vendredi 30 novembre 2018

Albert Cousu, musicien dunkerquois



Albert Cousu en 1952, pianiste de l'orchestre JYR (collection Yvon Cassez)
source : La Voix du Nord novembre 1987

Le Nouveau Nord du 20 janvier 1959 : 
Albert COUSU s’est éteint samedi à l’âge de 80 ans en son domicile de la cité du Kursaal, ainsi disparaît l’un des témoins des plus fidèles de près d’un demi-siècle de la vie collective dunkerquois. Car quelle revue locale, quel spectacle de variétés n’a pas porté à son générique « arrangement ou accompagnement d’Albert Cousu » ? qui pourrait compter le nombre de sapins de Noël au pied desquels cet infatigable musicien a joué du piano ou dirigé des ensembles ? Albert Cousu était né à Roubaix en 1878, il vint à Dunkerque en 1913, engagé par le Music Hall de la place d’Armes. Passée la grande tourmente, il allait accompagner les grandes vedettes de chez Mayol de 1924 à 1938, outre les nombreux arrangements qu’il créait pour des spectacles locaux, les airs de danse, les chansons, les marches qu’il composait, l’une de ses compositions restées les plus célèbres est la fameuse « Java des Chtimis » écrite en 1938 et que la plupart des accordéonistes de France et de Navarre allaient mettre à leur répertoire. Membre de la Société des Auteurs et Compositeurs de Musique depuis 1921, de la Société de Réproduction Mécanique depuis 1931, Albert Cousu avait reçu en 1939 la plaquette de bronze de membre définitif de la SACEM et en 1949 il en devenait pensionnaire […]. Outre sa participation à la musique de scène, Albert Cousu avait apporté le concours de son talent et de son inspiration au cinéma. Il était notamment l’auteur de la musique d’un grand documentaire qui a fait le tour du monde : « La vie et les travaux des frères Lumières » On lui doit aussi le premier arrangement airs du carnaval, l’indicatif d’une émission de radio de jadis « Bonjour Printemps ». Modeste et effacé, Albert Cousu a apporté à l’art musical une contribution dont ses propres concitoyens ne mesurent peut-être pas toute l’importance car chez cet homme la discrétion et l’amour de la musique allaient de pair, et pourtant ses œuvres étaient jouées en Belgique, en Suisse, en Pologne et même en Israël. Il y a quelques années Albert Cousu se remettaient encore de temps à autre au clavier et s’efforçait malgré son grand âge d’apporter le meilleur de son dévouement et de son expérience à ses jeunes amis de la société de Galas Record dont il était le vice-président. Mais les fatigues d’une longue carrière remplie pourtant de musique gaie ont eu raison de lui. A sa veuve, à ses enfants, petits enfants, nous adressons nos bien sincères condoléances.


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Albert Cousu est le fils de Victor, marchand épicier, et Martine Vandamme, domiciliés rue du Luxembourg à Roubaix.
Il obtient un 1er prix de clarinette en 1897 au conservatoire de musique de sa ville. Parallèlement il pratique le piano et se produit régulièrement lors de concerts et auditions dans la région roubaisienne. En 1900 on le cite comme directeur de la chorale du Club Moderne de Tourcoing. En mars 1908, lors de l'assemblée générale de Nord Touriste, c'est lui qui dirige l'orchestre de cette société. La même année, en août, la Fanfare Cycliste du Nord Touriste, dirigée par Albert Cousu se produit à Boulogne sur Mer. Elle comprend 45 exécutants qui jouent en roulant à bicyclette dans les rues de la ville, au programme un défilé-marche de la composition du chef, Le Recousu.
En octobre 1908 il épouse une musicienne lilloise, Julie Delesalle, lauréate du Conservatoire de Lille. Ils se produisent ensemble, elle au chant, lui au piano, donnent plusieurs concerts à Roubaix avant 1914. Un encart dans le Journal de Roubaix nous apprend qu'Albert Cousu tenait un café 135 rue de l'Epeule, il le cède devant notaire le 1er juin 1911.
C'est à cette époque, vers 1913, qu'il se produit avec une troupe de Music-Hall à l'Eden-Concert de la place d'Armes à Dunkerque. Entre temps il s'est séparé de Julie, car il épouse Léa Dinaut à Rosendael en 1921 dont il divorcera en 1930. Il se fixe à Dunkerque et intègre l'association musicale La Jeune France, chorale masculine dont il devient le pianiste accompagnateur. En 1937 il se produit avec les choristes dans une émission de Radio Normandie. Un orchestre, dirigé par M. Jonvel de Saint Pol sur Mer, interprète les danses d'autrefois, dont un "Quadrille Dunkerquois" sur un arrangement d'Albert Cousu. Est-ce le Quadrille composé par Henri Girard ? on ne le saura jamais, hélas, mais c'est fort probable, car cet arrangement était souvent joué avant 1914 dans les bals du carnaval.
Le 15 mai 1940 Albert Cousu part à Paris enregistrer un disque, sans doute pour son ami Félicien Ouvry, chef d'orchestre, roubaisien comme lui. Mais quand il veut retourner à Dunkerque le 20 il est trop tard. Après une errance de 60 heures en chemin de fer il retourne à Paris puis gagne Avignon où il était pianiste il y a 40 ans. Il y trouve un emploi de métallurgiste tout en continuant de prêter son concours aux tournées de bienfaisance, en accompagnant des chanteurs parisiens, dont le fameux Georgel. Il revient à Dunkerque en 1943.
En 1947 il dépose un arrangement des airs du carnaval de Dunkerque, dont le disque vient d'être édité par Pierre Lobert, l'électricien dunkerquois, avec les musiciens de l'orchestre de Edmond Bertein.

En 1949, à Dunkerque, il épouse Antonie Cucheval, une couturière de Watten, il décède dix ans plus tard. Son épouse le rejoint au cimetière de Dunkerque en mai 1961.

Christian Declerck
Sources : l'état civil, Le Journal de Roubaix, L'Avenir de Roubaix-Tourcoing, L'Egalité de Roubaix-Tourcoing, le Bulletin Officiel du Nord Touriste, Mémoires de l'Association Chorale La Jeune France volume 2, et documentation personnelle










Un catalogue de ses compositions :
merci à Christophe Plovier pour ses informations complémentaires

- Alberto, valse.
- La bataille des petits Cupidons, avec M. David (1950).
- La belle de java, java-mazurka (Al. Cousu – F. Ouvry)
- Le béguin, fox-trot.
- Cantalou, tango.
- Bonjour Printemps, one step.
- Café-crème et croissant (Désiré Noël - Albert Cousu).
- Carnaval dunkerquois (1947).
- C’est démodé, java chantée, paroles de Jilune, musique de A . Cousu et Ch. Lemeunier (1951).
- La chanson du carrefour, extraite du film Un siècle de Paris, musique de F. Ouvry et Albert Cousu (1943).
- La clairière, (Hostaléry - Albert Cousu)
- Comme ça, one-step.
- La danse des chaises (1937).
- Disclose, valse. 
- El presto, paso-doble.
- El puchero, paso-doble.
- Fajardo, mélodie espagnole.
- Felio, fox-trot.
- Flandria, marche.
- Fête à Pigalle, swing.
- Flotte mon cœur, fox (F. Ouvry - Al. Cousu).
- Gigolette, chanson réaliste (F. Lapierre & Hostaléry - A. Cousu). 
- Imppecable [sic], fox-trot.
- La java des chti-mis, (1938).
- Je lanc’ la mode, chanson, A. Cousu - A. Chinaglia  (1915).
- Je sais sourire, romance bouffe, à l’ami Montel, musique Aroldo Chinaglia, Albert Cousu, paroles William Jourdan, créée par Noël Delsson au Kursaal (1915).
- Ma berlouque, java.
- Ma bigleuse, java.
- Madrilena, one-step. 
- Mia Tyta, conga.
- Miss boulette (Henry / Lemeunier - Cousu).
- Miss mouche (Henry / Lemeunier - Cousu).
- Moi j'ai du tempérament (Claudine Ryka / Robert Djenny - Djenny / Cousu).
- Mon amant vagabond, fox, F. Ouvry - Al. Cousu.
- Montbolo, pas-doble.
- Mylajo, conga.
- Polissonnerie, one-step.
- Muguette, java.
- Para manana, tango.
- Près de moi mon amour, musique Robert Bremme, Albert Cousu.
- Pretty Bell, fox trot.
- Quadrille dunkerquois, arrgt A. Cousu (1937).
- Le Recousu, défilé-marche (1908)
- Rabbit, fox-trot.
- Radio Star, one step marche, créé par le célèbre accordéoniste Jean Vaissade, enregistré sur disque par l’orchestre jazz G. Ghestem, édt. A. Cousu, 7 place d’Armes Dunkerque.
- Robinson, paroles Maurice Lecomte, musique Albert Cousu, Charles Meunier.
- Roi des canards, Félicien Ouvry, Albert Cousu.
- Sport, fox-trot.
- Surprise à Grand-Millebrugghe, paroles de Vivette Flore, musique de Vivette Flore, arrgt d’A. Cousu, sd, auto édition.
- Le tango de Gaby.
- Tourbillon, valse.
- Trois petits mots, swing, Andrel - Cousu.
- Un songe, mélodie.
- Une preuve d’amour, fox-trot.
- La valse d'un beau soir (Noël - Albert Cousu).
Valse du Retour, paroles Janine Dewitte, musique Robert Bremme, Albert Cousu.
- Valse nocturne.
- Wave waltz, valse.
- Ziou Ziou, paroles Janine Dewitte, musique Robert Bremme, Albert Cousu.

Musique du film « Un siècle de Paris » de Maurice THÉRY (1942) avec Félicien OUVRY, édit. Salabert, Paris (1943) : Taxi vélo et Artisanat, La chanson du carrefour

Discographie : La belle de java (Sonor n° 128). Bonjour Printemps (Sonor n° 136 et Etoile musette n°119). C’est la java du faubourg, Félicien Ouvry* et Al Cousu, orchestre Etoile Musette dir. Jo Reno (1947). Fête à Pigalle (Etoile Musette n°119). Flotte mon cœur (Sonor n° 124). Mon amant vagabond (Sonor n° 124), Radio star (Sonor n° 122, Polydor Jap 515.004), Trois petits mots (Sonor n° 125).

mercredi 26 septembre 2018

Pierre Manaut, auteur lillois



par Simons
collection personnelle


Nous avons le regret d'annoncer à nos lecteurs la mort d'un des collaborateurs les plus aimés de ce journal. Notre ami Pierre Manaut, atteint depuis de longues années par un mal impitoyable, n'est plus. Il disparaît à l'âge de 53 ans.
Pierre Manaut, dont on lut dans ce journal durant vingt années, les chroniques rimées, était un fantaisiste de la meilleures veine. Il y avait dans ses vers légers une spontanéité, un drôlerie sans effort qui le mettait à un rang à part. D'autres, dans ce genre difficile, se contorsionnent et accumulent les calembours sans atteindre la drôlerie. Les petites gazettes de Pierre Manaut, au contraire, plaisaient par leur naturel, la gentillesse de l'à-peu près, l'habileté prosodique, la verve bien française. Il était de la bonne lignée des poètes charmants qui, dans des œuvrettes sans prétention et parfois cocasses, garde le respect de la langue et du goût. Tout le monde avait plaisir à le lire.

Pierre Manaut écrivit en outre beaucoup de chansons, de saynètes, d'opérettes d'excellente venue. Bien que l'œuvre longue convint moins à son calme que l'impromptu rapide, c'était une figure lilloise connue et de tous côtés on s'adressait à son obligeance inépuisable dès qu'il s'agissait d'un à-propos aimable ou amusant.
Notre ami trop tôt disparu n'était pas seulement délicieux dans ses œuvres. Il était le plus gentil des compagnons, fantaisistes dans la vie autant qu'on peut l'être, fin, sans vanité, loyal et de cœur excellent. Sa conversation pétillait du meilleur esprit et dans notre rédaction ses paradoxes et ses boutades, jamais méchantes, mettaient tout le monde en gaieté.
La maladie, qui le privait de la joie de circuler à son gré, n'influa jamais sur son caractère. Jusqu'au dernier jour, il sera demeuré souriant, ne se plaignant jamais malgré ses souffrances. Il attirait toutes les sympathies et sa mort causera une peine réelle aux nombreuses personnes qui se plaisaient à venir bavarder avec lui.
En cette cruelle circonstance, nous adressons nos condoléances émues à Mme Pierre Manaut, à Mlle Lucette Manaut, devenue tout récemment Mme Fischer, et à M. Léon Manaut, son père, président des la Fédération des Musiciens du Nord. Notre pensée attristée est avec eux tout entière.

Le Grand Echo du Nord de la France 12 mai 1942

source : le Grand Echo, médiathèque Jean Lévy, Lille



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Pierre Manaut, né à Tourcoing le 10 février 1889, est le fils de Léon, né à Paris en 1860, administrateur de la Caisse d'Epargne de Lille et Président de la Fédération des Sociétés Musicales du Nord et du Pas-de-Calais de 1923 à 1945. Sa mère Marie Ehrhart, alsacienne, est née à Willer-sur-Thur en 1871. Il épouse Emma Catoire en 1922, ils ont une fille, Lucette, née la même année, épouse de Maurice Fischer, elle est décédée en janvier 2000.
La BNF recense seulement 16 notices concernant ses œuvres, c'est peu, très très peu… j'ai relevé plus de 50 collaborateurs : compositeurs et co-auteurs pour environ une centaine de chansons. Parmi eux : Georges Gestem, Robert Solry, Raymond Emmerechts, Maurice Dehette, Henri Dalenne, Joseph Dewavrin, Désiré Letellier, Jean Berens, Louis Raspini, Abel Decroos, Jean Boulcourt, Georges Gadenne, Maurice Frot, Eudore Rancurel, Jean Ernst, Raymond Vanméerhaeghe, Paul Laby, Eugène Gaudefroy, Maurice Daudelin, Henri Fernand, Léopold Simons, André Hornez, Edouard Rombeau, Maurice Brisville, Hans Bunzl, Marceau Verschueren, Edmond Pellemeulle, Victor Calimez, Pierre Duchêne, Jean Lenoir, Maxime Rions, Léon Raiter, Luc de Orval, Victor Absalon, Antony Guichon, Pierre Drucbert, Paul Gyl, Alfred Decaigny et Jean Houseaux.
On peut écouter trois de ses opérettes sur le site de Jacques Gana :

L'encyclopédie multimedia de la comédie musicale théâtrale en France (1918-1944)


Un recensement de ses textes est à faire, mais cela paraît un travail immense, tant il a publié. Parmi toutes ses œuvres j'ai découvert cette bande dessinée réalisée en collaboration avec le jeune Léopold Simons, sous les pseudonymes de Péhem et El-Hes, publiées dans le supplément illustré de l'Echo du Nord et restée inconnue de la production de l'illustre auteur patoisant : Les aventures de Bobino, conte pour les petits, paru en 1923-1924.


collection personnelle


quelques unes de ses productions (collection personnelle)















dimanche 12 août 2018

Adrien Marès, un gamin de Dunkerque



Un gamin d'Paris, par Mick Micheyl


La Voix du Nord 4 mai 1990 : Si la musique qu’il avait composée pour Un gamin de Paris traîne encore sur toutes les lèvres, son nom est sans doute peu connu du grand public. Adrien Marès qui écrivit la musique de la célèbre chanson écrite par Mick MICHEYL, est décédé, mercredi, à l’hôpital Henri-Mondor de Créteil. Adrien Marès, pour l’état civil Adrien Jules Marès, était né le 7 novembre 1905 à Dunkerque où son père était cafetier. Après ses prestations sur les scènes dunkerquoises, le musicien devint accordéoniste-saxophoniste-gagman, de 1936 à 1940, dans l’orchestre de Ray VENTURA et ses collégiens. Plus tard, il joua dans l’orchestre de Jack HÉLIAN, Raymond LEGRAND et Alix COMBELLE et accompagna de nombreux musiciens américains lors de leur passage à Paris (Bill COLEMAN, Benny CARTER, Django REINHARDT, etc). La musique d’Un gamin de Paris lui rapporta des droits d’au­teur jusqu’à la fin de sa vie et lui valut un immense succès que n’égalèrent jamais ses autres titres, comme Pacha, Ça va comme ça… Il s’était retiré, il y a quelques années, à Choisy-le-Roi (Val de Marne).
La Voix du Nord 5 mai 1996 : […] Adrien Marès apprit la musique et joua aux Ar­cades, à la Brasserie de Londres, au dancing Bellevue (devenu plus tard “Normandie”) et même au cirque Palisse, avant de se produire à Bucarest, en 1926, et en Allemagne, 1930. En 1934, à Malo, il rencontra une Parisienne [née à Tourcoing] qu’il épousa et il partit vivre dans la capitale. Là, il entra dans un grand or­chestre de variétés, celui de Raymond LEGRAND, puis chez les Collégiens de Ray VENTURA avec lesquels il joua à Paris et dans de nombreuses villes de province et tourna en 1938 le film “Feux de joie”. 

Feux de joie, film Pathé Baby
on aperçoit A. Marès à 10:20

Après la guerre, il entra dans l’orchestre de Jacques HÉLIAN, puis parti en tournée avec André DAS­SARY dans le Sud-ouest. De retour à Dunkerque, il joua de 1949 à 1953, au “Roulis”, un café-dancing [situé place du Kursaal], avant de travailler en particulier comme ven­deur-démonstrateur au établissement Paul Beuscher. […]
Serge Blanckaert



Quelques unes de ses compositions :
- C’est un coin de ciel bleu, paroles de Nick Frionnet et André Grelley, musique de Adrien Marès et Marcel Huc, chanté par Fabia Gringor, Paris, édit. F Salvet. (1955)
- C’est une rengaine, valse, musique d’Adrien Marès (1943)
- Cabaret, valse, musique d’Adrien Marès, accordéoniste de l’orchestre Jacques Hélian, Comptoir musical Français, Paris
- La chapelle aux genêts, paroles de Nick Frionnet, musique de Adrien Marès, créée et enregistrée par Mireille Arrieu, Roger Kerrec et Fabia Gringor, Paris, édit. JAMO (1955)
- Ciel du Nord, paroles de Louis Grenier et André Grelley, musique de Adrien Marès et Nick Frionnet, chanté par Fabia Gringor*, édit. JAMO, Paris (1955)
- Un dimanche, valse à variations, Paris, édit. Musicales Paris-Monde (1943)
- Le gamin d’Paris, chanson du film Paris, c’est toujours Paris, paroles de Mick Micheyl, chantée par Yves Montand, Patachou, Lucien Jeunesse, Janine Toscane, Maria Vincent, Ginette Baudin, Georgie Viennet, Francis Linel, Monique Leyrac (1951)
- Mambo-nuevo, mambo, musique d’Adrien Marès, Paris, édit. Séduction (1956)
- Nathalie, valse, Paris, édit. Musicales Paris-Monde (1943)
- Petite Suisse, step marche, musique d’Adrien Marès, Paris, édit. Réginald Chassegué (1957)
- Près de toi, valse (1943)
- Rue du chien vert, musique Adrien Marès, paroles René Clausier, édit. Francis Day (1956)
- Señor Llorca, mambo guaracha, paroles de Michel Allegro, musique de A. Marès, arrgt Jo Tournet, Paris, M. Cayla (1955)
- Soir de kermesse (1943)
- Vive le facteur, step marche, musique d’Adrien Marès, Paris, édit. Réginald Chassegué (1957)



merci à Sheri Mignano, qui nous interprète Cabaret









collection personnelle




samedi 5 mai 2018

Verlor et Davril

Un duo fantaisiste originaire de Roubaix et Lille, qui a laissé plusieurs enregistrements.


toutes les illustrations : collection personnelle



Jan Davril

Il est né à Lille, rue de Fives, sous le nom de Roger Raux le 12 juillet 1922. Son père, Abel, est expert-comptable, sa mère, Marie Husquin, est originaire de Bruay-Labuissière. De son enfance, on sait qu'il est très attiré par la musique, le chant ; il se serait produit sur scène à huit ans. Il apprend aussi le piano et en joue si bien qu'il est retenu pour participer en septembre 1933, à l'émission des Matinées Enfantines de Radio PTT Nord. Il y interprète une composition de Maxence Gueniffey, Josette au Casino. En 1942 j'ai relevé son passage à l'antenne de Radio Lille sous son pseudo, il est accordéoniste tyrolien. La même année il se produit  aussi sur cette radio sous le nom de Roger Raux, il interprète des chansons de Charles Trenet, au même programme qu'Arlette Rucart, avec qui il se produit régulièrement dans les brasseries de Roubaix et Tourcoing



Le Journal de Roubaix, 11 décembre 1943

Gaby Verlor

Gabrielle Vervaecke est une enfant de la balle. Née en 1921, elle a à peine cinq ans quand son père, Victor Vervaecke, dit Verlor, comique troupier puis agent artistique, monte un spectacle et l'emmène sur les planches. Ils sont Les Gaby Verlor et se produisent dans les cinémas et brasseries de la région lilloise. Parallèlement elle suit des cours au Conservatoire de musique de Roubaix, et obtient un premier prix de piano, à l'unanimité avec félicitations du jury, ainsi que des distinctions en solfège, harmonie et histoire de la musique, etc.
Vers 1939, elle édite quelques chansons à compte d'auteur, dont elle compose la musique sur des paroles de son père : Ah ! le Jazz et La lettre du gosse. Elle les présente sur scène, notamment à Dunkerque vers 1940 au dancing Evo d'Arsène Arcier, transformé en café-concert pour cause d'Occupation.
Son père fait prisonnier, elle est évacuée avec sa mère à Pamiers dans l'Ariège. Elle y retrouve un autre réfugié lillois, Léopold Simons qui lui demande de composer la musique de sa revue : A la queue leu leu, jouée à Agen en juillet 1941, puis la même année, elle compose celle de la revue Les rois du marché noir, dont Ch'est l'pain, une des chansons en patois, créée par Line Dariel en juillet 1941, à La Madeleine. En 1942 elle écrit la musique de la revue Ça, c'est des jus, dont Te peux rev'nir Alphonse, chantée par Line Dariel. Après la guerre elle compose la musique de plusieurs chansons écrites par Simons : C'est toujours le printemps, créée par Bertal (1945) ; Du bonheur sans ticket, créée par Odette Chantal (1945) ; Oh ! Oïe ! Oïe, créée par Arlette Rucart (1945). Dernière collaboration avec Simons en 1950 pour la revue Attrape à Balou, avec Line Dariel, Simons, André Nadon, Line Alexandre, Corvelin, Denise Menez, Tony Royer, Ramys et l'accordéoniste Edmond Draheim.










Verlor et Davril
C'est en participant ensemble à la revue de Simons Ça, c'est des jus, en 1942, qu'ils se sont rencontrés. En mai 1944, Roger épouse Gabrielle et en juin on relève la première mention de leur passage au Café l'Universel de Roubaix. Le 11 février 1945, ils triomphent au Grand Théâtre de Lille dans le même spectacle que Mistinguett et Roger Nicolas qui leur conseille de tenter leur chance à Paris. Après une audition dans une brasserie située au dessus de l'actuel Caveau de la République, ils sont engagés au nouveau Casino de Nice (21 mai 1946). En novembre 1946 le couple fait la première partie de Georges Ulmer et Bourvil à l'ABC de Paris, un critique les remarque : Une mention spéciale aux Tyroliens… marseillais (sic) [sic] Jan d’Avril [sic] et Gaby Verlor, qui composent un dessin animé de trilles acidulées et de mimiques charmantes, dans un rythme inlassable
Leurs passages dans les grandes salles parisiennes se succèdent : Bobino, Pacra, l'Alhambra, l'Européen, le Gaumont-Palace. Ils entament alors une tournée internationale qui les mène, au Portugal, en Suisse, Belgique, dans les pays Scandinaves et en Angleterre où ils sont au programme de l'émission Café Continental, sur la BBC TV. 


coupure de presse, magazine non identifié

En 1952 ils interprètent leur propre rôle dans le film de Claude Cariven L'amour n'est pas un péché, dans lequel ils chantent la chanson Chiens et chats. C'est leur unique prestation filmée à ma connaissance.



© editions Atlas


Ils sont invités en 1954 à l'émission Paris Star Time pour le French Broadcasting System - North America. Leur interview par Lou Van Burg a été conservé dans cet enregistrement ICI.
En juillet 1954 ils répondent à l'interview de Germaine Ramos (La Semaine Radiophonique) : 
Composez-vous toujours vos chansons ?
Nous les faisions, au départ, presque toutes ; mais nous avons pensé que notre tour serait plus varié si nous faisions appel à l'autres compositeurs ; et maintenant nous n'en plus qu'une à nous : Ma petite amie et moi. nous avons par ailleurs, de deux jeunes compositeurs encore inconnus (et camionneurs de leur métier), Le Bon Dieu, [qui est de Julien Bouquet lui aussi livreur] ; Jeanne est amoureuse, de J. Plante ; Ma petite rime, de Dréjac et Constantin. […]
Depuis combien de temps êtes-vous dans le métier ?
Nous faisons le tour de chant depuis deux ans seulement. Mais auparavant nous avions monté un numéro international vocal, très visuel, habillés en tyroliens. Nous parlons anglais tous les deux, et chantons en italien à l'occasion. Nous travaillions sans cesse à l'étranger, mais à Paris on nous ignorait totalement. Alors nous avons décidé d'y tenter notre chance, avec des chansons toujours différentes, radiophoniques cette fois.
En octobre de la même année, le couple se sépare, le divorce est prononcé par le tribunal de la Seine. Mais le duo poursuit sa carrière professionnelle. Un tragique accident y met un terme en juillet 1955, Jan Davril revient d'un gala et sur la route entre La Châtre et Châteauroux, à Nohant près du château de Georges Sand, la chaussée est en mauvais état, son auto fait une embardée et il meurt le 11 juillet lors de cet accident. Gaby Verlor, après quelques années de retrait et une tentative en solo, devient la compositrice à succès que l'on sait.

Christian Declerck

Sources : Simons, 1901-1979, Association Toudis Simons, Lille, 1999 ; Nord Matin ; La Semaine Radiophonique ; Mon Programme ; Le Journal de Roubaix ; L'Egalité de Roubaix-Tourcoing ; Le Réveil du Nord ; Le Nouvelliste de Sion ; Rgards, magazine ; Verlor et Davril, légende de la chanson française, Marianne Mélodie, 1999. Et merci à M. B. Philippe pour ses informations recueillies auprès d'un témoin de l'accident de Nohant.






La Voix du Nord




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A leur répertoire : vidéo, paroles/musique, (édition/enregistrement)

- Allez Lille !, Verlor et Davril (1953)
- Au loin dans la plaine, R. Marbot / S. Goldmann (?/1951)
- Au petit trot, Pierre Delanoë / Marc Fontenoy (1954)
- La ballade de Paris, Francis Lemarque (1954/1954)
- Biot, Jean Davril / Gaby Verlor (1954)
- Le bon Dieu, Julien Bouquet / Jean Lioret, Paulette Vethueil (1954/1955)
- Ca m'est égal, Jan Davril / Gaby Verlor (1951)
- Carnaval à Cuba, Pierre Amelot, A. Zmigrod / Alfredo Zmigrod (1949/?)
- C'est si facile de s'aimer, Jan Davril / Gaby Verlor (1951)
- Chiens et chats, Marc Fontenoy / Max François (1952)
- Delicado, Pierre Amel / Waldyr Azevedo (1951/1953)
- Dis à ta mère, Jean Setti / Josef Marais (1950/1950)
- Dis moi mon amour pourquoi Jan Davril / Gaby Verlor (1951)
- Dorothée, Jean Pierre Mottier / Strauss (1951/1953)
- La fête du tabac, Henri Ithier, René Denoncin / Pia der Moro (1952/1954)
- L'île des cocotiers, M. Fontenay, S Sept / D. Shapiro (?/1953)
- Jeanne est amoureuse, Jacques Plante / Yvon Alain (?/1955)
- Légère et court vêtue, François Llenas / Daniel White (1953)
- Line, Francis lopez (1952/1953)
- Lorsque je suis seul Jan Davril / Gaby Verlor (1950)
- Le mambo chinois, Robert Chical, René Denoncin / Jack Le Dru (1953/1953)
- Ma p'tite amie et moi, Jan Davril / Gaby Verlor (1953/1954)
- La marche des poulbots, Maurice Vandair / Yvette Horner (1949)
- Mam'zell' souris, Géo Bonnet, François Llenas / Chico Roberti, Jean Rignac (1952)
- Maria Cristina veut toujours commander, Mireille Brocey / Nico Saquito (1952/?)
- Mister Callaghan, René Rouzaud / Eric Spear (1952/1953)
- Moi… moi !, Pierre Dudan / Emil Stern (1951/1952)
- Oh ! Joe ! Joe ! Jan Davril / Gaby Verlor (1950)
- On l'appelait le petit homme, Jan Davril / Gaby Verlor (1950)
- Le petit âne brésilien, Fernand Bonifay / Guy Magenta (1954/1954)
- La petite Marie, Noël Barcy, Roger Vanay / S.M. Eyssen, Wessel Dekker (1951/1953)
- La petite rime, Dréjac / Jean Constantin (?/1954)
- Le petit tacot de Mexico, Geo Bonnet / B.P. Godinho (1950)
- Pipo le vagabond, Jan Davril / Gaby Verlor (1950/1950)
- Prenez mon cœur et mes roses, Fernand Bonifay / Tolchard Evans  (?/1953)
- Quand je pense à toi, Jan Davril / Gaby Verlor (1954/1955)
- Quand tu m'regard's comm' ça Jan Davril / Gaby Verlor (1954)
- Rita de Panama, Jacques Plante / A. Tabet, H. Leca (?/1951)
- Rose Marie polka, G. Liferman / M/ Harden (?/1953)
- Samba caramba, Louis Amade / Maurice Dehette (1949/1950)
- Tap et tip et tap Jan Davril / Gaby Verlor (1950)
- Toi qui disais, qui disais, Jean Claude Darnal / Dana Suesse (1952)
- Les trottoirs, Raymond Lévesque (?/1955)
- Yo de lai, Jan Davril / Gaby Verlor (1950)










jeudi 3 mai 2018

Sylvie St Clair

mise à jour le 3 mai 2018, annonce du décès de Bob Dorough et ajout d'une video




vers 1938, collection personnelle


Une Dunkerquoise
Nelly Chauveau est née le 14 avril 1913 rue de la Marine où son père a transféré le magasin de cycles (il est agent de la marque Alcyon) qu'il avait fondé 18 rue Saint Jean trois ans plus tôt.
Sa famille est présente à Dunkerque depuis la fin du siècle précédent. Son grand-père, cantinier au 1er régiment d'artillerie, meurt à Dunkerque en 1895. Un oncle de son père était musicien à Dunkerque vers 1888, année de son mariage avec une Dunkerquoise.



Enfant, elle subit l'évacuation en 1917 qu'elle évoque dans un interview, puis la famille revient à Dunkerque ; sa sœur, Jacqueline, y est née en 1924. On sait que Nelly fait ses études au collège Lamartine, qu'elle est particulièrement douée pour le dessin, elle s'est inscrite à l'école des Beaux-Arts de la ville, et le théâtre. La famille déménage à Paris à la fin des années vingt. Nelly découvre la vie parisienne, les cabarets, les boîtes de nuit, le théâtre, elle continue ses études artistiques et devient dessinatrice, c'est la profession qu'elle déclare lors du remariage de sa mère en 1934, ses parents ont divorcé en 1931. Son père se remarie à Paris en 1936, il décède quelques mois plus tard. Les deux sœurs sont adoptées par le mari de leur mère, Emile Montel-Saint-Paul en 1939.
Mais avant ces évènements familiaux Nelly a trouvé sa vocation. Elle a réussi à pénétrer les réseaux du théâtre parisien. Un responsable du théâtre de La Madeleine lui propose d'intégrer la troupe qui se produit à bord du paquebot Normandie. Elle embarque au Hâvre le 8 mai 1936 avec une vingtaine de comédiens professionnels renommés, tel Marcel Dalio (qui vient de jouer dans le film Pépé le Moko) et Robert Trébor, le directeur du Théâtre Michel et ami de Sacha Guitry.

New York
La ville l'émerveille, elle est fascinée et refuse de retourner en France, malgré l'absence de visa d'immigration, inconsciente des risques. Ses amis du Normandie auraient demandé au consul de France de veiller sur elle. Elle trouve un engagement de trois semaines à l'Hôtel St Régis, au cabaret La Maisonnette Russe, elle y est tellement appréciée qu'elle y reste trois mois et y retourne à bord du Champlain en septembre 1936, avec un visa cette fois.
En juin 1938 elle est au Canada, elle a obtenu un engagement au Cabaret Chez Maurice, un grand cabaret de Montréal situé dans la rue Sainte Catherine, elle est au même programme que Tristan Bernard. En décembre 1938 elle est à Philadelphie au Cabaret Embassy.



Rainbow Grill janvier/février 1942



En 1939 elle se produit au Brevort Super Club de New York puis obtient un engagement en novembre 1941 au cabaret Rainbow Grill, annexe du Rainbow Room, salle de bal située au 65e étage du Building Rockefeler. En 1943 elle chante au cabaret Paris Qui Chante à New York. C'est à cette époque qu'elle rencontre le pilote de la RAF Bevis D. Davies qui devient son époux. En 1944 elle embarque pour Liverpool à bord de l'Axel Johnson et s'engage à Londres dans l'ENSA (Entertainments National Service Association), une association qui organise des spectacles et des concerts pour les troupes anglaises.

Londres
Dès juin 1945 elle se produit sur les ondes de la BBC, dans une production de l'ENSA. Ensuite elle est régulièrement invitée dans Variety Band Box, une émission destinée aux militaires.

Alexandra Herald and Central Otago Gazette 1946


En février 1946 c'est la sortie du film Caravan d'Arthur Crabtree, elle y tient un petit rôle aux côtés des stars du film, une servante outragée qui jure en français !



  des extraits du film



La même année elle enregistre quelques disques 78 tours pour DECCA à Londres : Ah le petit vin blanc / Take it away ; Coax me a lttle bit / C'est pas tous les jours dimanche ; No can do / I'm so all alone.

collection personnelle


U. S. A. / Paris / Londres / U. S. A. 
Après un bref retour en France, en mai 1947, pour des prestations dans une revue au Théâtre des Célestin à Lyon. New York l'appelle de nouveau, elle embarque à bord du Queen Elisabeth à Southampton le 27 août 1947. En novembre elle est engagée par la société DuMont, fabricant et producteur de télévision, pour animer sa propre émission, Café de Paris, sur la chaîne WABD. Son style original qui tranche avec la concurrence, ne semble pas du goût des critiques qui n'apprécient pas sa désinvolture, sa spontanéité et son humour. Néanmoins elle est The New Look in Television.

 
Radio Daily 1947 / Radio Mirror 1948



la java des matous

En 1948, elle enregistre deux chansons (La Polka des Fatigués et la Java des Matous) de Michel Emer, avec qui elle se produit sur la Riviera française au cours de l'été. L'épisode DuMont durera jusqu'en mars 1949, elle quitte la chaîne pour des raisons… financières et retourne sur la scène, en avril elle se produit à Montréal et en mai elle est invitée à chanter pour le mariage de Rita Hayworth et Aly Aga Khan à Vallauris. En novembre elle est interrogée comme témoin dans l'affaire de la rue Jean-Mermoz, le meurtre de son ami, et soupirant, Edward de Muralt, un Australien qui est tué par trois militaires. Elle a profité de sa présence en France pour trouver quelques contrats dont le Boccacio, boulevard des Capucines, à Paris. Puis elle retourne à Londres pour se produire dans la revue Latin Quarter jouée au théâtre du London Casino avec les Compagnons de la Chanson, alors au début de leur carrière.

collection personnelle


1950-1951 elle est à Londres, régulièrement invitée par la BBC Television. En 1952 elle retourne aux U. S. A. et on la retrouve à Los Angeles, à Hollywood précisément, où elle vit une relation, qualifiée de "romance torride" par la presse, avec l'écrivain français Pierre La Mure, auteur du roman Moulin Rouge dont s'inspire le film qui obtient 2 oscars en 1953.
Durant ces années 1950, on ne trouve pas de mention dans la presse d'une activité artistique publique. Seulement le dépôt de plusieurs chansons relevées dans le Catalogue des Copyrights. En 1955 sa mère décède à Nice et son père adoptif en 1957, elle hérite des terrains agricoles situés à Courtisols dans la Marne. En 1958 elle participe à un disque de musiques et chansons 1900*.



trois chansons extraites du LP La Moustache de Papa


En mars 1959 elle invitée au jeu télévisé de Groucho Marx, You bet your life. Dans les années 1959-1960 elle participe au USO Tour (United Service Organizations). En 1961 sort un court métrage du cinéaste Arcady, l'Ondomane, où elle est la partenaire du réalisateur, ce film obtient un prix au festival de Tours en 1962. Cette année là elle enregistre aux Etats Unis un disque 33 tours de Fables de La Fontaine en anglais et en français, dont elle a fait les traductions et la musique interprétée par deux musiciens réputés, Robert "Bob" Dorough** et Al Schackman, on peut l'écouter ici. Elle anime ensuite une émission régulière destinée aux enfants sur WBAI à New York, ainsi que son émission Sylvie by Night diffusée à Philadelphie.
D'avril à juillet 1966, retour à Londres, à la BBC Home Service pour Sylvie by Day. Ensuite, d'après le témoignage de Bob Dorough, elle aurait eu une liaison amoureuse avec un saxophoniste de jazz, qu'elle a aidé, vainement, à surmonter sa dépendance à la drogue. Puis elle aurait vécu quelques années avec le producteur Harley Usill, fondateur du label Argo Records, ils venaient régulièrement rendre visite au couple Dorough à Poconos (Pennsylvanie), on est alors dans les années 1970/1980. Harley décède à Londres en 1991,  Sylvie est morte à New York en 1996.

Christian Declerck

Sources : Etat civil, Dunkerque-Sports, Ancestry.fr, FamilySearch.org, Archives.org, The Brooklyn Daily Eagle, The Montreal Gazette, Variety Magazine, The Miami News, The New York Evening Post, Alexandra Herald and Central Otago Gazette, The Bilboard Magazine, Image et Son, Programme WBAI, Genome.ch.bbc.co.uk, Qui ? Détective, Radio Mirror, Sponsor Magazine, Radio Album, Broadcasting Magazine, Florence Morning News, New York Magazine, Catalog of copyright entries, Catalogue DECCA, Bibliothèque municipale de Lyon et collection personnelle.
Mes remerciements à Jean Poirriez et Michel Steylaers pour leurs traductions.


*
La Moustache de Papa, produit par Larry Shushan, Babary Coast Records, BC33018
Musiciens de l'orchestre :
Violons : Elliot Fisher, James Getzoff, Mme Elizabeth Waldo, Richard Bailey.
Trompettes : Jerry Rosen, Manuel Steven
Trombone : Harold Diner
Clarinette basse et clarinette : Lewis Ellenhorn
Clarinette : Morris Bercov
Flûte : Burnett Atkinson
Basson : Howard Terry
Flûte et clarinette : Mahlon Clark
Piano : Maurice Ellenhorn
Accordéon : Gene Garf
Basse et tuba : Ray Siegel
Percussion : Chester Ricord
Direction : "le prof. Pierre Chatouille"


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j'ai appris le décès de Bob Dorough le 23 avril 2018. Il m'avait donné des informations sur sa rencontre avec Sylvie et leur amitié

il célébrait ses 92 ans



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Généalogie de Nelly Chauveau
recherches personnelles


Les liens que vous avez manqués :

- l'ENSA
La moustache à papa (paroles et musique Sylvie St Clair)
- The Grasshopper and the Ant et autres fables de Jean de La Fontaine


dimanche 10 décembre 2017

Julien Bouquet, les débuts

" Pour des raisons particulières et d'autres, faciles à imaginer, qu'il serait trop long de commenter, le jeune Julien Bouquet, en 1943, décidé de fuir l'oppresseur, passa par l'Italie et se réfugia en Algérie. Il était le plus jeune évadé de France. Il avait douze ans !


toutes les illustrations
collection personnelle


  Il était déjà attiré par les voyages !… Pourtant, par la suite, ses parents étant dans le commerce de la boucherie, voulurent lui faire visiter la clientèle…
— Mais ça ne me plaisait guère, dit-il. Depuis toujours, je ne pensais qu'à la chanson ou à une profession de ce genre. A l'école, j'étais bon en français et je faisais des vers, des poèmes… enfin, comme on en fait à quinze ans…
— Etiez-vous à Paris, à cette époque là ?
— Non. je suis né à Dunkerque — la Marseille du Nord— il y a trente deux ans, un 22 novembre. Le nom de ma famille [Bouchiquet] est originaire des Flandres ; à la suite d'une élision, j'en ai fait Bouquet. C'est plus joli, non ?…
  Installé dans la capitale depuis la fin de la guerre, Julien Bouquet y termina ses études et pensa "qu'il serait chouette" d'écrire des chansons. Au début, on écrit des poèmes et puis l'on essaie de mettre de la musique dessus… et un beau jour, on y arrive. Parfois, c'est le contraire : une musique influence et inspire des paroles.

— Au fil des poèmes, explique-t-il, la musique est venue… mais, pour savoir si mes chansons étaient valables, il y avait une solution : c'était d'aller les montrer à des vedettes, comme Montand, Piaf, etc. Mais j'ai commencé par Patachou. Elle m'a dit : "Ce que vous faites n'est peut-être pas tout à fait pour moi, mais vous devriez vous essayer sur le public".
On sait la gentillesse de Patachou, Julien Bouquet, ainsi encouragé, n'hésita pas. C'était en 1952… il débuta par Jo de Saint-Malo, Il a neigé sur Hawaï et d'autres chansons…
— A cette époque, pensiez-vous faire une carrière d'auteur ou d'interprète ?
— A vrai dire, j'aurais bien aimé écrire seulement des chansons, mais il me fallait une grande production, être constamment sur la brèche, contacter des gens qui vous reçoivent ou ne vous reçoivent pas… et il n'y avait pas de raison non plus pour que je ne chante pas. Cela me faisait un interprète de plus ! C'était très mauvais, j'étais gauche, maladroit, mal habillé, je n'avais pas de jeu de scène, je ne savais pas me servir d'un micro… Mais, chez Patachou, c'est une piste d'essai redoutable. J'ai dû certains soirs, chanter devant trois Français et quarante-cinq Danois. Dans l'ensemble, j'ai senti que j'étais fait pour ce métier, mais qu'il me faudrait beaucoup travailler. Et Patachou m'y a encouragé.
  Il continua donc et, un jour, deuxième étape de son ascension, il eut l'occasion de faire un disque qui, selon son propre aveu, ne marcha pas très fort (chez Barclay : Quand on s'est mariés, Fredo) par manque de métier et ignorance. Il revit donc le problème et pensa :
— Je ne suis peut-être pas fait pour être interprète ; je vais donc continuer à écrire des chansons qui, elles, ont l'air de plaire. Puis j'irai les montrer à différents artistes… Félix Marten, Edith Piaf… Avec Piaf ce fut la troisième étape, la plus sérieuse. Là, c'était vraiment l'école. Avec Edith Piaf, c'est surtout le travail et la camaraderie. Mais surtout beaucoup de boulot, tant sur le plan écriture que sur le plan mélodique et celui de la mise en scène et de l'interprétation. Piaf m'a pris quelques chansons dont Je sais comment, Je suis à toi et, récemment, Tiens v'là un marin.
  Julien Bouquet continue, à école d'Edith Piaf, d'apprendre le métier et, un jour, a la chance de rencontrer le directeur artistique des disques Président qui lui dit : "Nous allons faire un essai, sans lésiner avec tout ce qu'il faut pour la musique et derrière". Sortit alors un nouveau disque comprenant : Tiens, v'là un marin, La nuit, le jour l'amour, Au pays des merveilles (qui remporta cette le prix de la Rose d'Or) Lettre d'Espagne, Le tango, c'est ça, Le soleil de mon amour, Le rancard, Barcelone.
Il en est là. Il vient de terminer au [cabaret le] "Zèbre à carreaux" pour reprendre à la rentrée. En attendant, il part faire des galas sur la Côte, pour la saison d'été. […]
Indépendamment de cette escapade méridionale qui le mena jusqu'en Afrique du Nord, Julien Bouquet a réalisé son rêve de voyage :
— Dakar, Abidjan, Casablanca, Marrakech et une croisière sur un bateau [le paquebot Ancerville] (toujours en chantant) avec escale dans toutes les capitales nordiques. Enfin, Beyrouth, pour le festival, où j'ai gagné le prix de la chanson française, ex-æquo avec Albert Santoni. […]"
Georges LANGE,  Intimité d'octobre 1963





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Au verso de son premier disque, on trouve une autre version de sa biographie :
"Julien Bouquet naquit à Dunkerque, le 22 novembre 1930, d'un père chef cuisinier à bord de bateau. A l'âge de 13 ans, en 1943, pour des raisons personnelles résultant de l'occupation, il s'enfuit de chez lui, traverse la France à pieds ou par d'autres moyens de fortune ; il atterrit en Afrique du Nord, plus précisément à Constantine. Là, on le met à l'école.
En 1945, il rentre en France et vient s'installer avec ses parents qui exercent un commerce de tissus à Nogent. Il retourne à l'école, au collège Saint Nicolas. A 19 ans et demi, il se marie. Ses parents et ses beaux parents montent alors une grosse boucherie industrielle et la part qui lui est réservée dans l'affaire consiste à recherche la clientèle. Il commence à écrire des chansons en 1953, sans avoir été spécialement conseillé, mais simplement parce qu'il aime les chansons. Il a toujours eu une grande admiration pour Yves Montant et Charles Trenet. Il ne sait absolument pas jouer du piano et il compose au gré de sa fantaisie. la nuit à bord de son camion douze tonnes, il livre la viande à la clientèle et c'est à ce moment-là qu'il écrit la plupart de ses chansons.
Jacques Hélian lui prend un jour l'une d'entre elles, Le bon Dieu, Détail pittoresque de l'exploitation de cette chanson : un jour, Jacques Hélian, jouant à une fête organisée par un grand quotidien, exécuta la chanson de Julien Bouquet pendant que de l'autre côté de la salle Julien Bouquet livrait la viande destinée aux casse-croûte. Comme le dit Julien : "Je fournissais les chansons et la nourriture". […]"



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Un témoignage sur sa relation… professionnelle bien entendu, avec Edit Piaf :
« […] Le 20 août, Piaf remonte à Annecy avec sa troupe — Germaine Ricord, Julien Bouquet et Michel Rivgauche qui assurent la première partie. […] Parce qu'elle a mis à son répertoire et enregistré, le 4 septembre 1958, Je sais comment, écrit et composé par Julien Bouquet, qui va devenir un de ses grand succès, Edith semble extrêmement proche de ce jeune auteur-compositeur de 29 ans qui faisait partie de sa tournée d'été. Elle dément toute liaison amoureuse avec Bouquet, de son vrai nom Bouchiquet, qui a également écrit pour Piaf Je suis à toi et lui donnera Tiens, v'là un marin. Mais peut-on la croire sur parole alors qu'il a été le seul admis, quatre jours durant, dans sa chambre de l'hôpital américain où il lui offrait des brassées de fleurs des champs. Bouquet n'est en tout cas plus au programme de la nouvelle tournée qui débute le 20 novembre à Melun. […] »
Piaf, un mythe français, Robert Belleret, 2013



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Il a neigé sur Hawaï par Julien Bouquet



Après ces quatre disques 45 tours, le label Président publie en 1963, un 33 tours 25 cm : Julien Bouquet chante Julien Bouquet,  qui contient huit titres, Julien est accompagné par Teddy Moore et son orchestre. Ce sera son dernier disque, la vague yéyé y est sans doute pour quelque chose. Julien continue d'écrire des chansons pour les vedettes de l'époque : Mireille Mathieu, Georgette Lemaire, Félix Marten, Gloria Lasso, Mouloudji, Les Ménestrels, Régine, Simone Langlois, Verlor et Davril et même Fernand Raynaud. J'ai contacté sa famille pour connaître la suite de sa carrière, mais je n'ai pas eu de réponse. Sa dernière création, il la compose pour sa ville natale, en 1980, le 40e anniversaire de l'opération Dynamo, c'est Nellie Laurence qui l'enregistre pour les disques Déesse de Michel Célie.

Il meurt à Le Perreux sur Marne, le 23 décembre 1988.


Dunkerque/Dunkirk par Nellie Laurence


les chansons de Julien Bouquet :


- Adieu été, Julien Bouquet/ Jean Lioret / P. Vetheuil (1957)
- Alors ne tarde pas, Julien Bouquet / Paul Mauriat, interprétée par Mireille Mathieu
- Amour et soleil, Paolo Ormi / Julien Bouquet (1965)
- Au café de la paix, Julien Bouchiquet / André Dauchy
- Au cœur de Paris, Alain Romans / J. Bouchiquet (1957)
- Au pays des merveilles, Julien Bouquet / Raymond Lefèvre (1963)
- Barcelone, Claude Vasori / Julien Bouquet (1963)
- Le bon Dieu, J. Bouquet / Jean Lioret (1954) interprétée par Guy Marly, Jacques Hélian, Verlor et Davril, Jean Louis Tristan
- Bonsoir Paris, bonsoir, Julien Bouquet / Camille Sauvage (1966) jouée par Yvette Horner
- Celui que, celui qui, Charles Olejniczak / Julien Bouchiquet
- Ciel gris, Julien Bouquet/ Jean Lioret / P. Vetheuil (1957)
- Cui cui les petits oiseaux, Jean Lioret / Bob Quibel / Julien Bouquet / J. Lioret) interprétée par Fernand Raynaud
- Demain, Jean-Loup Chauby / Julien Bouquet
- De par le monde, J. Bouquet / R. Valentino  (1969) interprétée par Laurence Alessandrini
- Dunkerque, Robert Guglielmi / Julien Bouchiquet (1980) interprétée par Nellie Laurence
- L'effet que tu m'fais, Julien Bouchiquet / Robert Chauvigny interprétée par Edith Piaf
- Et la polka, André Dauchy / Julien Bouchiquet
- Eux, J. Bouquet / J. Bouquet / R. Chauvigny (1958) interprétée par Vicky Autier, Félix Marten
- Ensemble (sometimes), Les reed / Barry Mason / adaptation : J. Bouquet (196?) interprétée par Mireille Mathieu
- Fredo, André Dauchy / Julien Bouchiquet (1956)
- Un garçon fredonne (Julien Bouquet - Jo Ricotta)  (1970) interprétée par les Trois Ménestrels
- Gare, Giuseppe Ricota / Julien Bouchiquet
- Goutte, Gérard Desantis / Julien Bouquet
- Hello, cow-boy ! Julien Bouquet / Jean Lioret / R. Gola (1957)
- Histoire de dés, Julien Bouquet, Alain Dauchy
- Il a neigé sur Hawaï, J. Bouquet / Jean Lioret (1956)
- Je sais comment (J. Bouchiquet - R. Chauvigny) (1959) interprétée par Simone Langlois, Edith Piaf
- Je suis à toi Robert Chavigny / J. Bouquet ( 1960) interprétée par Edith Piaf
- Je t’aime encore, J. Bouquet / A. Borly / J. Bouquet / Régine (1971) interprétée par Régine
- Jo de Saint Malo, Julien Bouquet / Aandré Dauchy / Jean Lioret (1956)
- Jouez, Mariachis, J. Bouquet / Bernard Labadie (1961) interprétée par Gloria Lasso, Mouloudji
- La nuit, le jour et l'amour, Julien Bouquet / Bernard Labadie (1963)
- Lettre d'Espagne, Julien Bouquet (1963)
- L’oubli, Julien Bouquet (1958) interprétée par Gloria Lasso
- Mater, Julien Bouchiquet
- Où est le soleil, J. Bouquet / Les Reed (1971) interprétée par Tony Sandro
- Paille, Julien Bouquet, Alain Romans (1957)
- Personne, J. Bouquet / Bob Sellers (1964) interprétée par Jacques Roggero
- Quand on s'est marié, Julien Bouquet, Jean Lioret (1957)
- Rayon d’soleil, Jacques Lesage / Julien Bouchiquet
- Le Rencard, Julien Bouquet (1963)
- Le rondo à l’amour, Julien Bouquet / Bob Sellers (1973) interprétée par Georgette Lemaire
- Si c’était l’amour, Giuseppe Ricota / Julien Bouchiquet
- Le soleil de mon amour, Julien Bouquet (1963)
- Soirée de Gala, Julien Bouquet/ J. Lioret / P. Vetheuil (1957)
- Sur les quais, Julien Bouquet / Edith Piaf, interprétée par Renée Caron
- Le Tango c’est ça,  Julien Bouchiquet (1963)
- Le tango des musiciens, Julien Bouquet / Jean Lioret / Guy Motta
- Tiens v’là un marin (Julien Bouquet / André Borly) (1963) interprétée par Christina, Edith Piaf, les Trois Ménestrels, Sylvia Clément
- Trois guitares, Constantin Moussadis / Julien Bouchiquet
- Un drapeau flottait, André Dauchy / Julien Bouchiquet
- Un garçon Fredonne, Giuseppe Ricota / Julien Bouquet, interprétée par Les Ménestrels
- Valparaiso, Dany Revel / Julien Bouquet
- Y avait là, Robert Chauvigny / Jean Lioret / Julien Bouchiquet

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