Translate

Affichage des articles dont le libellé est compositeur. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est compositeur. Afficher tous les articles

mardi 14 avril 2026

Julien Bouquet, les débuts

page publiée le 10/12/2017
mise à jour le 6/1/2022 : ajout d'un article de magazine
mise à jour le 18/12/2022 : ajout d'une photo de J-P Leloir
mise à jour le 14/4/2026 : ajout infos sur Renée GILBERT 

"Pour des raisons particulières et d'autres, faciles à imaginer, qu'il serait trop long de commenter, le jeune Julien Bouquet, en 1943, décidé de fuir l'oppresseur, passa par l'Italie et se réfugia en Algérie. Il était le plus jeune évadé de France. Il avait douze ans !


toutes les illustrations
collection personnelle


  Il était déjà attiré par les voyages !… Pourtant, par la suite, ses parents étant dans le commerce de la boucherie, voulurent lui faire visiter la clientèle…
— Mais ça ne me plaisait guère, dit-il. Depuis toujours, je ne pensais qu'à la chanson ou à une profession de ce genre. A l'école, j'étais bon en français et je faisais des vers, des poèmes… enfin, comme on en fait à quinze ans…
— Etiez-vous à Paris, à cette époque là ?
— Non. je suis né à Dunkerque — la Marseille du Nord— il y a trente deux ans, un 22 novembre. Le nom de ma famille [Bouchiquet] est originaire des Flandres ; à la suite d'une élision, j'en ai fait Bouquet. C'est plus joli, non ?…
  Installé dans la capitale depuis la fin de la guerre, Julien Bouquet y termina ses études et pensa "qu'il serait chouette" d'écrire des chansons. Au début, on écrit des poèmes et puis l'on essaie de mettre de la musique dessus… et un beau jour, on y arrive. Parfois, c'est le contraire : une musique influence et inspire des paroles.

— Au fil des poèmes, explique-t-il, la musique est venue… mais, pour savoir si mes chansons étaient valables, il y avait une solution : c'était d'aller les montrer à des vedettes, comme Montand, Piaf, etc. Mais j'ai commencé par Patachou. Elle m'a dit : "Ce que vous faites n'est peut-être pas tout à fait pour moi, mais vous devriez vous essayer sur le public".
On sait la gentillesse de Patachou, Julien Bouquet, ainsi encouragé, n'hésita pas. C'était en 1952… il débuta par Jo de Saint-Malo, Il a neigé sur Hawaï et d'autres chansons…
— A cette époque, pensiez-vous faire une carrière d'auteur ou d'interprète ?
— A vrai dire, j'aurais bien aimé écrire seulement des chansons, mais il me fallait une grande production, être constamment sur la brèche, contacter des gens qui vous reçoivent ou ne vous reçoivent pas… et il n'y avait pas de raison non plus pour que je ne chante pas. Cela me faisait un interprète de plus ! C'était très mauvais, j'étais gauche, maladroit, mal habillé, je n'avais pas de jeu de scène, je ne savais pas me servir d'un micro… Mais, chez Patachou, c'est une piste d'essai redoutable. J'ai dû certains soirs, chanter devant trois Français et quarante-cinq Danois. Dans l'ensemble, j'ai senti que j'étais fait pour ce métier, mais qu'il me faudrait beaucoup travailler. Et Patachou m'y a encouragé.
  Il continua donc et, un jour, deuxième étape de son ascension, il eut l'occasion de faire un disque qui, selon son propre aveu, ne marcha pas très fort (chez Barclay : Quand on s'est mariés, Fredo) par manque de métier et ignorance. 
Il revit donc le problème et pensa :
— Je ne suis peut-être pas fait pour être interprète ; je vais donc continuer à écrire des chansons qui, elles, ont l'air de plaire. Puis j'irai les montrer à différents artistes… Félix Marten, Edith Piaf… Avec Piaf ce fut la troisième étape, la plus sérieuse. Là, c'était vraiment l'école. Avec Edith Piaf, c'est surtout le travail et la camaraderie. Mais surtout beaucoup de boulot, tant sur le plan écriture que sur le plan mélodique et celui de la mise en scène et de l'interprétation. Piaf m'a pris quelques chansons dont Je sais comment, Je suis à toi et, récemment, Tiens v'là un marin.
  Julien Bouquet continue, à école d'Edith Piaf, d'apprendre le métier et, un jour, a la chance de rencontrer le directeur artistique des disques Président qui lui dit : "Nous allons faire un essai, sans lésiner avec tout ce qu'il faut pour la musique et derrière". Sortit alors un nouveau disque comprenant : Tiens, v'là un marin, La nuit, le jour l'amour, Au pays des merveilles (qui remporta cette le prix de la Rose d'Or) Lettre d'Espagne, Le tango, c'est ça, Le soleil de mon amour, Le rancard, Barcelone.
Il en est là. Il vient de terminer au [cabaret le] "Zèbre à carreaux" pour reprendre à la rentrée. En attendant, il part faire des galas sur la Côte, pour la saison d'été. […]
Indépendamment de cette escapade méridionale qui le mena jusqu'en Afrique du Nord, Julien Bouquet a réalisé son rêve de voyage :
— Dakar, Abidjan, Casablanca, Marrakech et une croisière sur un bateau [le paquebot Ancerville] (toujours en chantant) avec escale dans toutes les capitales nordiques. Enfin, Beyrouth, pour le festival, où j'ai gagné le prix de la chanson française, ex-æquo avec Albert Santoni. […]"
Georges LANGE,  Intimité d'octobre 1963
illustration extraite de la revue Music-Hall n°18 (1956) 




ses amis Georges Brassens et Charles Aznavour
photo Jean-Pierre Leloir
La chanson française des origines à nos jours, P. Saka

*****



Au verso de son premier disque, on trouve une autre version de sa biographie :
"Julien Bouquet naquit à Dunkerque, le 22 novembre 1930, d'un père chef cuisinier à bord de bateau. A l'âge de 13 ans, en 1943, pour des raisons personnelles résultant de l'occupation, il s'enfuit de chez lui, traverse la France à pieds ou par d'autres moyens de fortune ; il atterrit en Afrique du Nord, plus précisément à Constantine. Là, on le met à l'école.
En 1945, il rentre en France et vient s'installer avec ses parents qui exercent un commerce de tissus à Nogent. Il retourne à l'école, au collège Saint Nicolas. A 19 ans et demi, il se marie. Ses parents et ses beaux parents montent alors une grosse boucherie industrielle et la part qui lui est réservée dans l'affaire consiste à recherche la clientèle. Il commence à écrire des chansons en 1953, sans avoir été spécialement conseillé, mais simplement parce qu'il aime les chansons. Il a toujours eu une grande admiration pour Yves Montant et Charles Trenet. Il ne sait absolument pas jouer du piano et il compose au gré de sa fantaisie. la nuit à bord de son camion douze tonnes, il livre la viande à la clientèle et c'est à ce moment-là qu'il écrit la plupart de ses chansons.
Jacques Hélian lui prend un jour l'une d'entre elles, Le bon Dieu, Détail pittoresque de l'exploitation de cette chanson : un jour, Jacques Hélian, jouant à une fête organisée par un grand quotidien, exécuta la chanson de Julien Bouquet pendant que de l'autre côté de la salle Julien Bouquet livrait la viande destinée aux casse-croûte. Comme le dit Julien : "Je fournissais les chansons et la nourriture". […]"


*****

collection personnelle



Un témoignage sur sa relation… professionnelle bien entendu, avec Edit Piaf :
« […] Le 20 août, Piaf remonte à Annecy avec sa troupe — Germaine Ricord, Julien Bouquet et Michel Rivgauche qui assurent la première partie. […] Parce qu'elle a mis à son répertoire et enregistré, le 4 septembre 1958, Je sais comment, écrit et composé par Julien Bouquet, qui va devenir un de ses grand succès, Edith semble extrêmement proche de ce jeune auteur-compositeur de 29 ans qui faisait partie de sa tournée d'été. Elle dément toute liaison amoureuse avec Bouquet, de son vrai nom Bouchiquet, qui a également écrit pour Piaf Je suis à toi et lui donnera Tiens, v'là un marin. Mais peut-on la croire sur parole alors qu'il a été le seul admis, quatre jours durant, dans sa chambre de l'hôpital américain où il lui offrait des brassées de fleurs des champs. Bouquet n'est en tout cas plus au programme de la nouvelle tournée qui débute le 20 novembre à Melun. […] »
Piaf, un mythe français, Robert Belleret, 2013



*****







Il a neigé sur Hawaï par Julien Bouquet



Après ces quatre disques 45 tours, le label Président publie en 1963, un 33 tours 25 cm : Julien Bouquet chante Julien Bouquet,  qui contient huit titres, Julien est accompagné par Teddy Moore et son orchestre. Ce sera son dernier disque, la vague yéyé y est sans doute pour quelque chose. Julien continue d'écrire des chansons pour les vedettes de l'époque : Mireille Mathieu, Georgette Lemaire, Félix Marten, Gloria Lasso, Mouloudji, Les Ménestrels, Régine, Simone Langlois, Verlor et Davril et même Fernand Raynaud. J'ai contacté sa famille pour connaître la suite de sa carrière, mais je n'ai pas eu de réponse. Sa dernière création, il la compose pour sa ville natale, en 1980 c'est le 40e anniversaire de l'opération Dynamo,  et c'est Nellie Laurence qui l'enregistre pour les disques Déesse de Michel Célie.

Il épouse Giulia à Champigny sur Marne en 1949, ils divorcent à une date qui ne m'est pas connue, ensuite il épouse Renée à Paris en 1968. Je viens de découvrir que Renée est la chanteuse Renée GILBERT qui a enregistré quelques 45 tours entre 1958 et 1962. Il meurt à Le Perreux sur Marne, le 23 décembre 1988 et Renée en 2016 à Créteil.


Dunkerque/Dunkirk par Nellie Laurence


les chansons de Julien Bouquet :


- Adieu été, Julien Bouquet/ Jean Lioret / P. Vetheuil (1957)
- Alors ne tarde pas, Julien Bouquet / Paul Mauriat, interprétée par Mireille Mathieu
- Amour et soleil, Paolo Ormi / Julien Bouquet (1965)
- Au café de la paix, Julien Bouchiquet / André Dauchy
- Au cœur de Paris, Alain Romans / J. Bouchiquet (1957)
- Au pays des merveilles, Julien Bouquet / Raymond Lefèvre (1963)
- Barcelone, Claude Vasori / Julien Bouquet (1963)
- Le bon Dieu, J. Bouquet / Jean Lioret (1954) interprétée par Guy Marly, Jacques Hélian, Verlor et Davril, Jean Louis Tristan
- Bonsoir Paris, bonsoir, Julien Bouquet / Camille Sauvage (1966) jouée par Yvette Horner
- Celui que, celui qui, Charles Olejniczak / Julien Bouchiquet
- Ciel gris, Julien Bouquet/ Jean Lioret / P. Vetheuil (1957)
- Cui cui les petits oiseaux, Jean Lioret / Bob Quibel / Julien Bouquet / J. Lioret) interprétée par Fernand Raynaud
- Demain, Jean-Loup Chauby / Julien Bouquet
- De par le monde, J. Bouquet / R. Valentino  (1969) interprétée par Laurence Alessandrini
- Dunkerque, Robert Guglielmi / Julien Bouchiquet (1980) interprétée par Nellie Laurence
- L'effet que tu m'fais, Julien Bouchiquet / Robert Chauvigny interprétée par Edith Piaf
- Et la polka, André Dauchy / Julien Bouchiquet (1957)
- Eux, J. Bouquet / J. Bouquet / R. Chauvigny (1958) interprétée par Vicky Autier, Félix Marten
- Ensemble (sometimes), Les reed / Barry Mason / adaptation : J. Bouquet (196?) interprétée par Mireille Mathieu
- Fredo, André Dauchy / Julien Bouchiquet (1956)
- Un garçon fredonne (Julien Bouquet - Jo Ricotta)  (1970) interprétée par les Trois Ménestrels
- Gare, Giuseppe Ricota / Julien Bouchiquet
- Goutte, Gérard Desantis / Julien Bouquet
- Hello, cow-boy ! Julien Bouquet / Jean Lioret / R. Gola (1957)
- Histoire de dés, Julien Bouquet, Alain Dauchy
- Il a neigé sur Hawaï, J. Bouquet / Jean Lioret (1956)
- Je sais comment (J. Bouchiquet - R. Chauvigny) (1959) interprétée par Simone Langlois, Edith Piaf
- Je suis à toi Robert Chavigny / J. Bouquet ( 1960) interprétée par Edith Piaf
- Je t’aime encore, J. Bouquet / A. Borly / J. Bouquet / Régine (1971) interprétée par Régine
- Jo de Saint Malo, Julien Bouquet / André Dauchy / Jean Lioret (1956)
- Jouez, Mariachis, J. Bouquet / Bernard Labadie (1961) interprétée par Gloria Lasso, Mouloudji
- La nuit, le jour et l'amour, Julien Bouquet / Bernard Labadie (1963)
- Lettre d'Espagne, Julien Bouquet (1963)
- L’oubli, Julien Bouquet (1958) interprétée par Gloria Lasso
- Mater, Julien Bouchiquet
- Où est le soleil, J. Bouquet / Les Reed (1971) interprétée par Tony Sandro
- Paille, Julien Bouquet, Alain Romans (1957)
- Personne, J. Bouquet / Bob Sellers (1964) interprétée par Jacques Roggero
- Quand on s'est marié, Julien Bouquet, Jean Lioret (1957)
- Rayon d’soleil, Jacques Lesage / Julien Bouchiquet
- Le Rencard, Julien Bouquet (1963)
- Le rondo à l’amour, Julien Bouquet / Bob Sellers (1973) interprétée par Georgette Lemaire
- Si c’était l’amour, Giuseppe Ricota / Julien Bouchiquet
- Le soleil de mon amour, Julien Bouquet (1963)
- Soirée de Gala, Julien Bouquet/ J. Lioret / P. Vetheuil (1957)
- Sur les quais, Julien Bouquet / Edith Piaf, interprétée par Renée Caron
- Le Tango c’est ça,  Julien Bouchiquet (1963)
- Le tango des musiciens, Julien Bouquet / Jean Lioret / Guy Motta
- Tiens v’là un marin (Julien Bouquet / André Borly) (1963) interprétée par Christina, Edith Piaf, les Trois Ménestrels, Sylvia Clément
- Trois guitares, Constantin Moussadis / Julien Bouchiquet
- Un drapeau flottait, André Dauchy / Julien Bouchiquet (1957)
- Un garçon Fredonne, Giuseppe Ricota / Julien Bouquet, interprétée par Les Ménestrels
- Valparaiso, Dany Revel / Julien Bouquet
- Y avait là, Robert Chauvigny / Jean Lioret / Julien Bouchiquet

PLUS

mercredi 25 mars 2026

Carl Van Berghe, compositeur dunkerquois

 Carl Van Berghe est un pseudonyme, non pas qu'il soit né à Bergues, mais bien à Dunkerque le 2 février 1826, au n°1 de la rue Nationale, sous le nom de Charles Constant ROSENQUEST, fils de Fidèle, directeur des Bains de Mer et du Casino de l'Estran (1er casino de Dunkerque) et de Marie  Louise Bibiane CHEMERY originaire de Haubourdin. En 1847 il épouse Anne VANCAUWENBERGHE dont il garde le début et la fin du patronyme pour faire son pseudonyme.
Anne est née à Dunkerque le 3 septembre 1827, fille de Joseph, armateur, et Anne-Marie SCHWERDORF.
Anne, femme de lettres, prend des pseudonymes masculin (Georges RENNER et René SOSTA) pour publier des romans mais garde son nom d'épouse pour écrire les paroles des chansons mises en musique par son mari, en modifiant seulement le prénom en Anna.
Charles est toujours domicilié à Dunkerque en 1853, 9 place du Théâtre. Il est transitaire en eaux de vie et vins. En 1857 il habite Lille où il publie à compte d'auteur sa première œuvre musicale, sur les paroles d'un(e) anonyme, probablement son épouse : Si j'étais petit oiseau. En 1860 il est à Paris, 18 rue Belzunce, à deux pas de la gare du Nord. Il crée une société en nom collectif avec un marchand de nouveautés pour homme : Jules Michel THIRIOT (1822-1889), société qui porte le nom de Thiriot et Cie. Il déménage plusieurs fois : 113 rue d'Italie (1864) il est gérant d'une brasserie, puis 9 rue de Paradis Poissonnière (1869), 13 rue des Martyrs (1872) et 27 boulevard Haussman en 1874 où il ouvre un commerce de tableaux et objets d'art : Les salons de M. Charles Rosenquest sont situés au n°27 du boulevard Haussmann. Ni péristyle, ni galerie d’entrée qui repose l’esprit des bruits du dehors. A deux pas, la vie parisienne et ses voix confuses, là, les toiles recueillies de quelques peintres d’élite. Son commerce fait faillite en 1875. Il semble que son épouse ouvre aussi une galerie, en 1880, A. Rosenquest est nommée au salon de Paris pour deux tableaux de Henri Duvieux. L'année suivante ce marchand de tableaux fait faillite également, il est alors domicilié 38 rue Lafitte. En 1895 il est mentionné compositeur de musique au 81 bis de la rue Blommet.
Il publiera plus de 230 partitions, principalement des chansons enfantines pour les pensionnats, mais aussi quelques musiques de danse : polka,  mazurka, valse. Il meurt en 1895 à Paris, son épouse meurt deux ans plus tard. Leur fille Anne Caroline Louise, née à Dunkerque en 1848, épouse à Paris en 1867 Aymar Dignat , éditeur de musique puis cofondateur du théâtre des Folies Bergère avec Léon Sari en 1871.
 
Christian Declerck
25 mars 2026 
 


écouter ICI
 
 
 
 

dimanche 7 décembre 2025

Pierre Alberty né à Arras en 1878

collection personnelle
  
Comment naissent et vivent les chansons 
Les Pantins ou Qui veut des pantins ?
paroles de Pierre Alberty, musique de Léojac
 
 
Qui veut des pantins,
En soie, en satin ?
Polichinelle en sabots,
Colombine et son ami Pierrot ?
 
Ce refrain à la fois lancinant et doux, obsédant et berceur, revient encore chanter dans nos mémoires. Cela a l'air d'une chanson faite pour endormir les enfants… En réalité, ce n'est pas tout à fait cela, et c'est cela un peu tout de même. Mais racontons, brièvement, et dans sa rigoureuse exactitude, l'histoire des Pantins, un gros succès du poète-chansonnier, Pierre Alberty, qui en compte à son actif un nombre prodigieux. 
L'exquis compositeur Léojac, qui mit au monde tant de prenantes mélodies populaires et qui fut prématurément ravi à l'affection de ses amis et à l'estime des foules enivrées de chansons, dit un jour à son ami Pierre Alberty : " Écoute, j'ai trouvé quelque chose qui me plait beaucoup. C'est d'un simplicité que je n'hésite pas à qualifier d'enfantine, et je verrais très bien sur ce thème mélodique une de ces chansons de nourrice que nos grands-mamans chantent pour endormir les marmots. Peux-tu me faire ça ?"
Léojac se mit alors au piano et joua à Alberty sa mélodie dont le refrain figurait assez bien une gamme descendante. Or, il se trouvait qu'en vertu d'on ne sait quel obscur et inexplicable phénomène psychologique, chaque fois que Léojac indiquait à son collaborateur un sujet propre à le satisfaire, Pierre Alberty traitait aussitôt un sujet différent ; ce qui n'empêchait pas, d'ailleurs, les deux complices d'épouser, par la suite, la même idée et de s'accorder à la trouver excellent et parfaitement appropriée à l'inspiration mélodique initiale ! Il en fut encore de même  cette fois
 
En quittant son collaborateur Léojac, Pierre Alberty cherchait un "départ" sur le refrain simplet, d'un charme doucement suranné, qui s'attardait dans sa mémoire, lorsque soudain, au détour d'un vieux faubourg populeux, il entendit monter vers lui le cri familier et mélancolique d'un vieux marchand de pantins ! "Qui veut des pantins ? on les vend dix sous !" Ce fut un trait de lumière ! Alberty, ravi, tenait son "départ", il fredonnait déjà : 
Qui veut des pantins ?
En soie, en satin,
Et le lendemain — la chanson terminée— les amis rendaient visite à un éditeur qui nullement emballé par cette œuvrette qu'il déclarait vraiment "trop petite" (petite musique, petites paroles !) la prit néanmoins, en ajoutant que "c'était pour leur faire plaisir !"
Or interprétée, avec un art remarquable, une rare puissance d'émotion par ces deux artistes de talent que son Georgel et Monty, cette "toute petite chanson" connut instantanément la plus grande vogue et fut, pendant plusieurs mois, sur toutes les lèvres.
A qui Pierre Alberty devait-il ce succès ? Au charme de la musique de Léojac, certes ; mais aussi à son collaborateur anonyme, le vieux marchand de pantins du faubourg dont la rencontre inopinées lui avait inspiré ce pittoresque et philosophique tableau de la misère humaine.
Maurice Hamel 
Le Dimanche Illustré 1er août 1937
 
source : Gallica

 
Pierre ALBERTY est un pseudonyme, son vrai nom est Albert Jean Achille PENTEL. Il y a quelques années, j'avais été contacté par Mme Roussel-Orméa, l'épouse d'un petit-fils d'ALBERTY suite à la publication de la naissance d'un fils de Pierre et Constance Houlard, Albert Jean à Boulogne sur Mer en 1905, dans ma base sur Généanet. Hélas elle n'avait pas beaucoup d'informations à me transmettre : grand-père Alberty est entré dans ma vie en 1952, il n'était plus musicien, je ne sais pas de quel instrument il jouait ! j'ai quelque part un disque en cire, où la chanson Qui veut des pantins, en soie en satin colombine et son amie Pierrot...etc... j'ai toujours su qu'il avait composé des chansons, puisqu'il se disait chansonnier. Ce disque était sur une musique de Willemetz [en fait Leojac] si je me souviens bien. Il a écrit quelques livres assez osés surtout pour l'époque, malheureusement suite à mon divorce je n'en possède aucun et ne me souviens plus des titres. Sur son acte de mariage à Liège le 31 décembre 1908 figure bien la mention artiste musicien, par contre grand-père n'a jamais chanté devant nous, c'est Constance (Hélène) que l'on disait théâtreuse, qui chantait et fort bien. Je peux dire qu'il évoquait parfois Le Lapin Agile où il se produisait autrefois, en tant que chansonnier, dans la rue St-Vincent à Paris. Il avait fait des études inachevées de médecine, ce qui lui a permis de gagner sa vie ainsi que celle de ses trois fils en qualité de représentant en produits pharmaceutiques. Je suis désolée de ne pouvoir vous parler de ce musicien, que j'ai connu d'une autre façon, dans sa maison il n'y avait aucun instrument de musique, peut être un banjo... sur un mur. 
Mme Roussel-Orméa m'a transmis une photo d'Albert et son épouse Constance Houlard (1882-1962) prise en 1953.
 
collection Mme Roussel-Orméa

 
Albert PENTEL est né à Arras dans la rue des Bouchers de Cité. Son père, Achille était instituteur puis chef de bureau à la préfecture du Pas-de-Calais. Originaire de Heuringhem (62) il épouse en 1858 Sidonie Magnier née à Arras.  Il a une sœur plus âgée, Marie Alice Hélène, dite Mariette, née en 1859 à Arras, elle deviendra institutrice puis directrice d'école, à Boulogne sur Mer, où elle décède en 1934. Je suppose que c'est avec elle qu'il a débuté son parcours scolaire et qu'elle lui a également appris la musique ou au moins donné le goût, car elle est musicienne, je possède une partition d'une chanson Aidons-Nous, Soyons Frères publiée à Arras vers 1906, vendue au profit des veuves et des orphelins des mineurs de Liévin, dont elle a composé la musique.
 
La presse régionale nous apprend la suite de son parcours scolaire, d'abord à Boulogne sur Mer, où il obtient une bourse en demi-pensionnat pour ses études au collège, pas d'erreur possible il est mentionné en octobre 1891 : Albert Pentel né le 27 mai 1878 à Arras. En 1897 il est élève au lycée Faidherbe de Lille, Albert Pentel obtient le 6e accessit de version latine de la classe de rhétorique. En août 1897, Albert Pentel d'Arras obtient une bourse de licence de 1.500 F à la Faculté des Lettres de Lille. En novembre 1898 il est admis au grade de bachelier, enseignement classique, lettres, philosophie.
En février 1901, il participe à une soirée artistique organisée par un groupe d'amateurs lillois, dans la salle des Sans-Soucis, 58 rue de Tournai "Nous remarquons le nom du poète-chansonnier Albert Pentel qui a bien voulu réserver pour cette occasion la primeur de son talent original à Lille. C'est dans un répertoire complètement inédit et très varié que le chansonnier, déjà apprécié de quelques connaisseurs, se fera entendre dimanche". 
La fiche matricule d'Albert nous indique ses déménagements : en 1900 il demeure à Lille, 108 rue de Paris ; en 1905, il est à Boulogne sur Mer 12 rue Leuliette ; en 1908, il est à Liège à l'Hôtellerie de la chanson, rue de la Régence ; en 1913-1914, il habite Saint-Ouen, 1 rue des Entrepôts. 
Mais la recherche que j'ai faite récemment sur le site Gallica, qui était moins riche il y a 20 ans, m'a donné une masse de références qui permettent de tracer le parcours artistique de ce chansonnier qui a côtoyé les plus grands. Les premières mentions débutent en 1901-1903, le pianiste du Concert Tristan à Rouen est un certain Alberty qui "soutient dignement sa réputation d'habile pianiste" par ailleurs on le dit aussi chef d'orchestre dans cette même salle. Rien ne prouve qu'il s'agit de notre Arrageois… mais… j'ai de forte présomption. En mars 1905 le journal de Lille Le Grand Écho du Nord, nous apprend qu'une soirée Chanoiresque [sic] est programmée au café du Grand-Hôtel. Trois séances sont données "Par MM. Rolland et Alberty, chansonniers-musiciens des cabarets artistiques de Montmartre, qui promettent de nous faire ouïr de doulces [sic] mélodies tziganes, de joyeuses chansons satiriques inédites et des fantaisies d'actualité complètement nouvelles pour Lille, œuvres de l'humoriste Alberty". En novembre 1906, le compositeur Alberty, des Noctambules, participe à plusieurs concert dans la salle des fêtes du quotidien Le Journal. Il accompagne les artistes de la troupe Gosse et Charles Fallot, prince de l'humour, "assisté sur scène par le compositeur Alberty, des Noctambules, grand duc de l'accompagnement. En 1907, il se déplace à Chaumont (52), dans une soirée organisée par l'Harmonie Municipale au cours de laquelle se produisent également des "artistes parisiens, dont M. Dousset de la Gaité, Mlle Bréville des Variétés, et Mme de Pommeyrac […] n'oublions pas d'accorder une mention toute spéciale à M. Alberty, le pianiste remarquable, qui trois heures durant, a assumé la lourde tâche de l'accompagnement". En janvier 1909 il est le pianiste du cabaret La Pie qui Chante, 1589 rue de Montmartre, fondé en 1907. Il sera également le compositeur des revues et par chance j'ai pu acheter récemment un programme de ce cabaret qui nous dévoile son portrait.
 
sources : collection personnelle et Gallica
 
 Ce cabaret devient son emploi principal, ce qui ne l'empêche pas d'aller se produire à Bruxelles en juin 1910, avec son compatriote Jehan Rictus (de Boulogne sur Mer), puis à Vichy pendant trois mois l'été qui suit où il anime le cabaret artistique La Boite à Sel. Il sera présent à La Pie qui Chante jusqu'à la guerre. En 1912, on le retrouve dans un concert organisé par le journal La Carrosserie Française, il est l'accompagnateur des chansonniers Léonce Paco et Paul Marinier, de la divette Marie Stelly, du barde montmartrois [et compatriote de Ruitz] Marcel Legay, le fantaisiste Jules Moy et du chansonnier, directeur de La Pie qui Chante, Charles Fallot. En 1914 on apprend qu'il est membre de l'Union Syndicale des Artistes Lyriques et en 1916 il est présent pour la Revue en Velours dans son cabaret habituel. Quelques années sans mention dans la presse, jusqu'en août 1922 où on le retrouve toujours au cabaret La Pie qui Chante pour accompagner les artistes de la revue A Sept Milliards Près de Léonce Pacot. En mai 1923, il est à Lille, dans la Tournée du Concert Mayol qui se produit au Théâtre Municipal, puis à Paris dans la troupe du cabaret Aux Quat'z Arts. En avril 1924 il fait une escapade à Flers de l'Orne, pour la cérémonie du couronnement de la rosière avec Mlle Simone Judic de l'Apollo, Mlle Georgette Renée, flûtiste 1er prix du Conservatoire de Paris, le chansonnier Paul Weil du cabaret La Chaumière, et donc M. Alberty pianiste de La Pie qui Chante et des Quat'z Arts. En février 1925, j'ai relevé un premier passage à la radio, au programme du journal Le Matin, Les chansons du Cabaret du Chat Noir interprétées chez Fursy et Mauricet par le poète chansonnier Georges Cheppfer, du Moulin de la Chanson et Lucy Vauthrin de l'Opéra-Comique, accompagnés par le compositeur Alberty. En mai 1925, sur les mêmes ondes, Mme Charming, fantaisiste de l'Olympia qui chante Nocturne Vénitien de P. Alberty et Léojac, accompagnée par le compositeur. Une dernière mention relevée en 1932, le film La Fortune de Jean Hémard, avec Claude Dauphin, Jane Marny, Nitta-jo et Alice Tissot, est projeté au cinéma Le Capitole à Lille, Pierre Alberty est le compositeur d'une des chansons du film La Fortune.
 

 
Je ne peux pas citer toutes ses œuvres, il en a écrit plus de 300, vous pouvez en écouter 26 sur ce site ICI  et sur la BNF (par exemple La Faubourienne, chantée par Berthe Sylva). Parmi ses compositions, je relève une chanson publiée sous son vrai patronyme à Lille : Tous Debout, chœur des Travailleurs, paroles et musique d'Albert Pentel, Lille, P. Lagrange, 1902 (BNF), toujours pendant son séjour lillois il a été en contact avec le compositeur malouin, Charles Delabre pour qui il a écrit les paroles de Lâcheté en 1901.
Entre 1953 et 1956 il est membre de la commission des comptes et de surveillance de la SACEM, il meurt à Meaux le 25 septembre 1958, il est inhumé à Villeparisis (77).
 
Christian Declerck
6 décembre 2025
sources : Gallica et archives d'état civil + l'article Un parolier d'importance, Pierre Alberty, de Samuel MARC, in Phonographie, n°7, été 2015. 
Quelques coupures de presse ICI 
 
 
Lâcheté, paroles A Pentel, musique Ch. Delabre
collection personnelle

 
 
 

samedi 21 juin 2025

Victor Mathurin Buot, compositeur, chef de musique

 Une découverte étonnante, cette interprétation, au Portugal, d'une œuvre d'un compositeur inconnu mais pas totalement inconnu des dunkerquois… du XIXe siècle.


Banda da Sociedade Filarmónica União Arrentelense 4 de Março de 2017

Traduction du commentaire de la vidéo :
Victor Mathurin Buot est né à Strasbourg le 15 août 1822. Son activité musicale fut marquée par sa carrière militaire comme chef de musique de l'artillerie de la Garde impériale sous la Seconde République (1848-1852) et le Second Empire (1852-1870). Outre sa carrière de chef d'orchestre, il se consacra à la composition, à l'instrumentation et à l'enseignement. Il est l'auteur de nombreuses œuvres pour piano seul, ensembles de musique de chambre et harmonie. Son activité de chef de musique, à une époque où il était difficile de se procurer des originaux pour ces ensembles, le conduisit à transcrire de nombreuses œuvres du répertoire de l'Orchestre symphonique. Son talent d'arrangeur lui permit de publier nombre de ses transcriptions, certaines après sa mort. Il est mort à Menton, sur la Côte d'Azur, le 18 septembre 1883.
 
L'ouverture FRANCE fut composée en 1878. Son titre original complet est : « FRANCE - Ouverture Patriotique pour musique militaire ». L’œuvre est divisée en quatre sections. La première section comprend une introduction majestueuse suivie d’un andante cantabile. La deuxième section, construite en mode fugue, se caractérise par son tempo rapide. La troisième section est la plus marquante, car elle s’inspire de « La Marseillaise ». Composée en 1792, « La Marseillaise » a connu un tel succès qu’elle a été adoptée comme hymne national français en 1795. Cependant, en 1804, Napoléon Bonaparte l’interdit en raison de son caractère révolutionnaire. Même sous la Seconde République et le Second Empire, d’autres chants ont été utilisés comme hymnes nationaux. À l'époque de la composition de l'œuvre (1878), la France était déjà sous la Troisième République (1870-1940) et on peut supposer que Victor Buot s'est joint aux voix qui ont contribué à faire de « La Marseillaise » l'hymne national français, ce qui se produirait peu après, en 1879. La quatrième et dernière section de l'œuvre est composée d'un vivace qui oblige les interprètes à démontrer leur maîtrise technique.
Son instrumentation originale nous donne une idée de la constitution d'une Musique Militaire dans la seconde moitié du XIXe siècle : Petite Flûte RéB ; Petite Clarinette Mib ; 1º Clarinette Sib ; 2º Clarinette Sib ; Saxophone Soprano Sib ; Saxophone Alto Mib ; Saxophone Tenor Sib ; Saxophone Baryton Mib ; Petit Bugle Mib ; 1º Piston ou Bugle Sib ; 2º Piston Sib ; Trompettes Mib ; 1º Alto Mib ; 2º Alto Mib ; 3º Alto Mib ; 1º Cor Mib ; 2º Cor Mib; 1º Trombone ; 2º Trombone ; 3º Trombone ; 1º Bariton Sib ; 2º Bariton Sib ; Basses Solo Sib ; Basse Sib ; Contre Basse Mib ; Contre Basse Sib ; Tambour ; Grosse Caisse.
 
 
un autre enregistrement : la Chanson des nids, fantaisie polka pour deux clarinettes, interprétée par Gaston Hamelin et François Etienne, orchestre sous la direction d'Alexandre Courtade

et aussi
Morceau d'élévation, pour saxophone et orchestre, par l'orchestre d'harmonie de Landerneau, dirigé par Pierre Langonné, saxophone soliste : Serge Bertocchi

 

Complément biographique

Victor Buot a passé quelques années à Dunkerque. Un peu avant sa retraite de ses fonctions militaires, en 1867, il est nommé chef de la musique du 98e de ligne qui y est en garnison. Il participe activement à la vie musicale dunkerquoise. En 1868, il compose un petit opéra, Les Noces Bretonnes, sur un livret de Jules BERTRAND* qui est représenté sur la scène du théâtre du Casino de l'Estran à la demande de la propriétaire Mme Rosenquest et avec son orchestre il se produit régulièrement dans les concerts qui y sont organisés. La presse se fait écho de ses concerts notamment pour l'inauguration du nouveau Casino de Rosendael en 1868 : La semaine dernière je suis allé chercher une première représentation jusqu'à Dunkerque. On inaugurait le nouveau Casino, magnifique édifice ou le Monde Illustré a, le premier, donné la reproduction par la gravure. Sur un théâtre élevé au bord de la mer et élégamment décoré, en présence de la plus gracieuse société du département (on était venu de Lille en grand nombre), j'ai applaudi un charmant opéra de M. Victor Buot, intitulé Benedetta. De brillant motifs, de sémillants couplets, m'ont tenu sous le charme pendant une heure. M. Buot, bien connu et justement estimé dans le monde artistique, est chef de musique au 98e régiment de ligne ; c'est un homme de science et d'imagination. Je suis certain de revoir, un jour ou l'autre, Benedetta à Paris. Charles Monselet, Le Monde Illustré du 5 septembre 1868.
Mais déjà en janvier de la même année il s'était remarqué par la presse parisienne : La grande mosaïque du Barbier a été exécutée par la musique du 98e avec une si grande perfection qu’elle semblait reproduire jusqu'aux paroles du chef-d'œuvre. Rien de beau, de magnifique comme cette exécution aux applaudissements de laquelle il ne manquait que ceux de Rossini, qui ne s'en fût point fait faute. Dans cette belle audition, on a remarqué des solos admirablement rendus, et notamment la partie de hautbois qui nous conduit à répéter nos éloges à l'égard de l’habile instrumentiste qui possède un talent hors ligne, non seulement sur cet instrument, mais encore sur la petite flûte. Quelle belle carrière s’ouvre devant lui, s'il sait former, par des études soutenues, les heureuses dispositions qu'il montre si jeune encore. Applaudissements, trépignements, bravos, rappel, enfin toutes les manifestations possibles ont été employées par le public pour traduire la vivacité de ses impressions.
Les Bébés, polka de la composition de M. Buot, chef de musique du 98e, qui excelle dans la musique incitative, a produit le plus charmant effet, empreint toutefois d'une certaine tristesse près des excellentes mères nourrices, au regret de ne pouvoir calmer des souffrances exprimées avec tant de naturel et de vérité. […]
Le bouquet de la soirée consistait dans une tempête au Cap Nord, symphonie imitative avec chœurs et solos, exécutée d'une manière magistrale par la musique du 98e, par la Jeune-France et par la troupe du théâtre. L'auteur, M. Buot, si avantageusement connu dans le monde musical, a obtenu tous les suffrages, et nous conserverons, comme un précieux souvenir de son séjour à Dunkerque, une composition qui, à son mérite particulier, ajoute un cachet tout local d'un grand prix par l'effet si heureusement rendu d'une tempête dans laquelle se détachaient tous les vents au milieu d'une pluie et d'une grêle dont on cherche instinctivement à se préserver. L'illusion a d'ailleurs été rendue complète par la vue, à l'horizon, de notre Cap Nord avec ses maisonnettes au milieu de nos dunes sauvages. Nos compliments au peintre. Voilà une nouvelle perle à ajouter à l'écrin du savant compositeur. Le Corsaire du 19 janvier 1868
En 1869 : on joue les Pêcheurs d'Islande, drame lyrique en trois actes, paroles et musique de M. V. Buot, chef de musique du 98e de ligne, qui prête son concours à la représentation. La scène se passe à Mardyck. Au premier acte, baptême et départ pour l'Islande ; deuxième acte, incendie en mer et tempête au cap Nord ; troisième acte, le retour. Les principaux morceaux de la pièce sont l’Islandaise, la Ronde des Crevettes, la Prière des Pêcheurs (chœur et deux orchestres) et une symphonie par la musique militaire, la Tempête au cap Nord. Voilà une œuvre lyrique née dans nos murs, jouée pour la première fois sur notre scène, dont le sujet est tout à fait local et dont le talent incontestable de l'auteur est une garantie pour les dilettantes les plus délicats ; cela n'a rien fait, deux loges au plus sur vingt ont été prises ; les fauteuils d'orchestre et de la première galerie offraient des vides désolants. Ainsi, M. le Directeur vous voilà fixé : montez avec soin un ouvrage comme les Pêcheurs d'Islande ; ayez deux orchestres, frétez un navire, faites-le brûler en scène et couler bas aux accents d'une musique entraînante, aux cris d'une population affolée ; vous aurez le peuple, oui, la jeunesse amie des arts ; quelques graves personnages, sans doute, mais la haute société, point. Cependant, la pièce de M. Buot vaut la peine d'être entendue ; le sujet est intéressant et bien traité… Somme toute, la pièce a eu un beau succès. Bulletin de l'Union Faulconnier 1905
1870 : Les concerts du Parc de la Marine commençaient. La musique du 98e de ligne, en garnison à Dunkerque, y attirait le public et par le fini et le brio de son exécution, et par le talent de compositeur de son chef Buot dont tous les habitants fredonnaient la Polka des Crevettes ou Céleste Valse. Ces flonflons, inspirés d’Offenbach, charmaient notre population et la berçaient doucement. L'année terrible à Dunkerque 1870-1871, E. Bouchet et G. Duriau
Il quitte notre ville en 1872 pour prendre le bâton de chef d'orchestre du Café-Concert de l'Exposition de Paris. En avril 1873 la prédiction de Monserlet se réalise… en partie, son opéra-comique Benedetta est joué sur la scène du grand théâtre de Lyon. En 1874 il réside à Fourmies dans le Nord. Alexandre Desrousseaux nous indique que le carillon automatique de Gondecourt joue les 8 premières mesures de la Polka des Bébés à la demie. En juin 1880 il est témoin au mariage de Benoît Bernhard, fils de son ami et collègue musicien du 98e RI, Louis Bernhard. Victor Buot est alors chef de la musique municipale de la ville de Menton, il y décède deux ans plus tard foudroyé par une attaque d'apoplexie. En 1892, son épouse, Julie Pongérard, est domiciliée à Paris, 8 rue d'Auteuil, quand elle écrit au chancelier de la Légion d'Honneur pour obtenir une copie du brevet qui a été "volé lors de la mort" de son époux.
Plusieurs titres de ses compostions se rattache à notre région : Le Bourbourgeois, pas redoublé (1870 ; La Douaisienne, polka (1871) ; Dunkerque, pas redoublé (1884) ; L'Enfant du Nord, pas redoublé (1884) ; Le Géant, pas redoublé (1870) ; L'Islandaise, polka (1869) ; Jean Bart, pas redoublé (1868) ; Pêcheurs d'Islande, drame lyrique (1869) ; La Prière des Pêcheurs, chœur (1869) ; La Polka des Crevettes (1869) : La Tempête au cap Nord, symphonie pour musique militaire (1869) et Valenciennes, grande valse pour piano (1863).
 
Christian Declerck
21 juin 2025 
sources illustrations : L'Islandaise : Archives Municipales de Dunkerque, les autres : collection personnelle