mercredi 26 juillet 2017

Arlette et René Rucart


La Radio du Nord 1929
collection personnelle


Né à Velaines (B) en 1854, Florimond Antoine Rucart épouse, à Lille en 1890, Léonie Delporte née à Esplechin (B) en 1864.  Florimond est journalier, il est à Lille depuis 1878. En 1896 à Lille, 51 rue du Chevalier Français, nait leur fils Florimond. Le couple se sépare vers 1900/1910 et Léonie déménage à Amiens avec son fils, où elle demeure avec Alexandre Fauvaux, cordonnier, 20 rue Jeanne Natière.  Florimond fait la connaissance d'Arlette Barbier, née à Amiens en 1903. Domiciliée rue Rigollot, elle est la fille de Raoul, représentant de commerce aux Nouvelles Galeries d'Amiens, et Zélia Parent, couturière. Elle obtient un 1er prix de chant du Conservatoire d'Amiens vers 1918/1920. Ils se marient à Amiens en 1921.
Le couple chante régulièrement dans la Somme et dans l'Oise, notamment à Senlis en février et novembre 1927. Le Courrier de l'Oise nous décrit les qualités artistiques de Mme Rucart : "Toujours gracieuse, à la voix délicieuse et expérimentée, elle fut longuement applaudie dans ses chants, aussi bien dans le fabliau Jean de Nivelle, Que ne peut-on rêver toujours,  que dans Micaela de Carmen, mais dans le Rire de Manon Lescaut, elle électrisa l’assistance". Son époux est également apprécié : "M. Rucart n’est pas un amateur, mais un artiste de valeur, à la voix prenante et juste, à la mimique remarquable. Toutes ses chansons depuis La Victoire de Madelon, Boyer, Assez de bas de soie, A Travers les grilles, Faut jamais dire ça aux femmes, La pluie, le vent, la neige jusque Les Maisons de notre village, furent pour  lui un succès. Comme Mme Rucart, il fut chaleureusement applaudi."
Après un séjour de quelques années à Senlis, le couple quitte la Picardie pour Lille, Florimond devient René, et en mai 1928 on les entend sur les ondes de Radio PTT Nord. La radio de Lille vient d'être créée quelques mois plus tôt, et organise chaque mois des "audition d'essai au microphone" pour recruter des artistes "et voici comment se passe ces auditions d'essai. Un mardi soir (à cause du relais fédéral qui laisse le studio disponible), les postulants sont convoqués, auparavant à la Porte de Paris, maintenant [1934] à la Maison de la Radio [36 boulevard de la Liberté]. Dans une des grandes salles du reez-de-chaussée, un piano, un micro, un téléphone sont installé. Au bout du micro, un amplificateur réuni, d'autre part, à un poste récepteur branché dans une autre salle tout à fait indépendante de la première. Dans cette salle, une commission d'écoute, composée d'une dizaine de personnes, appartenant à la Commission des Programmes, et susceptibles  par leur compétence spéciale, de donner un avis sage et sincère sur la valeur du talent qui, à l'autre bout du fil, se produit. Ces personnes ne connaissent pas le nom des artistes. Ceux-ci sont désignés par un numéro et les notations individuelles des commaissaires s'établissent de 0 à 10. Selon leurs affinités, certains apprécient plus spécialement le caractère musical des voix, leur tessiture, leur pureté, leur articulation. D'autres envisagent mieux le rendement technique, si on peut dire : saturation facile du microphone, rendement radio électrique des nuances. […] Aucun artiste, s'il n'a obtenu au moins la moyenne de 5, n'est déclaré admissible, sans que cette décision empêche d'ailleurs, ultérieurement, un essai qui, peut-être, sera plus heureux. […]" Léon Plouvier, directeur de Radio PTT Nord.


collection personnelle


Le couple de chanteurs passe régulièrement à l'antenne et la revue La Radio du Nord s'en fait écho : "Les habitués de la station connaissent la délicieuse voix de Mme Rucart. D'une musicalité et d'une justesse parfaites, douée d'un timbre qui, à aucun moment, — chose extrêmement rare chez les femmes, ne sature pas le microphone — la voix de cette brillante artiste est, sans contredit, une des plus belles qui soit assidûment diffusée par Lille.
Madame Arlette Rucart a obtenu à l'unanimité le premier prix du Conservatoire d'Amiens et eut l'heureuse fortune de décrocher l'an dernier, le prix d'honneur du Concours International de Solistes organisé par la Fédération des Sociétés Musicales du Nord et du Pas de Calais.
Ses parutions au microphone, en interprétation de mélodies mais surtout en opérettes dont elle a donné de nombreuses auditions inédites à Lille, sont toujours fort attendues et goûtées des auditeurs.
Le dernier concert au cours duquel Radio PTT Nord a pu diffuser sa voix délicieuse — le concert des Cheminots au Ramponneau — le 8 décembre, a été un véritable charme pour les auditeurs, rivés chez eux en cet après-midi de dimanche balayé de tempête.
Aux côtés de Madame Rucart, les auditeurs ont souvent le plaisir d'entendre son mari M. René Rucart que Radio PTT Nord utilise assez fréquemment comme chanteur de genre et d'opérette. M. Rucart déploie au cours de ces auditions de brillantes qualités. On se souvient avec le plus vif plaisir des délicieuses opérettes interprétées par lui : Pierrot puni, Pierrot aviateur, La Fille du charbonnier, Lizchen et Fritchen, et  qui furent proposées par lui à la station. Petites choses légères, aimables que l'auditeur écoute avec intérêt parce qu'elles délassent heureusement des fatigues du travail et qu'elles apportent à l'écoute une variété précieuse aux grandes diffusions.
M. René Rucart apporte, à ces auditions, la gaieté, la sureté vocale et musicales qui font les artistes aimés du public. Sa parution sur scène a d'ailleurs en tous points confirmé à maintes reprises, les qualités de cet excellent artiste." [La Radio du Nord, décembre 1929]
Arlette est une des animatrices des Matinées Enfantines, créées par Léon Plouviet, alias Grand Papa Léon, dès les débuts de la radio "Une des perles de Radio PTT Nord, et comment en douter ? A l'heure où paraissent ces lignes [1933] près de cinq mille petits ont souscrits une adhésion spéciale de friquet." [Annuaire de la Radiodiffusion Nationale]


le tour de micro sur Radio PTT Nord
collection personnelle


La radio diffuse aussi, en direct, leurs récitals chaque mois, puis à partir de 1930, chaque semaine, avec d'autres vedettes plus connues de la station, comme Bertal, Guy Berry, Daudelin, Line Dariel, Léopold Simons, Maurice et Marguerite  Lecomte.


collection personnelle

Leurs activités radiophoniques semblent s'arrêter pendant la guerre et ne reprennent pas ensuite. Je sais seulement qu'Arlette Rucart est directrice artistique de l'agence Nord Spectacles, dirigée par Bertal et devient la correspondante régionale de l'Agence Paris-Music Hall. Elle décède à Longpré-les-Corps-Saints (Somme) en 1968 et est inhumée au cimetière du village et où la rejoint son époux qui décède à Lille en 1975. Un contact récent avec le gendre de la seconde épouse de René Rucart, nous apportera, je l'espère, plus d'informations sur les parcours artistiques de ces deux Lillois d'adoption.

à suive…

Christian Declerck

Sources : La Radio du Nord, Le Journal de Roubaix, Le Courrier de l'Oise, état civil de Lille, Amiens, recensement d'Amiens, Annuaire de la Radiodiffusion Nationale, 1933, 1934, catalogue BNF.

Discographie

Malgré les nombreux passages en radio, ces deux chanteurs ont assez peu enregistré, voici les quelques références relevées dans le catalogue de la BNF et dans ma collection :

Arlette Rucart
- Les Dragons de Villars, Il m'aime, disque Cristal 5266
- Mam'zelle Nitouche, le Soldat de plomb / Babet et Cadet, disque Cristal 5267
- Véronique, couplet d'Hélène / les Saltimbanques, la Bergère Colinette, disque Cristal 5265
- Console-moi (P. Manaut, R. Solry), disque Cristal

René et Arlette Rucart
- On s'aime bien… nous deux (P. Manaut, R. Solry et P. Drucbert), disque Cristal 5516 (1933)

René Rucart
- Tiens-moi dans tes bras, disque Cristal 5516 (1933)
- Si j'avais des sous-sous / Ma femme croit que je m'amuse, disque Parlophone 85214 (1935)
- C'est tout le printemps / En sifflotant, disque Cristal 5515
- Tout l'pays l'a su / C'est sa java, disque Parlophone
- Dans la forêt de Chantilly, java (R. Leblond, V. Marceau et E. Pellemeulle, disque Parlophone
- Je suis amoureux / La valse à grand-papa (R. Leblond, V. Marceau et E. Pellemeulle) (1935)
- Mon vieux Faubourg (P. Manaut, V. Marceau et E. Pellemeulle)


Mon vieux Faubourg
par René Rucart

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Quelques exemples extraits de leurs répertoires





collection personnelle


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