise. Il lui signale son passage à Lille, au cabaret Le Coucou, lui demande une photo et transmet un contact à Reims pour un contrat. Son agent parisien lui trouve un contrat d'une semaine au cabaret Le Chapiteau, 1 place Pigalle, à Paris.

Paris Soir, 10 octobre 1943
source : Gallica

Pendant qu'elle est à Paris, elle participe au tournage du documentaire de P. E. Decharme, Vive la mariée, elle touche 1.000 F de cachet. Le négatif sur nitrate est conservé au Centre National du Cinéma à Bois d'Arcy, mais n'est pas consultable. Toujours à Paris, elle se produit 12 jours au cabaret Le Doge, rue Volney, pour 6.600 F, deux passages par jour en soirée, relâche le dimanche. En novembre Firzel lui écrit qu'il est déçu de ne pas l'avoir vue lors de son séjour parisien et l'invite à déjeuner lors de son prochain passage… Le 30 novembre 1943 elle signe un contrat d'enregistrement avec la Société Polydor, représentée par Jacques Coulon, d'une durée de 6 mois, pour un minimum de 2 enregistrements, 400 F par face, à diviser par le nombre de musiciens. En décembre elle est à Bruxelles au cabaret Le Passe Partout, 14 jours à 1.000 F par jour. A son retour elle reçoit une proposition d'enregistrement de la Société des Editions Continentales pour enregistrer, sur un disque souple, des chansons de son répertoire. Le 21 décembre elle signe un contrat pour le cabaret de Suzy Solidor par l'intermédiaire de l'agence Dhomont pour un mois de représentations à 500 F par jour. Le 4 janvier 1944 elle se fait faire un portrait chez le photographe Jérome à Paris (c'est celui qui est au début de cette page). En février l'agence Dhomont lui propose un rendez-vous avec le cinéaste Marc Allegret pour un projet de film et le 10 elle reçoit une invitation à ce rendre à Radio-Paris pour une audition. Ce mois de février voit les contacts professionnels affluer, le colonel Vidal (futur agent artistique de Dalida) la remercie, par l'intermédiaire de Dhomont, pour un envoi (une photo ?), Louis Gasté (futur époux de Line Renaud) lui écrit pour demander l'adresse de ce colonel et le compositeur Louiguy lui signale la perte de plusieurs partitions qu'il lui avait fait parvenir par l'intermédiaire d'un ami commun.
Mais l'ambiance parisienne au moment de la Libération n'est sans doute pas favorable à la carrière d'une jeune artiste. Mary-Lyse revient à Lille, elle fait faire plusieurs photos chez R. Vermesse, successeur de B. Mischkind à Roubaix et la radio de Lille la contacte pour lui proposer de passer à l'antenne. Puis les demandes de concert recommencent à arriver : à Roubaix puis à l'Université de Lille, pour les Forces Unies de la Jeunesse Patriotiques, où elle retrouve son ami Robervyl.


affiche, collection personnelle


En mars elle est engagée par la nouvelle agence "Art et Jeunesse" de Bibos et Edouard Rombeau, pour des contrats à Lille, Orchies et Roubaix. En 1945 et 1946 elle fait plusieurs passages à Radio Lille. Elle chante aussi pour les associations d'anciens prisonniers de Roubaix et en 1949 pour les ingénieurs des Mines à Billy-Montigny. En août 1950, Nord Matin signale sa présence en vacances à Eppe-Sauvage. Je relève encore quelques concerts à Flers-Breucq et à Bavay pour les anciens prisonniers de guerre. Le dernier concert connu a lieu en mars 1951 à Bavay, puis il n'y a plus de trace de prestations dans le fonds d'archives personnelles acheté, il y a longtemps, sur une brocante, à sa belle-fille qui a eu la très bonne idée de ne pas détruire ces souvenirs. Qu'elle en soit vivement remerciée.
Elle meurt à Cucq (62) en février 1998, précédant de quelques mois son mari Léon ROGER, ancien artiste fantaisiste, qui décède en décembre de la même année à Camiers (62).

Christian Declerck


en concert, sans doute à Bavay, vers 1950
collection personnelle

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Mary-Lyse 1923-1998
photos de Robert Vermesse, portraitiste à Roubaix
collection personnelle







dimanche 5 septembre 2021

Félicien Ouvry, 1888-1981


Le soir dans les faubourgs (F. Ouvry - Jean Reynaert)
créé par Mory's Momo et repris par Michèle Nancy
et Arlette Rucart

F. Ouvry, un nom que j'ai rencontré fréquemment sur différents supports : partitions, disques 78 et 45 tours, souvent en relation avec des musiciens du Nord.

une série de 45 tours dénichés récemment

00:00 Rio del campo (paso-doble)
02:37 Bolero congolais
05:38 Rosa del sol (tango)
08:42 Adios Colorado (paso-doble)
11:14 Refrain des Antilles (bossa nova)
13:47 Por olvido (paso-doble)



Fils de Félicien Désiré, artiste forain lors de son mariage en 1882 à Roubaix avec Marie Tesse, artiste foraine. Il est domicilié rue de Marquette, puis au 45 rue du Chemin de Fer où il dirige le Concert des Variétés "Immense succès de toute la troupe. les Françar’ys, duettistes. Romances, chansonnettes nouvelles. Tous les dimanches et lundis, changement de spectacle et grande pantomime nouvelle" nous annonce l'Egalité de Roubaix-Tourcoing en février 1901, mais deux ans plus tard c'est la liquidation judiciaire. En 1905 il déménage à Paris, 81 rue du Temple, avec ses deux enfants : Alphonse, né en 1882, qui deviendra artiste dramatique puis piqueur de carton pour les orgues mécaniques et Félicien Abel, né rue Jacquart à Roubaix le 1er avril 1888.

Lors de sa conscription Félicien fils exerce la profession de tailleur d'habits. En 1913, il épouse à Paris, Hortense Bloch (1891-1948), il est coupeur d'habits, domicilié 81 rue du Temple. Divorcés en 1926, il se remarie en 1942 avec Marguerite Renauld (1897-1874), sans profession, il est domicilié 61 avenue de Breteuil, l'adresse de sa société d'édition musicale.

Après la guerre il devient sociétaire définitif de la SACEM (1926). On le retrouve à Lille en 1928 et ensuite dans les années 1930 il est courtier à Paris, puis cafetier-restaurateur. Parallèlement à ces activités alimentaires, il est musicien, accordéoniste, chef d'orchestre et compositeur. Il adhère à la SACEM en tant qu'auteur en novembre 1943. Il compose principalement de la musique de danse dans les années '40 et '50. Il fait aussi quelques musiques pour le cinéma documentaire, j'ai relevé ces mentions : en 1942 il écrit la musique du film muet La machine à refaire la vie, de Julien Duvivier et Henry Lepage, produit en 1928 "avec le concours de Louis Lumière" ; Paris vu par un chien  de Maurice Théry (1942) ; Un siècle de Paris (1943) ; Travailleurs de France, de Serge Griboof, à la gloire du STO, en 1944 ; pour Years of decision en 1956, il est l'orchestrateur de la musique de son compatriote Georges Delerue. Pour les sociétés discographiques L'étoile musette et SONOR il enregistre de nombreux disques 78 tours, sous le pseudonyme de José Reno, chef d'orchestre. Il collabore avec plusieurs musiciens  originaires de sa région natale : Georges Ghestem (compositeur et organiste), Janine Toscane (chanteuse), Albert Lerouge (accordéoniste et chef d'orchestre), François Veevaert (chef d'orchestre), Albert Cousu (compositeur) roubaisien devenu dunkerquois qui le met en relation avec son ami Jean Reynaert (compositeur et marchand de musique), fils de François directeur du dancing Excentric Moulins à Rosendael. Avec Georges Ghestem, ils sont les parrains pour la SACEM de la cinéaste Lucette Gaudiot. En 1952, avec Joseph Ranson, il parraine Maurice Vidalin. Il compose également, au début des années 1960, des musiques pour la chorégraphe Marie Finestres (1882-1963) qui crée des danses scolaires. Ses activités publiques semblent s'interrompre au début des années 1960, il meurt à Issy les Moulineaux le 27 novembre 1981 à 93 ans en son domicile 51 rue Guynemer, sans descendance à ma connaissance. Son frère aîné, Alphonse, s'est marié deux fois, il a eu un fils avec Joséphine Vancrutsen, sa première épouse, Gilbert (1906-1954) qui épouse Yvonne Vergheggen décèdée en 2001, j'aimerai rentrer en contact avec leur éventuelle descendance.

Christian Declerck, 4 septembre 2021

On peut écouter une de ses compositions Dans ma clairière enregistrée en 1943 par le violoniste Albert Locatelli ICI



La Rumba des pantins


Discographie 78 tours (non exhaustive)

Etoile Musette

N° 119 : orchestre musette Jo Reno (merci à Bernard Lamberti)
    - Bonjour Printemps, Al. Cousu/arrgt F Ouvry
    - Fête à Pigalle, F. Ouvry
    
N° 173 : orchestre musette Jo Reno
    part. 3929, La rumba des pantins, Jean Reynaert 
    part. 3931, Mon cœur est au bal, fox musette, Max Lanjean,  

N° 216 : orchestre musette Jo Reno
    part. 5218, Bébert  les pieds plats, java, Al. Cousu - Ouvry
    part. 5220, Le régiment des mandolines, step marche, Henri Betti

N° 269 : orchestre Tony Fallone
    part. 10841, Si tu viens danser dans mon village, valse, H. Contet - Barelli
    refrain chanté par Jeanine Toscane 
    part. 10845, Etoile de Mexico, pasodoble, José Reno

Sonor

N° 122 : part. 2884, Radio-Star, one step Al. Cousu, arrangement F. Ouvry / part. 2885, Los Angeles, fox, Al. Delbecq - Ouvry

N° 124 : orchestre Eddy Fredo
    part. 2137, Flotte mon cœur, fox, F. Ouvry - Al. Cousu
    part. 2138, Mon amant vagabond, fox, F. Ouvry - Al. Cousu

N° 125 : Trois petits mots, swing, Andrel - Cousu / part. 2886, Du rouge aux lèvres, fox-trot, Andrel - Ouvry

N° 128 : orchestre Colombo, de Tabarin
    part. 3358, Lancer léger, valse, J. Colombo - Ghestem
    part. 3476, La belle de java, java-mazurka, Al. Cousu - F. Ouvry

N° 129 : orchestre Colombo, de Tabarin
    part. 3362, Valse chinoise, J. Colombo - Ghestem
    part. 3478, Chica Linda, rumba, F. Ouvry

N°136 : part. 2895, Bonjour printemps, one-step, A. Cousu, arrangements F. Ouvry / part. 3818, Quelques mots d'amour, fox-trot, F. Ouvry, orchestre Etoile Jazz