Le succès d'un Roubaisien et d'une Tourquennoise à l'Opéra. L'Union des maîtres de chant français et notre confrère Comœdia ont donné, dimanche à l'Opéra de Paris, un concours de chant auquel étaient seules admises les voix graves barytons, basses et contralti. C'est en effet un Roubaisien, M. Alcide Milleville, âgé de 26 ans, domicilié 58 rue Saint Elisabeth qui sous le pseudonyme de Robervyl a enlevé le premier prix des barytons. M. Robervyl a fait une très forte impression sur le jury. Voici en quels termes s'exprime notre confrère Comœdia : M. Robervyl a fort diverti son auditoire en chantant le fameux monologue de Figaro dans le Barbier de Séville. Il s'y montre habile et roublard comme un vieux routier de la scène, cueillant des effets comiques comme s'il était déjà titulaire du rôle. Il est à la fois bon garçon, plein d'humour et de malice. Plus loin, dans le même journal, on lit encore : Il s'agit de quelqu'un qui possède dès maintenant un métier raffiné, une assurance entière, une variété d'expressions efficace. Il joue en même temps qu'il chanté. Il file la note aigüe et descend en souplesse jusqu’au registre en virtuose. M. Robervyl n'est d'ailleurs pas un inconnu de nos amateurs régionaux. Il chante assidûment au micro de Radio PTT Nord, et figure de plus parmi les chantres de l'église Sainte Elisabeth où il est particulièrement apprécié. M. Robervyl a, d'autre part, obtenu le premier prix d'honneur au concours du 14 juillet 1035, à Roubaix, et l'an dernier il obtint le premier grand prix au concours du "meilleur chanteur du Nord". Ce concours était aussi ouvert aux chanteuses et dans la catégorie des contralti, c'est encore une artiste de chez nous qui s'est distinguée, Mlle Maryse Vildy*, originaire de Tourcoing.
Journal de Roubaix 10/6/1936
*contralto, active de 1934 à 1943, née vers 1905
Alcide Milleville est né à Croix le 8 avril 1910, il y épouse Irène Lefèbvre le 3 juin 1933. On sait qu'il enseigne déjà le chant dès 1930, 126 rue Jean-Baptiste Delescluse, puis en 1933 il est relieur au 31 de la rue du Parc, toujours à Croix. Dès 1935 il participe aux émissions de Radio PTT Nord. En 1936 il obtient le 1er prix d'un concours organisé par le théâtre national de l'Opéra de Paris (voir ci-dessus). De 1937 à 1939 il anime l'émission "Le quart d'heure de chant de Robervyl" sur Radio PTT Nord. En 1938 il se fait remarquer au Petit Casino à Paris dans un numéro qu'il vient de créer Chansons de mer qui lui procure plusieurs contrats dans des Music-Halls parisiens, il est accompagné par Mlle Sylvia Florin. Pendant la guerre il participe à de nombreux galas de bienfaisance au profit des prisonniers : Nos artistes mobilisés chantent toujours […] Le sapeur Milleville, connu à Roubaix-Tourcoing sous le nom de Robervyl, chanta une marche des sapeurs du génie dont il est l'auteur, avec la musique de la jeune compositrice Mary Lyse (Mlle Fernande Desbarbieux, du conservatoire de Roubaix). En 1942 il se produit en spectacle avec Simons au Gymnase Danrel à Lille, puis avec Line Dariel, Bibos, Bertal, Davril à partir de février pour la reprise des émissions de Radio PTT Nord sous la direction des Léon Plouvier.
Après guerre, les dernières mentions relevées dans la presse pour des concerts de l'Orphéon des Anciens Combattants de Roubaix qui se produit à Berck en septembre 1950 et septembre 1953. Il meurt à Roubaix en 1994, trois mois après son épouse.
mise à jour le 17/12/2025 : ajout d'un hommage par Yvan Levaï
Un duo fantaisiste originaire de Roubaix et Lille, qui a laissé plusieurs enregistrements.
toutes les illustrations : collection personnelle
Jan Davril
Il est né à Lille, rue de Fives, sous le nom de Roger Raux le 12 juillet 1922. Son père, Abel, est expert-comptable, sa mère, Marie Husquin, est originaire de Bruay-Labuissière. De son enfance, on sait qu'il est très attiré par la musique, le chant ; il se serait produit sur scène à huit ans. Il apprend aussi le piano et en joue si bien qu'il est retenu pour participer en septembre 1933, à l'émission des Matinées Enfantines de Radio PTT Nord. Il y interprète une composition de Maxence Gueniffey, Josette au Casino. En 1942 j'ai relevé son passage à l'antenne de Radio Lille sous son pseudo, il est accordéoniste tyrolien. La même année il se produit aussi sur cette radio sous le nom de Roger Raux, il interprète des chansons de Charles Trenet, au même programme qu'Arlette Rucart, avec qui il se produit régulièrement dans les brasseries de Roubaix et Tourcoing
Gabrielle Vervaecke est une enfant de la balle. Née en 1921, elle a à peine cinq ans quand son père, Victor Vervaecke, dit Verlor, comique troupier puis agent artistique, monte un spectacle et l'emmène sur les planches. Ils sont Les Gaby Verlor et se produisent dans les cinémas et brasseries de la région lilloise. Parallèlement elle suit des cours au Conservatoire de musique de Roubaix, et obtient un premier prix de piano, à l'unanimité avec félicitations du jury, ainsi que des distinctions en solfège, harmonie et histoire de la musique, etc.
Vers 1939, elle édite quelques chansons à compte d'auteur, dont elle compose la musique sur des paroles de son père : Ah ! le Jazz et La lettre du gosse. Elle les présente sur scène, notamment à Dunkerque vers 1940 au dancing Evo d'Arsène Arcier, transformé en café-concert pour cause d'Occupation.
Son père fait prisonnier, elle est évacuée avec sa mère à Pamiers dans l'Ariège. Elle y retrouve un autre réfugié lillois, Léopold Simons qui lui demande de composer la musique de sa revue : A la queue leu leu, jouée à Agen en juillet 1941, puis la même année, elle compose celle de la revue Les rois du marché noir, dont Ch'est l'pain, une des chansons en patois, créée par Line Dariel en juillet 1941, à La Madeleine. En 1942 elle écrit la musique de la revue Ça, c'est des jus, dontTe peux rev'nir Alphonse, chantée par Line Dariel. Après la guerre elle compose la musique de plusieurs chansons écrites par Simons : C'est toujours le printemps, créée par Bertal (1945) ; Du bonheur sans ticket, créée par Odette Chantal (1945) ; Oh ! Oïe ! Oïe, créée par Arlette Rucart (1945). Dernière collaboration avec Simons en 1950 pour la revue Attrape à Balou, avec Line Dariel, Simons, André Nadon, Line Alexandre, Corvelin, Denise Menez, Tony Royer, Ramys et l'accordéoniste Edmond Draheim.
Verlor et Davril
C'est en participant ensemble à la revue de Simons Ça, c'est des jus, en 1942, qu'ils se sont rencontrés. En mai 1944, Roger épouse Gabrielle et en juin on relève la première mention de leur passage au Café l'Universel de Roubaix. Le 11 février 1945, ils triomphent au Grand Théâtre de Lille dans le même spectacle que Mistinguett et Roger Nicolas qui leur conseille de tenter leur chance à Paris. Après une audition dans une brasserie située au dessus de l'actuel Caveau de la République, ils sont engagés au nouveau Casino de Nice (21 mai 1946). En novembre 1946 le couple fait la première partie de Georges Ulmer et Bourvil à l'ABC de Paris, un critique les remarque : Une mention spéciale aux Tyroliens… marseillais (sic) [sic] Jan d’Avril [sic] et Gaby Verlor, qui composent un dessin animé de trilles acidulées et de mimiques charmantes, dans un rythme inlassable. Leurs passages dans les grandes salles parisiennes se succèdent : Bobino, Pacra, l'Alhambra, l'Européen, le Gaumont-Palace. Ils entament alors une tournée internationale qui les mène, au Portugal, en Suisse, Belgique, dans les pays Scandinaves et en Angleterre où ils sont au programme de l'émission Café Continental, sur la BBC TV.
coupure de presse, magazine non identifié
En 1952 ils interprètent leur propre rôle dans le film de Claude Cariven L'amour n'est pas un péché, dans lequel ils chantent la chanson Chiens et chats. C'est leur unique prestation filmée à ma connaissance.
Ils sont invités en 1954 à l'émission Paris Star Time pour le French Broadcasting System - North America. Leur interview par Lou Van Burg a été conservé dans cet enregistrement ICI. En juillet 1954 ils répondent à l'interview de Germaine Ramos (La Semaine Radiophonique) : – Composez-vous toujours vos chansons ? – Nous les faisions, au départ, presque toutes ; mais nous avons pensé que notre tour serait plus varié si nous faisions appel à l'autres compositeurs ; et maintenant nous n'en plus qu'une à nous : Ma petite amie et moi. nous avons par ailleurs, de deux jeunes compositeurs encore inconnus (et camionneurs de leur métier), Le Bon Dieu, [qui est de Julien Bouquet lui aussi livreur] ; Jeanne est amoureuse, de J. Plante ; Ma petite rime, de Dréjac et Constantin. […] – Depuis combien de temps êtes-vous dans le métier ? – Nous faisons le tour de chant depuis deux ans seulement. Mais auparavant nous avions monté un numéro international vocal, très visuel, habillés en tyroliens. Nous parlons anglais tous les deux, et chantons en italien à l'occasion. Nous travaillions sans cesse à l'étranger, mais à Paris on nous ignorait totalement. Alors nous avons décidé d'y tenter notre chance, avec des chansons toujours différentes, radiophoniques cette fois. En octobre de la même année, le couple se sépare, le divorce est prononcé par le tribunal de la Seine. Mais le duo poursuit sa carrière professionnelle. Un tragique accident y met un terme en juillet 1955, Jan Davril revient d'un gala et sur la route entre La Châtre et Châteauroux, à Nohant près du château de Georges Sand, la chaussée est en mauvais état (il se serait endormi au volant selon une autre source*), son auto fait une embardée et il meurt le 11 juillet lors de cet accident. Gaby Verlor, après quelques années de retrait et une tentative en solo, devient la compositrice à succès que l'on sait. Christian Declerck Sources :Simons, 1901-1979, Association Toudis Simons, Lille, 1999 ; Nord Matin ; La Semaine Radiophonique ; Mon Programme ; Le Journal de Roubaix ; L'Egalité de Roubaix-Tourcoing ; Le Réveil du Nord ; Le Nouvelliste de Sion ; Rgards, magazine ; Verlor et Davril, légende de la chanson française, Marianne Mélodie, 1999. Et merci à M. B. Philippe pour ses informations recueillies auprès d'un témoin de l'accident de Nohant. * programme d'un concert à Bobino octobre 1957
La Voix du Nord
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A leur répertoire : vidéo, paroles/musique, (édition/enregistrement)
- Allez Lille !, Verlor et Davril (1953) - Au loin dans la plaine, R. Marbot / S. Goldmann (?/1951) - Au petit trot, Pierre Delanoë / Marc Fontenoy (1954) - La ballade de Paris, Francis Lemarque (1954/1954) - Biot, Jean Davril / Gaby Verlor (1954) - Le bon Dieu, Julien Bouquet/ Jean Lioret, Paulette Vethueil (1954/1955) - Ca m'est égal, Jan Davril / Gaby Verlor (1951) - Carnaval à Cuba, Pierre Amelot, A. Zmigrod / Alfredo Zmigrod (1949/?) - C'est si facile de s'aimer, Jan Davril / Gaby Verlor (1951) - Chiens et chats, Marc Fontenoy / Max François (1952) - Delicado, Pierre Amel / Waldyr Azevedo (1951/1953) - Dis à ta mère, Jean Setti / Josef Marais (1950/1950) - Dis moi mon amour pourquoi, Jan Davril / Gaby Verlor (1951) - Dorothée, Jean Pierre Mottier / Strauss (1951/1953) - La fête du tabac, Henri Ithier, René Denoncin / Pia der Moro (1952/1954) - L'île des cocotiers, M. Fontenay, S Sept / D. Shapiro (?/1953) - Jeanne est amoureuse, Jacques Plante / Yvon Alain (?/1955) - Légère et court vêtue, François Llenas / Daniel White (1953) - Line, Francis lopez (1952/1953) - Lorsque je suis seul, Jan Davril / Gaby Verlor (1950) - Le mambo chinois, Robert Chical, René Denoncin / Jack Le Dru (1953/1953) - Ma p'tite amie et moi, Jan Davril / Gaby Verlor (1953/1954) - La marche des poulbots, Maurice Vandair / Yvette Horner (1949) - Mam'zell' souris, Géo Bonnet, François Llenas / Chico Roberti, Jean Rignac (1952) - Maria Cristina veut toujours commander, Mireille Brocey / Nico Saquito (1952/?) -Mister Callaghan, René Rouzaud / Eric Spear (1952/1953) - Moi… moi !, Pierre Dudan / Emil Stern (1951/1952) - Oh ! Joe ! Joe !, Jan Davril / Gaby Verlor (1950) - On l'appelait le petit homme, Jan Davril / Gaby Verlor (1950) - Le petit âne brésilien, Fernand Bonifay / Guy Magenta (1954/1954) - La petite Marie, Noël Barcy, Roger Vanay / S.M. Eyssen, Wessel Dekker (1951/1953) - La petite rime, Dréjac / Jean Constantin (?/1954) - Le petit tacot de Mexico, Geo Bonnet / B.P. Godinho (1950) - Pipo le vagabond, Jan Davril / Gaby Verlor (1950/1950) - Prenez mon cœur et mes roses, Fernand Bonifay / Tolchard Evans (?/1953) - Quand je pense à toi, Jan Davril / Gaby Verlor (1954/1955) - Quand tu m'regard's comm' ça, Jan Davril / Gaby Verlor (1954) - Rita de Panama, Jacques Plante / A. Tabet, H. Leca (?/1951) - Rose Marie polka, G. Liferman / M/ Harden (?/1953) -Samba caramba, Louis Amade / Maurice Dehette (1949/1950) - Tap et tip et tap, Jan Davril / Gaby Verlor (1950) - Toi qui disais, qui disais, Jean Claude Darnal / Dana Suesse (1952) - Les trottoirs, Raymond Lévesque (?/1955) - Yo de lai, Jan Davril / Gaby Verlor (1950)
mise à jour du 7/9/2021, suppression du lien obsolète vers Nord Littoral, remplacement par un PDF
mise à jour du 25/9/2017, ajout d'un lien vers l'article de Nord Littoral mise à jour du 9/7/2017, ajout d'un montage-vidéo des photos de Lietta
mise à jour du 9/2/2024, ajout d'une vidéo de la BBC
mise à jour du 7/12/2025, on a retrouvé la voix de Lietta !
mise à jour du 17/12/2025, LA vidéo de la BBC
Sa fille, Martine Courtin-Deguines, vient de m'apprendre la triste nouvelle, Juliette est décédée vendredi 1er septembre 2017 en fin d'après midi. Elle était née à Calais le 14 décembre 1927, fille de Frédéric et Jeanne Prévost.
Le journal Nord Littoral a fait paraître cet article le 24/9/2017
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collection personnelle
Martine Courtin-Deguines a retrouvé deux albums photos de sa mère, au fond d'un panier de vêtements, elle m'a demandé de les ajouter à cette page. Pas de musique d'accompagnement, il n'existe pas, hélas, d'enregistrement de Lietta Freckal.
à regarder plein écran
On y retrouve ses amis artistes : Albert Demeulemester, alias Bertal (artiste et directeur d'une agence artistique lilloise), Robert Jordens, alias Ch'Guss (le comique patoisant boulonnais), Serge Davri, Jeanny Stander, Jacques Nellos, Jean Jarrett, Emile Lamour, alias Gilbert Elmy, et Victor Charlier, le chef d'orchestre de Radio-Lille. C Declerck
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Extrait d'une coupure de presse non identifiée, non datée (archives municipale de Boulogne sur Mer)
"Charly Yorel [1899-1962] nous parle de la chanteuse calaisienne Lietta Freckal
Pour situer Lietta Freckal, nous ne pouvons mieux faire que d'entendre Charly Yorel nous parler d'elle. Le sympathique artiste régional que nous avons applaudi fréquemment est en effet à l'origine de la carrière artistique de Lietta Freckal.
C'est en 1949, nous précise-t-il, que j'ai entendu pour la première fois la jeune Calaisienne. Je tiens tout d'abord à vous dire que Lietta, qui est la plus charmante fille que j'ai connu, tient à l'orthographe correcte de son nom qui comporte 13 lettres. Cette petite exigence est la conséquence d'une innocente superstition.
A cette époque je participais à un gala de variétés organisé par la société Concordia, au théâtre de Calais. Je venais de me produire dans un numéro de prestidigitation et, en coulisse, je remettais en ordre mon matériel. Une jeune chanteuse m'avais succédé en scène et ses accents étaient si prenants, sa personnalité tellement évidente, que je subis une impression indéfinissable qui me cloua sur place.
C'était Lietta Freckal qui chantait. Elle interpréta l'Accordéoniste et Hymne à l'Amour avec un talent que lui aurait envié Edith Piaf. Son succès fut éclatant.
Quand Lietta sortit de scène je lui fais la proposition de la joindre à mes camarades et à moi-même dans les futurs programmes que nous avions l'intention de donner dans la région boulonnaise.
Lietta accepta et débuta avec notre petite troupe à Boulogne, en juin 1950, lors d'un gala donné à l'occasion du centenaire des Etablissements Baignol et Farjon. Son talent de chanteuse réaliste impressionna profondément l'auditoire."
"Mariée à M. Pierre Deguines, instituteur, elle s'appelle Juliette Frère. C'est Jack Nellos, l'animateur de Concordia qui lui trouva ce diminutif de Lietta complété pour le nom de la première syllabe de son nom de jeune fille auquel il ajouta "ckal"… parce qu'elle était de Calais. Elle est musicienne et a appris le violon, ce qui lui permet de toujours interpréter ses chansons dans les meilleures conditions.
La jeune téléphoniste suivit Charly Yorel dans de très nombreux concerts donnés dans la région et même au delà. Puis un jour, la B.B.C. traversa le Détroit avec tout son matériel, pour faire un reportage sur Calais. Il s'agissait plutôt d'une série de courts reportages qui allait permettre à la télévision britannique d'évoquer le Calais sportif, commercial, industriel et artistiques On ne manqua pas de faire appel à Lietta, qui allait ainsi devenir une vedette remarquée des téléspectateurs britanniques. l'un d'eux, et non des moindres, sir Eric Fauwcette, metteur en scène à la B.B.C. télévisionna le reportage sur Calais. Il entendit et vit Lietta qui le bouleversa au plus haut point.
Ce technicien du grand service anglais n'avait pas encore fixé son choix sur la chanteuse qui devait figurer dans le programme du Salon de la Télévision. Celui-ci devait s'ouvrir dans les jours suivants. Il avait, auparavant, pensé faire passer Edith Piaf dans son tour de chant. L'audition et la vision de Lietta Freckal modifia son projet primitif. Il téléphona le lendemain à Calais et fit à la jeune artiste une proposition très intéressante pour passer à la B.B.C. […] Lietta interpréta une demi-douzaine de chansons dont La vie en rose, succès dont les Britanniques sont aussi friands que des fantaisies sur Carmen. Son succès fut entier. Le lendemain Le Ciros, grand cabaret de Londres, offrait à la jeune Calaisienne un engagement de trois mois pour lequel il proposait 1.200.000 francs. Elle devait passer tous les soirs dans un tour de chant réaliste. Lietta n'accepta pas. […]"
photo de presse, collection personnelle
Témoignage de sa fille Martine Courtin-Deguines (juillet 2016)
Sa première prestation publique, elle l'avait faite en 1947, lors de la grève chez Brampton. Il y a eu une photo prise de haut, où on la voit chanter en robe à fleurs, avec les grévistes assis par terre. Elle a aussi participé à quelques revues avec André Culié, juste après la guerre, plutôt des petits rôles, et elle a toujours refusé de jouer la Zabel de la revue de Boulogne sur Mer montée par Jean Jarett. Mon père ne voulait pas, il disait qu'elle allait se dévaloriser.
Ma mère a été choisie pour représenter la France pour la première liaison Eurovision Grande Bretagne - Continent en 1950. Elle avait 22 ans. A la suite de ce passage (elle avait chanté La Vie en Rose) les Anglais ont envoyé une avalanche de lettres à la BBC pour savoir qui était cette jeune femme qui chantait si bien, et qui n'était pas vulgaire comme Piaf (authentique ! c'est ce qui ressortait de la plupart de ces courriers). Un certain Picket-Wilkes (que j'ai connu, il est venu souvent à la maison avec son épouse et il devait être un peu amoureux de ma mère) qui était quelque chose comme directeur des programmes de variétés à la BBC, il l'a fait revenir. Elle a chanté à nouveau La Vie en Rose, partiellement en Anglais, cette fois, et la BBC lui a offert un contrat d'exclusivité, ce qui n'était pas rien à l'époque. Il fallait venir s'établir en Angleterre, et ma mère a refusé (sous la pression de mon père, je le sais, qui avait peur de l'aventure).
Studio BBC Radio, La Semaine du Nord, février 1955
photo Roger Tollens
collection personelle
A l'époque, ils étaient fonctionnaires tous les deux, et la sécurité lui importait plus qu'une hypothétique carrière artistique. Ils avaient connu la guerre (mon père, réfractaire au STO, a vécu caché pendant deux ans) et ses privations (ma mère était réfugiée dans l'Est avec ses sœurs et sa mère, mon grand-père, sapeur-pompier, étant réquisitionné à Calais et elles ont eu faim), ceci peut expliquer cela. Elle a continué les concerts en France, tout en gardant son emploi au central téléphonique de Calais. En 1955, pour fêter les 5 ans de l'Eurovision, la BBC avait invité tous les protagonistes de la première émission. Elle a été à nouveau conviée à la BBC, mais pour un passage assez bref, qui a, à nouveau, donné lieu à des demandes importantes de la part du public. Re-proposition de contrat, un vrai pont d'or me semble-t-il. Là, elle a nouveau refusé. Tout comme elle a refusé d'être mutée à Strasbourg, où les PTT lui avaient proposé un poste aménagé et se proposaient de sponsoriser sa carrière. Oui, ça, c'est exact, même si ça parait amusant et incroyable. Là encore, refus de mon père. Et fin de l'espoir d'une carrière internationale, et même d'une carrière tout court.
Car, entretemps, il y avait l'imprésario de Piaf qui intervenait régulièrement pour empêcher la parution des articles la concernant en France.
Elle a continué de chanter dans des galas régionaux, et aussi en Normandie, tout en continuant de travailler aux PTT. Les tournées d'été La Voix du Nord, Kermesses de la bière à Maubeuge, premières parties d'artistes parisiens venus se produire dans le Nord.
Des souvenirs
Souvenir des paroles des chansons que ma mère affichait sur le papier peint de la cuisine pour les apprendre (mon père et moi en savions aussi long qu'elle à force !) des chansons apprises et répétées sur le vieux Gaveau du salon, ma mère sérieuse, concentrée, qui "sentait" du premier jet paroles et musique en même temps, et qui n'en variait pas. Si elle n'aimait pas, ne sentait pas une chanson, elle ne la prenait pas à son répertoire. Et mon père qui s'arrachait les cheveux, parce qu'il fallait transposer les chansons à cause de la tessiture de ma mère, qui chantait dans un ton pas possible. On s'y collait le jeudi après-midi, à recopier les chansons transposées, lui et moi (j'étudiais le piano, ça me faisait un bon exercice) Il y avait une foule de documents dans une valise (coupures de presse, photos, affiches etc.) chez mes parents. Mais quand mon père a mis en vente la maison, il a passé une semaine à brûler des tas de choses, dont tout ce qui avait trait à la carrière de ma mère, y compris ses dernières robes de scène et d'innombrables photos et souvenirs personnels et professionnels. Je n'ai pas récupéré grand chose. Je suppose qu'il voulait que tout cela disparaisse avec eux. Sur la fin, il était un peu spécial, mais bon, c'est ce qu'il voulait.
J'ai en tête d'innombrables anecdotes sur cette tranche de vie. C'est drôle, de vous écrire tout ça, plein de choses me reviennent en mémoire. Mon père lui a fait arrêter la chanson en 1968, en disant à ses deux impressari (Jean-Pierre Panir et Bertal) qu'elle n'était pas disponible pour les dates proposées. Ils ont fini par ne plus appeler. Il considérait qu'à 42 ans, avec une fille mariée, elle avait passé l'âge de se produire en public. Très entre nous, je considère que mon père a brisé sa carrière. D'ailleurs, ma mère le lui a souvent reproché. Je crois qu'il se savait moins talentueux qu'elle et avait peur de la perdre. Ma mère était très belle et chantait réellement merveilleusement bien.
Elle avait un talent fou et savait ce qu'elle voulait, malheureusement, elle appartenait à cette générations de femmes dont le mari gère la vie, et elle n'a pas su (ou pas voulu) s'imposer.
Je l'ai vue (et pas qu'une fois) entrer en scène dans une salle houleuse (Kermesse de la Bière à Maubeuge, Salle des Fêtes à Bucaille, près de Boulogne) où tous les artistes refusaient d'aller chanter, et retourner le public dès sa première chanson. On n'entendait pas une mouche voler, et pourtant, c'étaient des public difficiles. Elle arrivait à les faire taire, à l'écouter, et ils lui faisaient une ovation. Ça, je l'ai vu à chaque fois. Elle avait un vrai talent, un vrai charisme.
D’autres souvenirs
Quant à mon père [Pierre Deguines (1922-2011)] il était instituteur, mais également l'accompagnateur au piano de ma mère. Il a travaillé dans l'orchestre de Jo Bouillon, avec Joséphine Baker et il a crée l'orchestre Blue Melody (c'est comme ça qu'il a rencontré ma mère en 1948). Puis, il a dirigé l'orchestre du casino de Calais pendant de nombreuses années, après avoir animé le cabaret l'Oasis, juste en face du Casino.
Pierre Deguines (à gauche) et Lietta Freckal
studio BBC Radio
collection personnelle
Charly Yorel (de son vrai nom Charles Leroy), je l'ai très bien connu. Je l'aimais beaucoup. C'était un vieux garçon, mais il adorait les enfants, et il me fabriquait toutes sortes de petits objets rigolos et de très beaux dessins, ce pourquoi il était très doué. Il était calme et très pince sans rire. Impossible, à le voir, de deviner qu'il était capable de faire rire à ce point sur scène. Je le compare souvent à Jango Edwards, c'était le même genre de risque tout que rien ne démontait.
collection personnelle
On a dit qu'il s'était suicidé, mais il n'avait à ce moment, aucune raison de le faire : il avait une amie et ils devaient se marier. Mais c'était un bohème, un genre de professeur Tournesol, et son tuyau de gaz n'était pas sécurisé du tout. Ca a été un grand choc pour nous d'apprendre son décès. Je me souviens encore de son enterrement à Pont-de-Briques. Lui et puis Jean Jarett, qui était fantaisiste sur scène et entrepreneur des pompes funèbres le jour mais n'était jamais sérieux, même dans la vie. Je ne sais pas comment il faisait pendant les enterrements.
Et puis les clowns Gilmano et Vincetti, Jeany Stander, la présentatrice de tous ces spectacles, Nellos, agent de police hors de la scène, Emile Lamour, (nom de scène Gilbert Elmy) le ténor chéri de ces dames, André Culié, et par là-dessus, jamais bien loin, les frères ennemis du journalisme, Robert Lassus (Nord-Littoral) et Robert Chaussoy (dit File-Vite) pour la Voix du Nord. Et Ch'guss, et André Bal (devenu ensuite Tit Louis d'Peuplingues) qui jouait de la scie musicale, et ne manquait jamais de cracher dans un grand mouchoir à carreaux avant d'entrer en scène pour présenter les spectacles.
Et Serge Davri, comique complètement déjanté, qui venait souvent chez nous aussi. Lui, c'était quelque chose aussi. Quand il chantait je suis le maître à bord et se faisait sauter dans sa lessiveuse. Oh la la ! Il a répété ça souvent dans le jardin de notre maison. Ca déménageait !
Et Sacha Distel, grande vedette de l'époque, qui devait être un peu amoureux de maman (qui ne l'était pas ? Elle était si belle !) et qui la demandait toujours en première partie de ses spectacles. Après, il venait manger à la maison avant de rejoindre sa chambre au Meurice. Et j'était une petite fille très frustrée, parce que je ne pouvais pas le raconter à mes copines du lycée Sophie Berthelot ! Je l'avais fait une fois, et tout le monde s'était moqué de moi, personne ne m'avait cru. Et pourtant c'était vrai ! Sacha Distel était vraiment venu manger la veille au soir le civet de lièvre préparé par mon père. Que de souvenirs ! J'étais petite, puis adolescente, mais j'ai des images précises de tout ça, car c'étaient aussi des amis que mes parents recevaient volontiers chez eux .
Des enregistrements disparus
Ma mère a fait un disque dans les années 61-62. Il y avait 4 titres dessus (dont Ne me quitte pas, Chanson vagabonde, L'homme à la moto). La distribution de ce disque a été bloquée par Edith Piaf, qui ne faisait pas de cadeau à celles qui menaçaient de lui faire de l'ombre. Le disque n'a jamais dépassé le stade de la maquette, il n'y a même pas eu de pochette éditée. Ceci est véridique : Piaf faisait acheter les reportages réalisés sur ma mère afin qu'ils ne paraissent pas. Je me souviens de reporters de Paris-Match qui avaient passé plusieurs jours à Calais pour suivre la famille de Lietta Freckal au quotidien. Ils étaient venus à la maison, bien sûr, mais aussi à son travail, au Central Téléphonique, Boulevard Gambetta. Cet article, et beaucoup d'autres, n’ont jamais paru. J'étais petite, parce que j'avais perdu mes incisives devant, et ils m'avaient photographiée riant aux éclats, ça doit dater de 1955-1957. Elle a également fait une émission pour la télévision régionale en 1963 ou 1964. Elle y jouait le rôle d'une chanteuse de cabaret assassinée, dont un inspecteur de police tentait de trouver le meurtrier. Bien entendu, l’émission était émaillée de nombreux flash-back au cours desquels elle chantait, entre autres chansons, La Mama.
Quant aux bandes-son de concert, il n'y en a jamais eu, ma mère refusait qu'on l'enregistre. Si, peut-être une seule : une bande a été enregistrée lors d'une fête du 1er Mai au Parc Municipal de Calais. Je m'en souviens, parce que Robert Damien, batteur de l'orchestre Blue Melody, avait joué ce jour-là et il avait été tué le lendemain en démontant le podium. Il était électricien à la ville de Calais et c'était le cousin germain de maman, qui avait été élevée avec lui et qui avait été très choquée de cet accident. Je crois que c'était en 1958-1959. Une bande magnétique avait été réalisée, et mes parents en avaient eu une copie. J'ignore qui a conservé les autres copies et l'original.
Pas tout à fait disparus, sur FB j'ai trouvé cette coupure de presse publiée dans Nord Matin, qui nous apprend qu'un enregistrement du gala du Bac du 1er mars 1959, avec 8 chansons interprétées par Lietta. Un autre enregistrement vidéo cette fois, l'émission BBC Crosses the Channel en août 1950, ont été retrouvés.
Nord Matin, 7/10/2017
Voici cette vidéo unique, où l'on entend enfin la superbe interprétation par Lietta des deux chansons de Michel Emer, Bal dans ma rue et De l'autre côté de la rue. Merci à Martine Deguines pour l'envoi et à Annie Culié pour la découverte.