samedi 5 mai 2018

Verlor et Davril

Un duo fantaisiste originaire de Roubaix et Lille, qui a laissé plusieurs enregistrements.


toutes les illustrations : collection personnelle



Jan Davril

Il est né à Lille, rue de Fives, sous le nom de Roger Raux le 12 juillet 1922. Son père, Abel, est expert-comptable, sa mère, Marie Husquin, est originaire de Bruay-Labuissière. De son enfance, on sait qu'il est très attiré par la musique, le chant ; il se serait produit sur scène à huit ans. Il apprend aussi le piano et en joue si bien qu'il est retenu pour participer en septembre 1933, à l'émission des Matinées Enfantines de Radio PTT Nord. Il y interprète une composition de Maxence Gueniffey, Josette au Casino. En 1942 j'ai relevé son passage à l'antenne de Radio Lille sous son pseudo, il est accordéoniste tyrolien. La même année il se produit  aussi sur cette radio sous le nom de Roger Raux, il interprète des chansons de Charles Trenet, au même programme qu'Arlette Rucart, avec qui il se produit régulièrement dans les brasseries de Roubaix et Tourcoing



Le Journal de Roubaix, 11 décembre 1943

Gaby Verlor

Gabrielle Vervaecke est une enfant de la balle. Née en 1921, elle a à peine cinq ans quand son père, Victor Vervaecke, dit Verlor, comique troupier puis agent artistique, monte un spectacle et l'emmène sur les planches. Ils sont Les Gaby Verlor et se produisent dans les cinémas et brasseries de la région lilloise. Parallèlement elle suit des cours au Conservatoire de musique de Roubaix, et obtient un premier prix de piano, à l'unanimité avec félicitations du jury, ainsi que des distinctions en solfège, harmonie et histoire de la musique, etc.
Vers 1939, elle édite quelques chansons à compte d'auteur, dont elle compose la musique sur des paroles de son père : Ah ! le Jazz et La lettre du gosse. Elle les présente sur scène, notamment à Dunkerque vers 1940 au dancing Evo d'Arsène Arcier, transformé en café-concert pour cause d'Occupation.
Son père fait prisonnier, elle est évacuée avec sa mère à Pamiers dans l'Ariège. Elle y retrouve un autre réfugié lillois, Léopold Simons qui lui demande de composer la musique de sa revue : A la queue leu leu, jouée à Agen en juillet 1941, puis la même année, elle compose celle de la revue Les rois du marché noir, dont Ch'est l'pain, une des chansons en patois, créée par Line Dariel en juillet 1941, à La Madeleine. En 1942 elle écrit la musique de la revue Ça, c'est des jus, dont Te peux rev'nir Alphonse, chantée par Line Dariel. Après la guerre elle compose la musique de plusieurs chansons écrites par Simons : C'est toujours le printemps, créée par Bertal (1945) ; Du bonheur sans ticket, créée par Odette Chantal (1945) ; Oh ! Oïe ! Oïe, créée par Arlette Rucart (1945). Dernière collaboration avec Simons en 1950 pour la revue Attrape à Balou, avec Line Dariel, Simons, André Nadon, Line Alexandre, Corvelin, Denise Menez, Tony Royer, Ramys et l'accordéoniste Edmond Draheim.










Verlor et Davril
C'est en participant ensemble à la revue de Simons Ça, c'est des jus, en 1942, qu'ils se sont rencontrés. En mai 1944, Roger épouse Gabrielle et en juin on relève la première mention de leur passage au Café l'Universel de Roubaix. Le 11 février 1945, ils triomphent au Grand Théâtre de Lille dans le même spectacle que Mistinguett et Roger Nicolas qui leur conseille de tenter leur chance à Paris. Après une audition dans une brasserie située au dessus de l'actuel Caveau de la République, ils sont engagés au nouveau Casino de Nice (21 mai 1946). En novembre 1946 le couple fait la première partie de Georges Ulmer et Bourvil à l'ABC de Paris, un critique les remarque : Une mention spéciale aux Tyroliens… marseillais (sic) [sic] Jan d’Avril [sic] et Gaby Verlor, qui composent un dessin animé de trilles acidulées et de mimiques charmantes, dans un rythme inlassable
Leurs passages dans les grandes salles parisiennes se succèdent : Bobino, Pacra, l'Alhambra, l'Européen, le Gaumont-Palace. Ils entament alors une tournée internationale qui les mène, au Portugal, en Suisse, Belgique, dans les pays Scandinaves et en Angleterre où ils sont au programme de l'émission Café Continental, sur la BBC TV. 


coupure de presse, magazine non identifié

En 1952 ils interprètent leur propre rôle dans le film de Claude Cariven L'amour n'est pas un péché, dans lequel ils chantent la chanson Chiens et chats. C'est leur unique prestation filmée à ma connaissance.



© editions Atlas


Ils sont invités en 1954 à l'émission Paris Star Time pour le French Broadcasting System - North America. Leur interview par Lou Van Burg a été conservé dans cet enregistrement ICI.
En juillet 1954 ils répondent à l'interview de Germaine Ramos (La Semaine Radiophonique) : 
Composez-vous toujours vos chansons ?
Nous les faisions, au départ, presque toutes ; mais nous avons pensé que notre tour serait plus varié si nous faisions appel à l'autres compositeurs ; et maintenant nous n'en plus qu'une à nous : Ma petite amie et moi. nous avons par ailleurs, de deux jeunes compositeurs encore inconnus (et camionneurs de leur métier), Le Bon Dieu, [qui est de Julien Bouquet lui aussi livreur] ; Jeanne est amoureuse, de J. Plante ; Ma petite rime, de Dréjac et Constantin. […]
Depuis combien de temps êtes-vous dans le métier ?
Nous faisons le tour de chant depuis deux ans seulement. Mais auparavant nous avions monté un numéro international vocal, très visuel, habillés en tyroliens. Nous parlons anglais tous les deux, et chantons en italien à l'occasion. Nous travaillions sans cesse à l'étranger, mais à Paris on nous ignorait totalement. Alors nous avons décidé d'y tenter notre chance, avec des chansons toujours différentes, radiophoniques cette fois.
En octobre de la même année, le couple se sépare, le divorce est prononcé par le tribunal de la Seine. Mais le duo poursuit sa carrière professionnelle. Un tragique accident y met un terme en juillet 1955, Jan Davril revient d'un gala et sur la route entre La Châtre et Châteauroux, à Nohant près du château de Georges Sand, la chaussée est en mauvais état, son auto fait une embardée et il meurt le 11 juillet lors de cet accident. Gaby Verlor, après quelques années de retrait et une tentative en solo, devient la compositrice à succès que l'on sait.

Christian Declerck

Sources : Simons, 1901-1979, Association Toudis Simons, Lille, 1999 ; Nord Matin ; La Semaine Radiophonique ; Mon Programme ; Le Journal de Roubaix ; L'Egalité de Roubaix-Tourcoing ; Le Réveil du Nord ; Le Nouvelliste de Sion ; Rgards, magazine ; Verlor et Davril, légende de la chanson française, Marianne Mélodie, 1999. Et merci à M. B. Philippe pour ses informations recueillies auprès d'un témoin de l'accident de Nohant.





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A leur répertoire : vidéo, paroles/musique, (édition/enregistrement)

- Allez Lille !, Verlor et Davril (1953)
- Au loin dans la plaine, R. Marbot / S. Goldmann (?/1951)
- Au petit trot, Pierre Delanoë / Marc Fontenoy (1954)
- La ballade de Paris, Francis Lemarque (1954/1954)
- Biot, Jean Davril / Gaby Verlor (1954)
- Le bon Dieu, Julien Bouquet / Jean Lioret, Paulette Vethueil (1954/1955)
- Ca m'est égal, Jan Davril / Gaby Verlor (1951)
- Carnaval à Cuba, Pierre Amelot, A. Zmigrod / Alfredo Zmigrod (1949/?)
- C'est si facile de s'aimer, Jan Davril / Gaby Verlor (1951)
- Chiens et chats, Marc Fontenoy / Max François (1952)
- Delicado, Pierre Amel / Waldyr Azevedo (1951/1953)
- Dis à ta mère, Jean Setti / Josef Marais (1950/1950)
- Dis moi mon amour pourquoi Jan Davril / Gaby Verlor (1951)
- Dorothée, Jean Pierre Mottier / Strauss (1951/1953)
- La fête du tabac, Henri Ithier, René Denoncin / Pia der Moro (1952/1954)
- L'île des cocotiers, M. Fontenay, S Sept / D. Shapiro (?/1953)
- Jeanne est amoureuse, Jacques Plante / Yvon Alain (?/1955)
- Légère et court vêtue, François Llenas / Daniel White (1953)
- Line, Francis lopez (1952/1953)
- Lorsque je suis seul Jan Davril / Gaby Verlor (1950)
- Le mambo chinois, Robert Chical, René Denoncin / Jack Le Dru (1953/1953)
- Ma p'tite amie et moi, Jan Davril / Gaby Verlor (1953/1954)
- La marche des poulbots, Maurice Vandair / Yvette Horner (1949)
- Mam'zell' souris, Géo Bonnet, François Llenas / Chico Roberti, Jean Rignac (1952)
- Maria Cristina veut toujours commander, Mireille Brocey / Nico Saquito (1952/?)
- Mister Callaghan, René Rouzaud / Eric Spear (1952/1953)
- Moi… moi !, Pierre Dudan / Emil Stern (1951/1952)
- Oh ! Joe ! Joe ! Jan Davril / Gaby Verlor (1950)
- On l'appelait le petit homme, Jan Davril / Gaby Verlor (1950)
- Le petit âne brésilien, Fernand Bonifay / Guy Magenta (1954/1954)
- La petite Marie, Noël Barcy, Roger Vanay / S.M. Eyssen, Wessel Dekker (1951/1953)
- La petite rime, Dréjac / Jean Constantin (?/1954)
- Le petit tacot de Mexico, Geo Bonnet / B.P. Godinho (1950)
- Pipo le vagabond, Jan Davril / Gaby Verlor (1950/1950)
- Prenez mon cœur et mes roses, Fernand Bonifay / Tolchard Evans  (?/1953)
- Quand je pense à toi, Jan Davril / Gaby Verlor (1954/1955)
- Quand tu m'regard's comm' ça Jan Davril / Gaby Verlor (1954)
- Rita de Panama, Jacques Plante / A. Tabet, H. Leca (?/1951)
- Rose Marie polka, G. Liferman / M/ Harden (?/1953)
- Samba caramba, Louis Amade / Maurice Dehette (1949/1950)
- Tap et tip et tap Jan Davril / Gaby Verlor (1950)
- Toi qui disais, qui disais, Jean Claude Darnal / Dana Suesse (1952)
- Les trottoirs, Raymond Lévesque (?/1955)
- Yo de lai, Jan Davril / Gaby Verlor (1950)










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