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lundi 9 février 2026

Sylvie St Clair

mise à jour le 3 mai 2018, annonce du décès de Bob Dorough et ajout d'une video
mise à jour le 22 janvier 2019, ajout d'une copie d'une traduction du Bel Indifférent de Jean Coteau
mise à jour le 8 juillet 2021, ajout de 2 photos
mise à jour le 14 juin 2023, ajout de 2 photos
mise à jour le 9 août 2023, ajout d'une vidéo
mise à jour le 30 octobre 2023, ajout d'un programme
mise à jour le 15 décembre 2023, ajout dune vidéo
mise à jour le 9 février 2026, ajout de la vidéo/communication sur l'Ondomane


collection personnelle

Une Dunkerquoise
Nelly Chauveau est née le 14 avril 1913, 6 rue de la Marine où son père a transféré le magasin de cycles (il est agent de la marque Alcyon) qu'il avait fondé 18 rue Saint Jean trois ans plus tôt.
Sa famille est présente à Dunkerque depuis la fin du siècle précédent. Son grand-père, cantinier au 1er régiment d'artillerie, meurt à Dunkerque en 1895. Un oncle de son père était musicien à Dunkerque vers 1888, année de son mariage avec une Dunkerquoise.



Enfant, elle subit l'évacuation en 1917 qu'elle évoque dans un interview, puis la famille revient à Dunkerque ; sa sœur, Jacqueline, y est née en 1924. On sait que Nelly fait ses études au collège Lamartine, où elle obtient son certificat d'études primaires (1928), puis le certificat d'études complémentaires (1929). On sait qu'elle est particulièrement douée pour le dessin, elle s'est inscrite à l'école des Beaux-Arts de la ville, elle a un 1er prix en composition décorative, et pour le théâtre. La famille déménage à Paris à la fin des années vingt. Nelly découvre la vie parisienne, les cabarets, les boîtes de nuit, le théâtre, elle continue ses études artistiques et devient dessinatrice, c'est la profession qu'elle déclare lors du remariage de sa mère en 1934, ses parents ont divorcé en 1931. Son père se remarie à Paris en 1936, il décède en 1941. Les deux sœurs sont adoptées par le mari de leur mère, Emile Montel-Saint-Paul en 1939.
Mais avant ces évènements familiaux Nelly a trouvé sa vocation. Elle a réussi à pénétrer les réseaux du théâtre parisien. Un responsable du théâtre de La Madeleine lui propose d'intégrer la troupe qui se produit à bord du paquebot Normandie. Elle embarque au Hâvre le 8 mai 1936 avec une vingtaine de comédiens professionnels renommés, tel Marcel Dalio (qui vient de jouer dans le film Pépé le Moko) et Robert Trébor, le directeur du Théâtre Michel et ami de Sacha Guitry.
 
liste des passagers du Normandie

New York
La ville l'émerveille, elle est fascinée et refuse de retourner en France, malgré l'absence de visa d'immigration, inconsciente des risques. Ses amis du Normandie auraient demandé au consul de France de veiller sur elle. Elle trouve un engagement de trois semaines à l'Hôtel St Régis, au cabaret La Maisonnette Russe, elle y est tellement appréciée qu'elle y reste trois mois et retourne aux États Unis à bord du Champlain en septembre 1936, avec un visa cette fois.
En juin 1938 elle est au Canada, elle obtient un engagement au Cabaret Chez Maurice, un grand cabaret de Montréal situé dans la rue Sainte Catherine, elle est au même programme que Tristan Bernard. Une solide réputation l'a précédée, elle a été entendue au St Régis par un responsable de la programmation du cabaret montréalais qui l'a engagée sur le champ, son programme se divise en deux parties, elle interprète une série de chansons françaises puis une autre de chansons anglaises. Un critique nous dit qu'elle excelle dans la chanson parisienne et qu'elle obtient un franc succès avec Je voudrais en apprendre davantage, de l'opérette Normandie. En décembre 1938 elle est à Philadelphie au Cabaret Embassy.


Rainbow Grill janvier/février 1942

En 1939 elle se produit au Brevort Super Club de New York puis obtient un engagement en novembre 1941 au cabaret Rainbow Grill, annexe du Rainbow Room, salle de bal située au 65e étage du Building Rockefeler. En 1943 elle chante au cabaret Paris Qui Chante à New York. C'est à cette époque qu'elle rencontre le pilote de la RAF Bevis D. Davies qui devient son époux. En 1944 elle embarque pour Liverpool à bord de l'Axel Johnson et s'engage à Londres dans l'ENSA (Entertainments National Service Association), une association qui organise des spectacles et des concerts pour les troupes anglaises.

Londres
Dès juin 1945 elle se produit sur les ondes de la BBC, dans une production de l'ENSA. Ensuite elle est régulièrement invitée dans Variety Band Box, une émission destinée aux militaires.

Alexandra Herald and Central Otago Gazette 1946

En février 1946 c'est la sortie du film Caravan d'Arthur Crabtree, elle y tient un petit rôle aux côtés des stars du film, la servante outragée qui jure en français !



  des extraits du film

La même année elle enregistre quelques disques 78 tours pour DECCA à Londres : Ah le petit vin blanc / Take it away ; Coax me a little bit / C'est pas tous les jours dimanche ; No can do / I'm so all alone.

collection personnelle

Take it away / Coax me a little bit

Toujours à Londres elle participe au débuts de la BBC Television dans le studio de l'Alexandra Palace.

première française qui chante à la télé ?
France Soir 30/6/1946 (Gallica)

Le Front Ouvrier de Montréal
19 octobre 1946


U. S. A. / Paris / Londres / U. S. A. 
Après un bref retour en France, en mai 1947, pour des prestations dans une revue au Théâtre des Célestin à Lyon. New York l'appelle de nouveau, elle embarque à bord du Queen Elisabeth à Southampton le 27 août 1947. En novembre elle est engagée par la société DuMont, fabricant et producteur de télévision, pour animer sa propre émission, Café de Paris, sur la chaîne WABD. Son style original qui tranche avec la concurrence, ne semble pas du goût des critiques qui n'apprécient pas sa désinvolture, sa spontanéité et son humour. Néanmoins elle est The New Look in Television.

 
Radio Daily 1947 / Radio Mirror 1948



la java des matous

En 1948, elle enregistre deux chansons (La Polka des Fatigués et la Java des Matous) de Michel Emer, avec qui elle se produit sur la Riviera française au cours de l'été. L'épisode DuMont durera jusqu'en mars 1949, elle quitte la chaîne pour des raisons financières et retourne sur la scène, en avril elle se produit à Montréal.  Retour au Québec avec Michel Emer qui lui a composé des chansons nouvelles, le 1er avril elle fait ses débuts au cabaret Le Café de l'Est où elle chante durant plusieurs semaines, accompagnée par l'orchestre d'Eddy Sanborn. La presse la présente comme "la première chanteuse française à faire de la télévision en Angleterre et à avoir une émission régulière sur un réseau de télévision américain".  Michel Emer doit préparer une revue pour Broadway, Kiki, l'automne prochain, dont le rôle principal est tenu par Sylvie. Elle participe à une émission de la radio Poste CKAK, Les Etoiles de France, animée par Guy Mauffette. Fin mai elle est invitée à chanter pour le mariage de Rita Hayworth et Aly Aga Khan à Vallauris. Début juin elle est encore en France, signale le journal de Montréal Le Canada, en juillet elle est à Londres, au Suzy Solidor's Club et se produit à la BBC dans Cafe Continental. En août on la signale sur la Riviera et en octobre elle participe à l'émission radiophonique de Gisèle Boyer Pile ou Face, avec Ned Rival. On la voit dans un extrait de cette émission, avec Gisèle, Ned et Michel Emer, dans le film de Pierre Gautherin, Au fil des ondes, qui sort dans les salles en 1951 pour aider à la reconstruction du village d'Epron dans le Calvados. En 1949, elle retrouve Gisèle et Ned à la Nuit de la Jeunesse à Aurillac dont il reste plusieurs photos, comme celle-ci, où elle tient, amicalement (?) la main de Ned Rival (1924-1995), elle est en compagnie de  Gisèle Boyer (1922-2010), Armand Mestral, Ginette Garcin, Jean Marco et Jean Dumas. 


Sylvie Saint-Clair à gauche
source : Archives Départementales du Cantal
Fonds Dumas-Rossignol cote 49 num 123



Sylvie SINCLAIR [sic]
vedette inconnue, 1949
sources Gallica

***

Détective, 28/11/1949, collection personnelle

En novembre 1949, elle est interrogée comme témoin dans l'affaire de la rue Jean-Mermoz, le meurtre de son ami, et soupirant, Edward de Muralt, un Australien qui est tué par trois militaires. Elle a profité de sa présence en France pour trouver quelques contrats dont le Boccacio, boulevard des Capucines, à Paris. Puis elle retourne à Londres pour se produire dans la revue Latin Quarter jouée au théâtre du London Casino avec les Compagnons de la Chanson, alors au début de leur carrière.

Latin Quarter
collection personnelle

Café Continental
collection personnelle


Vers 1949-1951 elle est souvent à Londres, régulièrement invitée par la BBC Television pour l'émission Café Continental dont un rare programme d'une représentation au Dolphin Theatre de Brighton, nous est parvenu. Il nous donne le détail du spectacle sous forme de Menu en trois parties : Apéritif, Entrée et Spécialité de la maison, accompagné par l'orchestre de Sidney Bowman. Septembre 1951, l'agence, Sidney-Ascher Associates, achète une double page dans la revue professionnelle Variety : un CV distribué à des milliers d'exemplaires dans tous les Etats-Unis ! Les effets sur sa carrière ne tardent pas. Les contrats se succèdent à Chicago, Dallas, New-York, Los Angeles, San Francisco, etc. En 1952 elle est à Los Angeles, à Hollywood précisément, où elle vit une relation, qualifiée de "romance torride" par la presse, avec l'écrivain français Pierre La Mure, auteur du roman Moulin Rouge dont s'inspire le film qui obtient 2 oscars en 1953.

The International Singing Star

Durant ces années 1950, elle se produit dans les clubs, accompagnée par d'excellents artistes par exemple en février et mars 1956 à l'hôtel Knickerbocker d'Hollywood avec le Joyce Collins Trio. Puis à San Francisco en 1959 au Gotham Gay 90's. Dans ces années là, elle compose plusieurs chansons mentionnées dans le Catalogue des Copyrights, dont une au moins, Ma Chérie, est enregistré par l'orchestre de Wayne King

Ma Chérie, valse de Sylvie St-Clair
interprétée par Wayne King and his Orchestra en 1956


Un contrat aurait même été signé avec Verve Records, pour le label Roulette. En 1955 sa mère décède à Nice et son père adoptif en 1957, elle hérite des terrains agricoles situés à Courtisols dans la Marne. En 1958 elle participe à un disque de musiques et chansons 1900* : La Moutache à Papa.



trois chansons extraites du LP La Moustache de Papa


En mars 1959 elle est invitée au jeu télévisé de Groucho Marx, You bet your life
 
source : Alamy

Novembre 1959, retour à Londres, elle participe au Juke Box Jury.
source : Radio Times
 

Fin 1957 elle participe à  l'Opération Santa Claus organisée par le USO Tour (United Service Organizations). Elle part pour le Pacifique dans les bases américaines avec Barbara Whinting, Earl Nickel, Nadine Thompson, April Ames, Mata Monteria, etc. 

Puis elle revient en France et joue le rôle de Caroline Reine de Naples, au théâtre de l'Ambigu, dans Madame Sans Gène, avec Jeanne Sourza dans le rôle titre. Pour développer sa carrière de comédienne elle sollicite divers auteurs, dont Jean Cocteau ; sa lettre est conservée à la Bibliothèque Historique de la ville de Paris, accompagnée d'une photo, avec au verso un CV résumé.

source : Bibliothèque historique de la Ville de Paris
/ Fonds Jean Cocteau
 
Le 11 juin 1960, elle est invitée par la BBC dans l'émission Jazz à la carte, elle y chante accompagnée par l'orchestre de Humphrey Lyttleton

communication SDHA, l'Ondomane

En 1961 sort un court métrage du cinéaste Arcady, l'Ondomane (voir ci-dessus)Elle y est la partenaire du réalisateur. Ce film obtient un prix au festival de Tours en 1962. Cette année là elle enregistre aux Etats Unis un disque 33 tours de Fables de La Fontaine en anglais et en français, dont elle a fait les traductions et la musique interprétée par deux musiciens réputés, Robert "Bob" Dorough** et Al Schackman, on peut l'écouter ici. Elle anime ensuite une émission régulière destinée aux enfants sur WBAI à New York, ainsi que son émission Sylvie by Night diffusée à Philadelphie.
D'avril à juillet 1966, retour à Londres, à la BBC Home Service pour Sylvie by Day. En 1967 elle réside toujours à Londres, c'est à cette époque qu'elle commence à vendre les terrains de Courtisols hérités de son père adoptif. La même année elle fait la traduction de la pièce de Jean Cocteau, Le Bel Indifférent, le tapuscrit est conservé dans le fonds Jean Cocteau de la Bibliothèque Historique de la ville de Paris.

source : Bibliothèque historique de la Ville de Paris
/ Fonds Jean Cocteau

Ensuite, d'après le témoignage de Bob Dorough, elle aurait eu une liaison amoureuse avec un saxophoniste de jazz, qu'elle a aidé, vainement, à surmonter sa dépendance à la drogue. Puis elle a vécu quelques années avec le producteur Harley Usill, fondateur du label Argo Records, ils venaient régulièrement rendre visite au couple Dorough* à Poconos (Pennsylvanie), on est dans les années 1970/1980, elle est alors domiciliée avec sa sœur à Los Angeles. Harley décède à Londres en 1991 et Sylvie à New York en 1996.

Christian Declerck



mai 1949 à Montréal
photo Gaby, source


Sources : Etat civil, Dunkerque-Sports, Ancestry.fr, FamilySearch.org, Archives.org, The Brooklyn Daily Eagle, The Montreal Gazette, Variety Magazine, The Miami News, The New York Evening Post, Alexandra Herald and Central Otago Gazette, The Bilboard Magazine, Image et Son, Programme WBAI, Genome.ch.bbc.co.uk, Qui ? Détective, Radio Mirror, Sponsor Magazine, Radio Album, Broadcasting Magazine, Florence Morning News, New York Magazine, Catalog of copyright entries, Catalogue DECCA, Bibliothèque municipale de Lyon, Bibliothèque Historique de la Ville de Paris et collection personnelle.
Mes remerciements à Jean Poirriez et Michel Steylaers pour leurs traductions.


********

La Moustache de Papa, produit par Larry Shushan, Babary Coast Records, BC33018
Musiciens de l'orchestre :
Violons : Elliot Fisher, James Getzoff, Mme Elizabeth Waldo, Richard Bailey.
Trompettes : Jerry Rosen, Manuel Steven
Trombone : Harold Diner
Clarinette basse et clarinette : Lewis Ellenhorn
Clarinette : Morris Bercov
Flûte : Burnett Atkinson
Basson : Howard Terry
Flûte et clarinette : Mahlon Clark
Piano : Maurice Ellenhorn
Accordéon : Gene Garf
Basse et tuba : Ray Siegel
Percussion : Chester Ricord
Direction : "le prof. Pierre Chatouille"


*
j'ai appris le décès de Bob Dorough le 23 avril 2018. Il m'avait transmis des informations sur sa rencontre avec Sylvie et leur amitié.


il célébrait ses 92 ans




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*
Généalogie de Nelly Chauveau


Les liens que vous avez manqués :

- l'ENSA
La moustache à papa (paroles et musique Sylvie St Clair)
- The Grasshopper and the Ant et autres fables de Jean de La Fontaine


mercredi 17 décembre 2025

Verlor et Davril

 mise en ligne le 5/5/2018
mise à jour le 17/12/2025 : ajout d'un hommage par Yvan Levaï
 
Un duo fantaisiste originaire de Roubaix et Lille, qui a laissé plusieurs enregistrements.


toutes les illustrations : collection personnelle



Jan Davril

Il est né à Lille, rue de Fives, sous le nom de Roger Raux le 12 juillet 1922. Son père, Abel, est expert-comptable, sa mère, Marie Husquin, est originaire de Bruay-Labuissière. De son enfance, on sait qu'il est très attiré par la musique, le chant ; il se serait produit sur scène à huit ans. Il apprend aussi le piano et en joue si bien qu'il est retenu pour participer en septembre 1933, à l'émission des Matinées Enfantines de Radio PTT Nord. Il y interprète une composition de Maxence Gueniffey, Josette au Casino. En 1942 j'ai relevé son passage à l'antenne de Radio Lille sous son pseudo, il est accordéoniste tyrolien. La même année il se produit  aussi sur cette radio sous le nom de Roger Raux, il interprète des chansons de Charles Trenet, au même programme qu'Arlette Rucart, avec qui il se produit régulièrement dans les brasseries de Roubaix et Tourcoing



Le Journal de Roubaix, 11 décembre 1943

Gaby Verlor

Gabrielle Vervaecke est une enfant de la balle. Née en 1921, elle a à peine cinq ans quand son père, Victor Vervaecke, dit Verlor, comique troupier puis agent artistique, monte un spectacle et l'emmène sur les planches. Ils sont Les Gaby Verlor et se produisent dans les cinémas et brasseries de la région lilloise. Parallèlement elle suit des cours au Conservatoire de musique de Roubaix, et obtient un premier prix de piano, à l'unanimité avec félicitations du jury, ainsi que des distinctions en solfège, harmonie et histoire de la musique, etc.
Vers 1939, elle édite quelques chansons à compte d'auteur, dont elle compose la musique sur des paroles de son père : Ah ! le Jazz et La lettre du gosse. Elle les présente sur scène, notamment à Dunkerque vers 1940 au dancing Evo d'Arsène Arcier, transformé en café-concert pour cause d'Occupation.
Son père fait prisonnier, elle est évacuée avec sa mère à Pamiers dans l'Ariège. Elle y retrouve un autre réfugié lillois, Léopold Simons qui lui demande de composer la musique de sa revue : A la queue leu leu, jouée à Agen en juillet 1941, puis la même année, elle compose celle de la revue Les rois du marché noir, dont Ch'est l'pain, une des chansons en patois, créée par Line Dariel en juillet 1941, à La Madeleine. En 1942 elle écrit la musique de la revue Ça, c'est des jus, dont Te peux rev'nir Alphonse, chantée par Line Dariel. Après la guerre elle compose la musique de plusieurs chansons écrites par Simons : C'est toujours le printemps, créée par Bertal (1945) ; Du bonheur sans ticket, créée par Odette Chantal (1945) ; Oh ! Oïe ! Oïe, créée par Arlette Rucart (1945). Dernière collaboration avec Simons en 1950 pour la revue Attrape à Balou, avec Line Dariel, Simons, André Nadon, Line Alexandre, Corvelin, Denise Menez, Tony Royer, Ramys et l'accordéoniste Edmond Draheim.










Verlor et Davril
C'est en participant ensemble à la revue de Simons Ça, c'est des jus, en 1942, qu'ils se sont rencontrés. En mai 1944, Roger épouse Gabrielle et en juin on relève la première mention de leur passage au Café l'Universel de Roubaix. Le 11 février 1945, ils triomphent au Grand Théâtre de Lille dans le même spectacle que Mistinguett et Roger Nicolas qui leur conseille de tenter leur chance à Paris. Après une audition dans une brasserie située au dessus de l'actuel Caveau de la République, ils sont engagés au nouveau Casino de Nice (21 mai 1946). En novembre 1946 le couple fait la première partie de Georges Ulmer et Bourvil à l'ABC de Paris, un critique les remarque : Une mention spéciale aux Tyroliens… marseillais (sic) [sic] Jan d’Avril [sic] et Gaby Verlor, qui composent un dessin animé de trilles acidulées et de mimiques charmantes, dans un rythme inlassable
Leurs passages dans les grandes salles parisiennes se succèdent : Bobino, Pacra, l'Alhambra, l'Européen, le Gaumont-Palace. Ils entament alors une tournée internationale qui les mène, au Portugal, en Suisse, Belgique, dans les pays Scandinaves et en Angleterre où ils sont au programme de l'émission Café Continental, sur la BBC TV. 


coupure de presse, magazine non identifié

En 1952 ils interprètent leur propre rôle dans le film de Claude Cariven L'amour n'est pas un péché, dans lequel ils chantent la chanson Chiens et chats. C'est leur unique prestation filmée à ma connaissance.



© editions Atlas


Ils sont invités en 1954 à l'émission Paris Star Time pour le French Broadcasting System - North America. Leur interview par Lou Van Burg a été conservé dans cet enregistrement ICI.
En juillet 1954 ils répondent à l'interview de Germaine Ramos (La Semaine Radiophonique) : 
Composez-vous toujours vos chansons ?
Nous les faisions, au départ, presque toutes ; mais nous avons pensé que notre tour serait plus varié si nous faisions appel à l'autres compositeurs ; et maintenant nous n'en plus qu'une à nous : Ma petite amie et moi. nous avons par ailleurs, de deux jeunes compositeurs encore inconnus (et camionneurs de leur métier), Le Bon Dieu, [qui est de Julien Bouquet lui aussi livreur] ; Jeanne est amoureuse, de J. Plante ; Ma petite rime, de Dréjac et Constantin. […]
Depuis combien de temps êtes-vous dans le métier ?
Nous faisons le tour de chant depuis deux ans seulement. Mais auparavant nous avions monté un numéro international vocal, très visuel, habillés en tyroliens. Nous parlons anglais tous les deux, et chantons en italien à l'occasion. Nous travaillions sans cesse à l'étranger, mais à Paris on nous ignorait totalement. Alors nous avons décidé d'y tenter notre chance, avec des chansons toujours différentes, radiophoniques cette fois.
En octobre de la même année, le couple se sépare, le divorce est prononcé par le tribunal de la Seine. Mais le duo poursuit sa carrière professionnelle. Un tragique accident y met un terme en juillet 1955, Jan Davril revient d'un gala et sur la route entre La Châtre et Châteauroux, à Nohant près du château de Georges Sand, la chaussée est en mauvais état (il se serait endormi au volant selon une autre source*), son auto fait une embardée et il meurt le 11 juillet lors de cet accident. Gaby Verlor, après quelques années de retrait et une tentative en solo, devient la compositrice à succès que l'on sait.

Christian Declerck

Sources : Simons, 1901-1979, Association Toudis Simons, Lille, 1999 ; Nord Matin ; La Semaine Radiophonique ; Mon Programme ; Le Journal de Roubaix ; L'Egalité de Roubaix-Tourcoing ; Le Réveil du Nord ; Le Nouvelliste de Sion ; Rgards, magazine ; Verlor et Davril, légende de la chanson française, Marianne Mélodie, 1999. Et merci à M. B. Philippe pour ses informations recueillies auprès d'un témoin de l'accident de Nohant. * programme d'un concert à Bobino octobre 1957






La Voix du Nord



*****

A leur répertoire : vidéo, paroles/musique, (édition/enregistrement)

- Allez Lille !, Verlor et Davril (1953)
- Au loin dans la plaine, R. Marbot / S. Goldmann (?/1951)
- Au petit trot, Pierre Delanoë / Marc Fontenoy (1954)
- La ballade de Paris, Francis Lemarque (1954/1954)
- Biot, Jean Davril / Gaby Verlor (1954)
- Le bon Dieu, Julien Bouquet / Jean Lioret, Paulette Vethueil (1954/1955)
- Ca m'est égal, Jan Davril / Gaby Verlor (1951)
- Carnaval à Cuba, Pierre Amelot, A. Zmigrod / Alfredo Zmigrod (1949/?)
- C'est si facile de s'aimer, Jan Davril / Gaby Verlor (1951)
- Chiens et chats, Marc Fontenoy / Max François (1952)
- Delicado, Pierre Amel / Waldyr Azevedo (1951/1953)
- Dis à ta mère, Jean Setti / Josef Marais (1950/1950)
- Dis moi mon amour pourquoi Jan Davril / Gaby Verlor (1951)
- Dorothée, Jean Pierre Mottier / Strauss (1951/1953)
- La fête du tabac, Henri Ithier, René Denoncin / Pia der Moro (1952/1954)
- L'île des cocotiers, M. Fontenay, S Sept / D. Shapiro (?/1953)
- Jeanne est amoureuse, Jacques Plante / Yvon Alain (?/1955)
- Légère et court vêtue, François Llenas / Daniel White (1953)
- Line, Francis lopez (1952/1953)
- Lorsque je suis seul Jan Davril / Gaby Verlor (1950)
- Le mambo chinois, Robert Chical, René Denoncin / Jack Le Dru (1953/1953)
- Ma p'tite amie et moi, Jan Davril / Gaby Verlor (1953/1954)
- La marche des poulbots, Maurice Vandair / Yvette Horner (1949)
- Mam'zell' souris, Géo Bonnet, François Llenas / Chico Roberti, Jean Rignac (1952)
- Maria Cristina veut toujours commander, Mireille Brocey / Nico Saquito (1952/?)
- Mister Callaghan, René Rouzaud / Eric Spear (1952/1953)
- Moi… moi !, Pierre Dudan / Emil Stern (1951/1952)
- Oh ! Joe ! Joe ! Jan Davril / Gaby Verlor (1950)
- On l'appelait le petit homme, Jan Davril / Gaby Verlor (1950)
- Le petit âne brésilien, Fernand Bonifay / Guy Magenta (1954/1954)
- La petite Marie, Noël Barcy, Roger Vanay / S.M. Eyssen, Wessel Dekker (1951/1953)
- La petite rime, Dréjac / Jean Constantin (?/1954)
- Le petit tacot de Mexico, Geo Bonnet / B.P. Godinho (1950)
- Pipo le vagabond, Jan Davril / Gaby Verlor (1950/1950)
- Prenez mon cœur et mes roses, Fernand Bonifay / Tolchard Evans  (?/1953)
- Quand je pense à toi, Jan Davril / Gaby Verlor (1954/1955)
- Quand tu m'regard's comm' ça Jan Davril / Gaby Verlor (1954)
- Rita de Panama, Jacques Plante / A. Tabet, H. Leca (?/1951)
- Rose Marie polka, G. Liferman / M/ Harden (?/1953)
- Samba caramba, Louis Amade / Maurice Dehette (1949/1950)
- Tap et tip et tap Jan Davril / Gaby Verlor (1950)
- Toi qui disais, qui disais, Jean Claude Darnal / Dana Suesse (1952)
- Les trottoirs, Raymond Lévesque (?/1955)
- Yo de lai, Jan Davril / Gaby Verlor (1950)
 

 





hommage à Gaby Verlor par Ivan Levaï

mercredi 13 novembre 2024

Nellie Laurence (1938-2024)

Nelly Le Junter nous a quitté au début de cette année, discrètement.
 
source Gallica

Quelques textes récupérés sur l'internet :
Sa carte de visite : Née à Dunkerque [en 1938] d’un père Breton [d'origine bretonne, ses parents sont de Lannion, mais lui est né à Dunkerque] et d’une mère [d'origine] flamande. Surtout interprète, bien qu’elle ait elle-même écrit quelques chansons et lancé des idées aux auteurs qu’elle aime : Bergmann, Dimey, Darnal, Fanon, Fumière, J. Bouquet, Diéval, Robokowski et d’autres…
Elle est aussi comédienne : près de cent représentations en trois saisons avec la revue musicale de Boulogne
[voir plus bas]. Un répertoire riche, dans lequel elle puise selon les publics : salle, cabaret, chapiteaux ou dîner-spectacles. Ou encore celui des croisières, Méditerranée, Canaries, Iles grecques, Antilles, etc…
A l’étranger, elle mène son spectacle de chansons en anglais. Mais c’est en français qu’elle a gagné le Prix de la Meilleure interprète en cette langue au Festival mondial de Lisbonne. En télévision elle a été l’invitée de J. Kerchbron, J-M. Coldefy, J. Laviron, J-P Foucault et G. Bounoure, Sabatier, P. Sevran, mais aussi à Monte-Carlo, en Tunisie, Maroc et Espagne. Michel Drucker et J-P Elkabbach l’ont reçue dans leurs radios. Nellie Laurence à participé aux spectacles de S. Adamo, J. Halliday, J. Clerc, Lenorman, A-M. Carrière, Mouloudji, R. Devos et bien d’autres.
Discographie de qualité à travers plusieurs 45 t dont celui de l’Unicef (« Ouvrez les frontières ») et 30 cm (« Chansons en nord et en couleurs ».
Nellie Laurence est la créatrice de « Ville de Lille » une chanson de Michel Robokowski et J.C Daigle.
La carrière d’une artiste authentique, l’une des ambassadrices de la Chanson Française de toutes les époques. 
Quand la chanson se fait Femme, elle s’habille aux couleurs de la tendresse et de la passion. Elle caresse les mots des poètes avec  la complicité des tempos de la musique, pour que se marient sensibilité et fantaisie. Nellie Laurence appartient à cette race d’interprètes qui ont su mettre la chanson au féminin. A cette race d’artistes qui préfèrent la scène et le public vivant au disque éphémère.
Ils sont encore quelques-uns en France, à aimer la Chanson parce qu’elle est l’art le plus consommé de la communication.
Ecouter et regarder Nellie Laurence, c’est réapprendre que la qualité de la vie, c’est aussi ces mots et ces notes qu’une voix amie vient dire au cœur et à l’esprit.


La Voix du Nord du 6/12/2007
 —
Nelly Lefebvre est décédée, le mercredi 10 janvier. Pendant dix-sept ans, jusqu’en 2001, place aux Oignons, Nelly et Robert Lefebvre ont géré la Maison du terroir, lieu où s’exposait la peinture du Nord. À deux, lui l’ancien journaliste à La Voix du Nord puis à la télévision (« Les Rendez-vous du beffroi »), elle l’artiste, qui a chanté sur le France, a enregistré des disques sous le nom de Nellie Laurence, a participé la revue de Boulogne ainsi qu’à des tournées sur le car-podium de La Voix du Nord, ils ont toujours eu à cœur de défendre la culture flamande et patoisante. On leur doit aussi la création, à Lille, du Noël en ch’ti. Après le décès de son mari, en 2004, qui a aussi été membre du célèbre groupe des Capenoules, Nelly Lefebvre lui avait consacré un ouvrage, Robert Lefebvre, en Nord et en couleurs. Preuve, encore, de l’attachement du couple à la région.
VdN 15/1/2024

 *****
Quelques vidéos sont visibles sur l'internet, j'ai choisi celle-ci car elle est réalisée par Bernard Claeys, un Lillois bien connu sur ce blog

Une production de FR3 Lille en 1979, elle y chante :
- La femme saison (paroles Pierre Dubois, musique Philippe Barraqué)
- J'ai vu l'enfant (paroles de Nellie Laurence, musique Jean-Luc Drion)
- Le Myosotis et la rose (W. Boillod)
- La Côte d'Opale (Jean-Claude Darnal)

Direction musicale : J. Buisine et J.-L. Drion
J'ai réalisé celle-ci sur la chanson Dunkerque de Julien Bouquet



Discographie :
Ces nuits ces jours (Déesse DDP 109 M) (1967 ?)
Chansons en Nord et couleurs (Déesse DDLX 194)
Dunkerque, la chanson de l'anniversaire mai 40-mai 80 (Déesse DPX 740)
Mets l'amour dans les violons/Ma ville (Déesse DPX692)
Ouvrez les frontières (Unicef DPX 805).  (1983)
Que je le veuille ou non (Déesse DPX 675).

Revues boulonnaises :
1975 : C'est cor à voir, de Marvas
1981 : Quo q't'in pinses, de Ch' Guss et Jean Jarrett
1983 : C'est pon possible, de Ch' Guss et Jean Jarrett, spectacle filmé par FR3, produit par Robert Lefebvre, réalisé par Bernard Claeys
source : Un siècle de revues patoisantes boulonnaises, Claude Faye, 2003


1974, source : Archives municipale de Boulogne/Mer

mardi 12 mars 2024

Mary-Lyse, chanteuse roubaisienne

mise en ligne le 24/3/2017
mise à jour le 12/3/2024 : ajout des dates de décès des époux


Mary-Lyse, photo Jérome, Paris
collection personnelle


Fernande Desbarbieux est née à Roubaix le 5 mai 1923. Ses parents sont ouvriers d'usine, le père conducteur de machines et la mère ourdisseuse, tous les deux de familles roubaisiennes. Fernande fait ses études à l'école de filles de la rue Gambetta, elle obtient son certificat d'étude en 1935. Elle poursuit ses études à l'Ecole Pratique de Commerce et d'Industrie de Roubaix. Elle est encore écolière quand elle participe à son premier crochet (concours de chant) organisé par le Sport Ouvrier Wattrelosien, je n'en connais pas le résultat, mais elle chante en public pour la première fois deux mois plus tard à Flers, pour l'Amicale laïque. Elle n'a pas 15 ans. Elle se produit ensuite à Mons-en-Barœul en février et en mai 1939. Elle interprète un répertoire de chant lyrique : La rose de la Lande de Schubert, la Berceuse de Mozart et Paysage de Reynaldo Hahn.

collection personnelle

Elève au Conservatoire de Roubaix, elle se produit lors des examens et concours en juin et juillet 1939. Elle ne semble pas avoir obtenu de prix. Ayant déjà comme projet de faire du chant sa profession, elle s'inscrit à une émission proposée par la Radio PPT Nord, Conseils et essais pratiques au micro pour chanteur, en juillet 1939. Trois mois plus tard elle compose la musique d'une chanson sur les paroles du chanteur roubaisien RobervylLa Marche des Sapeurs qu'il interprète début novembre 1939, lors de manœuvres militaires quelque part en France. Elle compose, en novembre 1940, La Marche des élèves mécaniciens, en hommage à l'école Hanriot à La Rochelle. Au début de la guerre elle apporte son soutien aux familles des prisonniers en chantant régulièrement pour le Comité d'entraide. Elle est désormais connue sous son pseudonyme Mary-Lyse, qualifiée sur les programmes de chanteuse à voix ou chanteuse d'opérette. En juillet 1942 elle assiste aux galas du Café du Bazar à Roubaix, avec aux programmes la grande chanteuse de l'époque Elyane Célis et la chanteuse Luce Bert à qui elle fait part de ses projets de carrière dans la chanson.

Journal de Roubaix


1942
Collection personnelle


Cependant elle continue de se produire dans les galas de bienfaisance pour les prisonniers et les anciens du 100e RI. En février 1943 elle reçoit sa première convocation de l'agence Nord-Spectacles de P. Laborde-Bertal pour signer des contrats d'artistes. Elle doit se produire à Tourcoing (Grand Café), Lys les Lannoy, Roubaix (cinéma Noël) et à Rosendael (café Arcier). Ce tournant professionnel se fait après un évènement artistique rare à Roubaix, la première d'une opérette au Grand Théâtre, Rêve de Gitane, le 26 février 1943, dont la musique est de René d'Archambeau, un compositeur belge de Verviers et c'est à ce compositeur qu'elle demande de mettre en musique un de ses poèmes, Simple aveu, en mars 1943.


collection personnelle


Mary-Lyse compose au piano
collection personnelle


Très satisfait du résultat, René d'Archambeau lui demande aussitôt d'autres poèmes et lui propose même d'éditer la partition en petit format, qu'il est prêt à financer. Je ne sais pas si Mary-Lyse y a donné suite. Les contrats se succèdent et Mary obtient sa carte professionnelle du Syndicat des Artistes de Variété, document indispensable pour se produire à cette époque très règlementée, ainsi que sa carte d'identité professionnelle.


collection particulière


La rencontre avec Luce Bert en 1942 a été bénéfique. C'est sur sa recommandation qu'elle demande au chanteur Marcel Malloire, secrétaire de Vincent Scotto, de lui faire des orchestrations de chansons. Ces partitions sont indispensables pour se produire dans les cabarets parisiens. Accord immédiat de Malloire, il lui fait un devis de 390 francs pour 6 chansons. Marcel Malloire (1889-1959) est l'époux d'Yvonne Thomson (1895-1970), accordéoniste, pianiste et compositrice, c'est certainement elle qui a fait ces orchestrations. Grace à la facture détaillée envoyée par Malloire nous connaissons précisément le répertoire de Mary-Lyse à cette époque. Les orchestrations ont été faites sur ces chansons : Tu m'apprendrasTout en flânantC'était pour rireBonne nuit, maman (Gute nacht, mutter), Les fleurs sont des mots d'amour, et Une charade, qu'elle chante un ton plus haut que Danièle Darrieux.
D'avril à septembre 1943, Mary-Lyse se produit régulièrement, à Béthune (Evo Dancing), Lille (Cabaret Ali Baba), Armentières (Café de la Paix), Roubaix (cinéma Royal-Leleu), Tourcoing (Grand Café), Rosendael (à l'Hippodrome), Valenciennes, (le Savoy), Roubaix (cinéma Renaissance), Montreuil-sur-Mer (Electric Ciné), Saint-Pol-sur-Mer (café Garein), Hénin-Liétard (au Capitole), Armentières (café de l'Harmonie), Bruay (Casino Palace), Chimay (Casino Palace) et à Calais (Ciné Pax). Son cachet évolue lentement, de 400 F pour les premiers contrats, il tourne ensuite autour de 5/600 F, avec parfois des contrats de plusieurs tours de chant par jour pour 1.000 F et 2.200 F à Calais pour 3 représentations sur 2 jours. Les frais de déplacement et d'hôtel étant à la charge de l'organisateur.

contrat Nord-Spectacles
collection personnelle

En septembre 1943 elle reçoit une lettre de l'agence parisienne Dhomont qui lui demande des photos et prend un rendez-vous pour rencontrer des directeurs de cabaret, l'agence lui propose, pour la fin du mois, une audition au Théâtre de l'ABC, le célèbre Music-hall inauguré en 1935 où se produisent les plus grands artistes de l'époque (Marie Dubas, Frehel, Edith Piaf, Charles Trenet, etc.). En octobre André Dhomont, directeur de l'agence, devient son agent exclusif pour deux ans et lui fait signer un contrat pour ce théâtre, contrat qui est mentionné dans un courrier, mais n'a pas été conservé. Le même jour elle reçoit une lettre du chanteur Firzel, originaire de Saint-Pol-sur-Ternoise. Il lui signale son passage à Lille, au cabaret Le Coucou, lui demande une photo et transmet un contact à Reims pour un contrat. Son agent parisien lui trouve un contrat d'une semaine au cabaret Le Chapiteau, 1 place Pigalle, à Paris.

Paris Soir, 10 octobre 1943
source : Gallica

Pendant qu'elle est à Paris, elle participe au tournage du documentaire de P. E. Decharme, Vive la mariée, elle touche 1.000 F de cachet. Le négatif sur nitrate est conservé au Centre National du Cinéma à Bois d'Arcy, mais n'est pas consultable. Toujours à Paris, elle se produit 12 jours au cabaret Le Doge, rue Volney, pour 6.600 F, deux passages par jour en soirée, relâche le dimanche. En novembre Firzel lui écrit qu'il est déçu de ne pas l'avoir vue lors de son séjour parisien et l'invite à déjeuner lors de son prochain passage… Le 30 novembre 1943 elle signe un contrat d'enregistrement avec la Société Polydor, représentée par Jacques Coulon, d'une durée de 6 mois, pour un minimum de 2 enregistrements, 400 F par face, à diviser par le nombre de musiciens. En décembre elle est à Bruxelles au cabaret Le Passe Partout, 14 jours à 1.000 F par jour. A son retour elle reçoit une proposition d'enregistrement de la Société des Editions Continentales pour enregistrer, sur un disque souple, des chansons de son répertoire. Le 21 décembre elle signe un contrat pour le cabaret de Suzy Solidor par l'intermédiaire de l'agence Dhomont pour un mois de représentations à 500 F par jour. Le 4 janvier 1944 elle se fait faire un portrait chez le photographe Jérome à Paris (c'est celui qui est au début de cette page). En février l'agence Dhomont lui propose un rendez-vous avec le cinéaste Marc Allegret pour un projet de film et le 10 elle reçoit une invitation à ce rendre à Radio-Paris pour une audition. Ce mois de février voit les contacts professionnels affluer, le colonel Vidal (futur agent artistique de Dalida) la remercie, par l'intermédiaire de Dhomont, pour un envoi (une photo ?), Louis Gasté (futur époux de Line Renaud) lui écrit pour demander l'adresse de ce colonel et le compositeur Louiguy lui signale la perte de plusieurs partitions qu'il lui avait fait parvenir par l'intermédiaire d'un ami commun.
Mais l'ambiance parisienne au moment de la Libération n'est sans doute pas favorable à la carrière d'une jeune artiste. Mary-Lyse revient à Lille, elle fait faire plusieurs photos chez R. Vermesse, successeur de B. Mischkind à Roubaix et la radio de Lille la contacte pour lui proposer de passer à l'antenne. Puis les demandes de concert recommencent à arriver : à Roubaix puis à l'Université de Lille, pour les Forces Unies de la Jeunesse Patriotiques, où elle retrouve son ami Robervyl.


affiche, collection personnelle


En mars elle est engagée par la nouvelle agence "Art et Jeunesse" de Bibos et Edouard Rombeau, pour des contrats à Lille, Orchies et Roubaix. En 1945 et 1946 elle fait plusieurs passages à Radio Lille. Elle chante aussi pour les associations d'anciens prisonniers de Roubaix et en 1949 pour les ingénieurs des Mines à Billy-Montigny. En août 1950, Nord Matin signale sa présence en vacances à Eppe-Sauvage. Je relève encore quelques concerts à Flers-Breucq et à Bavay pour les anciens prisonniers de guerre. Le dernier concert connu a lieu en mars 1951 à Bavay, puis il n'y a plus de trace de prestations dans le fonds d'archives personnelles acheté, il y a longtemps, sur une brocante, à sa belle-fille qui a eu la très bonne idée de ne pas détruire ces souvenirs. Qu'elle en soit vivement remerciée.
Elle meurt à Cucq (62) en février 1998, précédant de quelques mois son mari Léon ROGER, ancien artiste fantaisiste, qui décède en décembre de la même année à Camiers (62).

Christian Declerck


en concert, sans doute à Bavay, vers 1950
collection personnelle

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Mary-Lyse 1923-1998
photos de Robert Vermesse, portraitiste à Roubaix
collection personnelle