mise à jour le 6/1/2022 : ajout d'un article de magazine
mise à jour le 18/12/2022 : ajout d'une photo de J-P Leloir
" Pour des raisons particulières et d'autres, faciles à imaginer, qu'il serait trop long de commenter, le jeune Julien Bouquet, en 1943, décidé de fuir l'oppresseur, passa par l'Italie et se réfugia en Algérie. Il était le plus jeune évadé de France. Il avait douze ans !
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Il était déjà attiré par les voyages !… Pourtant, par la suite, ses parents étant dans le commerce de la boucherie, voulurent lui faire visiter la clientèle…
— Mais ça ne me plaisait guère, dit-il. Depuis toujours, je ne pensais qu'à la chanson ou à une profession de ce genre. A l'école, j'étais bon en français et je faisais des vers, des poèmes… enfin, comme on en fait à quinze ans…
— Etiez-vous à Paris, à cette époque là ?
— Non. je suis né à Dunkerque — la Marseille du Nord— il y a trente deux ans, un 22 novembre. Le nom de ma famille [Bouchiquet] est originaire des Flandres ; à la suite d'une élision, j'en ai fait Bouquet. C'est plus joli, non ?…
Installé dans la capitale depuis la fin de la guerre, Julien Bouquet y termina ses études et pensa "qu'il serait chouette" d'écrire des chansons. Au début, on écrit des poèmes et puis l'on essaie de mettre de la musique dessus… et un beau jour, on y arrive. Parfois, c'est le contraire : une musique influence et inspire des paroles.
— Au fil des poèmes, explique-t-il, la musique est venue… mais, pour savoir si mes chansons étaient valables, il y avait une solution : c'était d'aller les montrer à des vedettes, comme Montand, Piaf, etc. Mais j'ai commencé par Patachou. Elle m'a dit : "Ce que vous faites n'est peut-être pas tout à fait pour moi, mais vous devriez vous essayer sur le public".
On sait la gentillesse de Patachou, Julien Bouquet, ainsi encouragé, n'hésita pas. C'était en 1952… il débuta par Jo de Saint-Malo, Il a neigé sur Hawaï et d'autres chansons…
— A cette époque, pensiez-vous faire une carrière d'auteur ou d'interprète ?
— A vrai dire, j'aurais bien aimé écrire seulement des chansons, mais il me fallait une grande production, être constamment sur la brèche, contacter des gens qui vous reçoivent ou ne vous reçoivent pas… et il n'y avait pas de raison non plus pour que je ne chante pas. Cela me faisait un interprète de plus ! C'était très mauvais, j'étais gauche, maladroit, mal habillé, je n'avais pas de jeu de scène, je ne savais pas me servir d'un micro… Mais, chez Patachou, c'est une piste d'essai redoutable. J'ai dû certains soirs, chanter devant trois Français et quarante-cinq Danois. Dans l'ensemble, j'ai senti que j'étais fait pour ce métier, mais qu'il me faudrait beaucoup travailler. Et Patachou m'y a encouragé.
Il continua donc et, un jour, deuxième étape de son ascension, il eut l'occasion de faire un disque qui, selon son propre aveu, ne marcha pas très fort (chez Barclay : Quand on s'est mariés, Fredo) par manque de métier et ignorance.
Il revit donc le problème et pensa :
— Je ne suis peut-être pas fait pour être interprète ; je vais donc continuer à écrire des chansons qui, elles, ont l'air de plaire. Puis j'irai les montrer à différents artistes… Félix Marten, Edith Piaf… Avec Piaf ce fut la troisième étape, la plus sérieuse. Là, c'était vraiment l'école. Avec Edith Piaf, c'est surtout le travail et la camaraderie. Mais surtout beaucoup de boulot, tant sur le plan écriture que sur le plan mélodique et celui de la mise en scène et de l'interprétation. Piaf m'a pris quelques chansons dont Je sais comment, Je suis à toi et, récemment, Tiens v'là un marin.
Julien Bouquet continue, à école d'Edith Piaf, d'apprendre le métier et, un jour, a la chance de rencontrer le directeur artistique des disques Président qui lui dit : "Nous allons faire un essai, sans lésiner avec tout ce qu'il faut pour la musique et derrière". Sortit alors un nouveau disque comprenant : Tiens, v'là un marin, La nuit, le jour l'amour, Au pays des merveilles (qui remporta cette le prix de la Rose d'Or) Lettre d'Espagne, Le tango, c'est ça, Le soleil de mon amour, Le rancard, Barcelone.
Il en est là. Il vient de terminer au [cabaret le] "Zèbre à carreaux" pour reprendre à la rentrée. En attendant, il part faire des galas sur la Côte, pour la saison d'été. […]
Indépendamment de cette escapade méridionale qui le mena jusqu'en Afrique du Nord, Julien Bouquet a réalisé son rêve de voyage :
— Dakar, Abidjan, Casablanca, Marrakech et une croisière sur un bateau [le paquebot Ancerville] (toujours en chantant) avec escale dans toutes les capitales nordiques. Enfin, Beyrouth, pour le festival, où j'ai gagné le prix de la chanson française, ex-æquo avec Albert Santoni. […]"
Georges LANGE, Intimité d'octobre 1963
ses amis Georges Brassens et Charles Aznavour photo Jean-Pierre Leloir La chanson française des origines à nos jours, P. Saka
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Au verso de son premier disque, on trouve une autre version de sa biographie :
"Julien Bouquet naquit à Dunkerque, le 22 novembre 1930, d'un père chef cuisinier à bord de bateau. A l'âge de 13 ans, en 1943, pour des raisons personnelles résultant de l'occupation, il s'enfuit de chez lui, traverse la France à pieds ou par d'autres moyens de fortune ; il atterrit en Afrique du Nord, plus précisément à Constantine. Là, on le met à l'école.
En 1945, il rentre en France et vient s'installer avec ses parents qui exercent un commerce de tissus à Nogent. Il retourne à l'école, au collège Saint Nicolas. A 19 ans et demi, il se marie. Ses parents et ses beaux parents montent alors une grosse boucherie industrielle et la part qui lui est réservée dans l'affaire consiste à recherche la clientèle. Il commence à écrire des chansons en 1953, sans avoir été spécialement conseillé, mais simplement parce qu'il aime les chansons. Il a toujours eu une grande admiration pour Yves Montant et Charles Trenet. Il ne sait absolument pas jouer du piano et il compose au gré de sa fantaisie. la nuit à bord de son camion douze tonnes, il livre la viande à la clientèle et c'est à ce moment-là qu'il écrit la plupart de ses chansons.
Jacques Hélian lui prend un jour l'une d'entre elles, Le bon Dieu, Détail pittoresque de l'exploitation de cette chanson : un jour, Jacques Hélian, jouant à une fête organisée par un grand quotidien, exécuta la chanson de Julien Bouquet pendant que de l'autre côté de la salle Julien Bouquet livrait la viande destinée aux casse-croûte. Comme le dit Julien : "Je fournissais les chansons et la nourriture". […]"
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Un témoignage sur sa relation… professionnelle bien entendu, avec Edit Piaf :
« […] Le 20 août, Piaf remonte à Annecy avec sa troupe — Germaine Ricord, Julien Bouquet et Michel Rivgauche qui assurent la première partie. […] Parce qu'elle a mis à son répertoire et enregistré, le 4 septembre 1958, Je sais comment, écrit et composé par Julien Bouquet, qui va devenir un de ses grand succès, Edith semble extrêmement proche de ce jeune auteur-compositeur de 29 ans qui faisait partie de sa tournée d'été. Elle dément toute liaison amoureuse avec Bouquet, de son vrai nom Bouchiquet, qui a également écrit pour Piaf Je suis à toi et lui donnera Tiens, v'là un marin. Mais peut-on la croire sur parole alors qu'il a été le seul admis, quatre jours durant, dans sa chambre de l'hôpital américain où il lui offrait des brassées de fleurs des champs. Bouquet n'est en tout cas plus au programme de la nouvelle tournée qui débute le 20 novembre à Melun. […] »
Piaf, un mythe français, Robert Belleret, 2013
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Il a neigé sur Hawaï par Julien Bouquet
Après ces quatre disques 45 tours, le label Président publie en 1963, un 33 tours 25 cm : Julien Bouquet chante Julien Bouquet, qui contient huit titres, Julien est accompagné par Teddy Moore et son orchestre. Ce sera son dernier disque, la vague yéyé y est sans doute pour quelque chose. Julien continue d'écrire des chansons pour les vedettes de l'époque : Mireille Mathieu, Georgette Lemaire, Félix Marten, Gloria Lasso, Mouloudji,Les Ménestrels, Régine, Simone Langlois, Verlor et Davril et même Fernand Raynaud. J'ai contacté sa famille pour connaître la suite de sa carrière, mais je n'ai pas eu de réponse. Sa dernière création, il la compose pour sa ville natale, en 1980, le 40e anniversaire de l'opération Dynamo, c'est Nellie Laurence qui l'enregistre pour les disques Déesse de Michel Célie.
Il meurt à Le Perreux sur Marne, le 23 décembre 1988.
Deux artistes de cirque et de music-hall, dont les pseudonymes n'ont pas facilité la recherche.
Réfala, ou parfois écrit Ré-Fa-La, m'a d'abord intéressé par sa présence au Casino de Malo les Bains mi juillet 1909. Le MUCEM conserve trois cartes postales de Réfala et Cœcilia, dont une (ci-contre) porte au verso cette correspondance : Pargan [sic] 5-7-09 Madame Rubini / Nous partons à l'instant même pour aller passer / une dizaine de jours à Malo les Bains en même temps / faire un petit engagement au casino. / Je vous serais reconnaissant de bien vouloir m'écrire à l'adresse ci-dessous, si vous avez une communication / à me faire / dans l'attente, agréer, Madame / nos cordials [sic] sentiments / Refala / Poste restante / Malo-les-Bains
De longues recherches n'ont jamais abouti pour découvrir sa véritable identité. Un article du Grand Echo du Nord, en 1912 lors de son passage au Cirque Palisse, nous indique qu'il est Lillois d'origine, ancien mécanicien il a eu un soudain intérêt pour la scène en voyant un clown musicien jouer sur "des instruments bizarres". Rien de plus n'a filtré des très nombreuses mentions relevées dans la presse de ses 40 années d'activité. J'ai été contacté il y a 7 ans par une généalogiste qui faisait les mêmes recherches que moi, Mme Sylvie Lebœuf de Mons en Barœul. Elle aussi butait sur ce musicien qui était apparenté à sa famille mais dont il ne restait que le souvenir et le pseudonyme transmis de génération en génération. Lors de ce contact elle fait mention d'un frère ou un cousin de Réfala, également artiste sous le pseudo de Bibobi. Je n'avais pas accroché à cette info, occupé par d'autres recherches prioritaires.
Mais récemment, je retrouve dans mes mails ce pseudonyme Bibobi, plus souvent écrit Bi-Bo-Bi, artiste excentrique, clown musical. Les recherches sont aussi difficiles qu'avec Réfala, des centaines de référence dans la presse, mais aucune info permettant de l'identifier. Seule une mention précise qu'il serait Lillois, également, surnommé le Siffleur de Saint Sauveur. Après quelques heures de recherches, je suis enfin tombé sur une page qui m'a donné quelques clefs pour démarrer.
Réfala : c'est Eugène Dominique DESCHEEMAECKER, né à Gand le 9 mai 1877, fils cadet d'Emile, menuisier modeleur et Adélaïde DE WEVER. Il épouse Fernande LAPIERRE, à Schaerbeek en 1906. Elle est née à Laeken en 1889, fille de Louis et Philippine DE VLEESHOUWER. On peut suivre la trace de Réfala dans la presse, avec sa partenaire (et épouse ?) Cœcilia jusqu'en 1912, puis seul jusqu'en 1940 où il se produit à Gand au cinéma l'Oude Belgie. Je n'ai pas trouvé la date de son décès.
Bibobi : c'est Emile Liévin DESCHEEMAECKER, né à Lille 60 rue Fontenoy, le 26 février 1871, fils aîné d'Emile et Adélaïde. Comme les minstrels des Etats Unis, c'est maquillé en "nègre" qu'il se produit dans les café-concert et les cirques, la première mention relevée est en 1894 à Angoulême, à l'Alhambra Concert : "nègre burlesque dans ses excentricités musicales". En 1903 le journal de Troyes nous donne une description intéressante du musicien : "Cirque Ducos Loyal, le nègre Bi-Bo-Bi, que le programme désigne sous le titre de burlesque musical. Pourquoi burlesque ? Parce que Bi-Bo-Bi - qui n’est pas plus nègre que vous et moi - porte un costume excentrique, parce qu’il adapte à ses paupières un truc qui fait qu’il parait avoir un œil rouge et l’autre vert ; parce qu’il s’asseoit sur le dossier d’une chaise pour jouer délicieusement de délicieux morceaux ; parce qu’il agrémente ses remarquables auditions de réflexion humoristiques ; enfin parce qu’il a beaucoup de verve et de fantaisie dans ses blagues et dans ses gestes. En réalité Bi-Bo-Bi joue avec infiniment de goût, sur son violon en forme de pipe et qui n’a qu’une corde, avec ses clochettes, avec ses écrans de grelots, les plus beaux airs d’opéra et cela avec une grande virtuosité. C’est pourquoi l’on rit très peu de ses plaisanteries et que chacun écoute avec plaisir ses remarquables auditions, et c’est pourquoi que cet excellent numéro reste au programme du cirque Ducos-Loyal." On suit sa trace jusqu'en 1927 au Casino de Lille. Il serait mort à Londres en avril de l'année suivante, il est inhumé au Streatham Park Cemetery Variety Artistes Memorial.
Sa vie amoureuse est mouvementée : vers 1889 il a une relation avec Olympe BARTHELET qui lui donne deux enfants : Emile Julien (1889-1939) et Amélie née en 1892. Premier mariage en 1894 à Namur avec Héloïse LOUIS, artiste lyrique née à Paris en 1860, décédée entre 1930 et 1939. En 1906 il a une fille (Paulette), non reconnue, avec Marguerite PALLUY (artiste lyrique). Vers 1908 il épouse (?) Martha STRANDERS (trapéziste) dont il a un fils, Emile Albert (Londres 1917 - Auckland 1993), qui garde le pseudonyme de son père comme patronyme et fait une carrière de guitariste professionnel réputé (voir sa nécrologie au bas de cette page).