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jeudi 2 juillet 2026

Raymond Lamote, 1927-1987

Raymond et Jeannine Lamote
 avec une partie de la chorale Allegro

Il suffit d'une vidéo diffusée sur un réseau social et une bonne interprétation qui donne envie de faire mieux connaitre ce compositeur discret.
 
Impromptu (1964) joué en 2012
 
« Après avoir obtenu un [1er] prix de violon au conservatoire de Lille [en 1946], il décrocha une licence d’harmonie au conservatoire César Franck de Paris. Ses études terminées il effectua son service militaire au Maroc, ce qui lui permit de faire partie de l'orchestre de Radio-Maroc. Raymond Lamote s'installa à Coudekerque-Branche au 35 de la rue Gustave Delory. De nombreuses associations artistiques de la région dunkerquoise l’ont connu comme directeur : l’école de musique de St-Pol-sur-Mer (1949 à 1973), l’école de musique et l’harmonie municipale de Coudekerque-Branche. Il dirigea également plusieurs chorales : La Jeune France (depuis juillet 1960), La Cécilia (depuis janvier 1974) et le groupe Allegro (depuis 1980).
Enseignant de profession, il a transmis son savoir musical aux élèves du collège Robespierre de St-Pol-sur-Mer (où il fonda une chorale), mais aussi à l’école de musique d’Hazebrouck et de Dunkerque. En 1983, il reçut de M. André Delattre, maire de sa commune, la Croix de chevalier des Palmes Académiques. Le Coudekerquois ne s’est pas distingué uniquement par ses qualités pédagogiques. Il était en effet un compositeur de talent. Lauréat à plusieurs reprises de l’Académie des Arts d’Arras, il a été mis à l’honneur par les Rosati des Flandres.
De nombreuses marques d’honneur lui sont attribuées, dont la médaille d’argent de composition musicale de l’académie internationale de Lutèce. Ce concours, ayant eu lieu en 1978, représentait 40 nations. C’était la première fois qu’un Nordiste accédait à un tel niveau et obtenait un tel résultat. Une de ses compositions, Chant Lyrique [pour saxophone], a figuré au programme d’examens de conservatoires nationaux et étrangers et a été retenue en 1983 pour une tournée de récital à Dallas. L’année suivante, son œuvre Caprice Op. 34, pour saxo alto et piano, est inscrite au programme des épreuves du concours de musique de la ville de Paris.
Son épouse Jeannine née Casteur, elle-même musicienne, fut organiste à l’église Sainte-Germaine de Coudekerque-Branche. Raymond Lamote quitta sa commune pour s’installer à Warhem. Il y est décédé le 5 janvier 1987.
»
Christine Proust, 1997
extrait du Dictionnaire des Coudekerquois remarquables
 
Né à Rosendael dans une famille flamande originaire de Bergues/Quaedypre, Raymond est le fils d'Auguste, tourneur mais également accordéoniste réputé, et d'Hélène Saint Maxin, cabaretière. Il a un frère, Abel (1920-1999), aussi musicien, accordéoniste, qui enseignera son instrument à Saint Pol sur Mer et y formera des dizaines d'instrumentistes qui essaimeront autour de Dunkerque. Son épouse Jeannine Lamote-Casteur , née à Dunkerque en 1930, est décédée en 2007.
 
la partition est ICI 
 
Œuvres connues : 1er nocturne pour piano, productions musicales Raymond Lamote, 35 bis rue Gustave Delory, Coudekerque-Branche (1966). Ballade pour piano et orchestre de chambre, prix Durieu-Despeyrous, à Mâcon (1975). Barcarolle, pour piano, à M. Jules Semler-Collery, président de Confédération musicale de France, Paris, M. Combre (1975). Bolero dans la nuit (1958). Caprice op. 34, pour saxophone et piano, Paris, Billaudot (1983). Ceremonial march, pour piano. Chant lyrique, pour saxophone et piano, édit. Billaudot (1983). Costa de oro, tango, productions musicales R Lamotte. Deuxième ballade (1962). Divertissement, pièce dans le style viennois, Macon, R. Martin (1979). Disco Tango, paroles Janine Dewitte, musique Robert Bremme, Raymond Lamote. Doux propos, pour piano. Evasion, tango, productions musicales R. Lamotte. Impromtu, pour piano (1964). Inspiration, bolero (1958). Lido, valse, productions musicales R. Lamotte. Marche des Enfants de Jean Bart, paroles Claudine Ryka et Robert Djenny, musique de Raymond Lamote (1971). Marche de l’Union Départementale. La marche de Coudekerque-Branche, pour harmonie, manuscrit (1978). Marche de fête (1961). Marche triomphale (1961). Moderato cantabile, pour piano. Souvenirs viennois, valse, productions musicales R. Lamotte. Turlupine, paroles Janine Dewitte, musique Robert Bremme & Raymond Lamote. Vent du Nord, paroles Janine Dewitte, musique Robert Bremme & Raymond Lamote.
 
collection personnelle

 En prime une archive rare : Raymond Declerck [
voir ICI] chante deux chansons flamandes : Alle die willen nar Island gaen et Cécilia, accompagné au piano par Raymond Lamote. Mon père faisait partie de la chorale Allegro, ils ont probablement travaillé ces chansons pour les inclure dans un concert de la chorale.
télécharger ICI

dimanche 21 juin 2026

Une création à Bourbourg

 Un coup de téléphone, un matin tôt, Christophe Plovier me signale la présence, sur les étals d'une brocante de quartier, de plusieurs partitions manuscrites de Jules Semler-Collery et… me demande si je connais Maxime Dumoulin, parce qu'il y a aussi des partitions de ce compositeur. Je saute immédiatement sur mon vélo, heureusement le vide grenier est à deux pas, parking du Méridien à Malo les Bains.
 
Je m'attendais à trouver des copies, faites par un musicien, d'œuvres de Semler-Collery, mais j'ai la surprise de découvrir tout un lot de partitions autographes du compositeur dunkerquois domicilié à Bourbourg : un petit trésor. En rentrant j'examine ce lot, et je découvre qu'il s'agit d'œuvres inédites (Avril, mélodie, chant et piano, sur une poésie de Léon Delambre ; La Vierge à la crèche, poésie d'Alphonse Daudet, Hymne à la nature, pour quatuor à cordes), certaines à l'état d'ébauche, d'autres sans titre. L'une, intitulée Trois pièces sur un même thème : A Caprice, B Songerie, C Fougue, a été déposée à la SACEM en 1936.
 

 
Mais la grosse surprise vient des partitions de M. Dumoulin. Il y a quelques partitions imprimées, plus un ensemble de partitions manuscrites autographe pour un petit orchestre : un quatuor à cordes + une clarinette, un saxophone et un harmonium, avec le conducteur d'orchestre et une partition pour piano, le tout pour une œuvre intitulée Chant de la Nativité. Déjà, j'ai l'impression que c'est autre petit trésor. Mais le meilleur est inséré dans les partitions, je découvre plusieurs lettres de la main de Maxime Dumoulin, qui détaille la genèse de cette œuvre et je finis par comprendre qu'elle a été composée spécialement pour un concert de Noël dans l'église de Bourbourg, suite à une demande du destinataire du courrier. Heureusement une enveloppe a été conservée, celle du dernier courrier, adressée à Monsieur René Decroo, 12 rue de Saint Omer à Bourbourg, elle a été postée le 25 août 1956 par Dumoulin, 5 rue Jeanne d'Arc à Châtellerault.
 

Un ensemble de courriers  
Lettre sans date, probablement été 1954 : "Je ne possède dans mes œuvres rien qui je crois, pourrait convenir à ce que vous me demandez. Mon intention est donc de composer pour votre ensemble musical, une pièce musicale, une pièce pour violons, violoncelle, clarinette et harmonium. Je commencerai le travail lundi prochain et pour le 15 octobre vous le recevrez. Je pense que entre cette date et la messe de Noël, vous aurez le temps de l'apprendre […]"
 
Lettre suivante : "Je viens de terminer la réduction au piano du morceaux qui vous est destiné. Vous savez peut-être que lorsque l'on compose pour orchestre, grand ou petit, on commence par composer l'œuvre pour piano, puis on l'orchestre. Cette première partie du travail est terminée. Cette pièce durera 3 minutes 30 secondes. Est-ce trop long ? Dans votre première lettre, que je n'ai pas sur moi (je vous écris d'un bistrot) Il me semble me rappeler que vous disposiez aussi d'un saxophone, pourrais-je, dans mon orchestration, l'utiliser ? Votre clarinettiste joue-t-il juste ? Ce que j'ai composé à votre intention ne comporte que des notes lentes, néanmoins, ce sera peut-être un peu difficile à cause de l'harmonisation assez complexe. L'église dans laquelle vous comptez exécuter mon œuvre possède-t-elle un orgue, ou seulement un harmonium ? Cet harmonium est-il faible ou puissant ?"
 
Petit mot à part : "Chers interprètes. Le chant de la Nativité doit vous donner bien du mal. Je sais que la musique que je compose est difficile. Je n'ai pas la prétention d'être un bourreau des cœurs, mais je crains d'être le bourreau des instrumentistes. Je vous suis très reconnaissant pour la peine que vous donnez en ma faveur. Combien je regrette de ne pouvoir vous entendre ! Je suis sûr que votre interprétation sera brillante. Encore merci, mes cher amis inconnus, et croyez à ma bien sincère sympathie"
 
Lettre suivante non datée, probablement janvier 1955 : "Veuillez agréer tous mes vifs remerciements pour votre exécution du Chant de la Nativité et pour l'article élogieux paru dans le journal local. Mon œuvre vous a donné certainement du mal. Toute musique moderne est difficile, non que les notes soient plus rapides, mais simplement, parce que des sonorités différentes de celles du passé, donnent un surcroit de travail aux instrumentistes. Ces mêmes sonorités, passés quelques lustres, deviennent habituelles et par conséquent plus facilement exécutables. […]"
 
 Le Nouveau Nord
collection C.M.U.A.
 
La lettre de 1956 est d'ordre privé. 
René Decroo n'a pas laissé d'autres traces. Il n'est pas mentionné dans l'article du Nouveau Nord, peut-être était-il un des musiciens de ce petit ensemble ? Il est né à Bourbourg en 1918, fils de Jules, sellier, et Julie Couster. Il était clerc de notaire chez Me Bernaert. Il est mort, célibataire, à Dunkerque en 1987. C'est très certainement par le milieu flamingant que R. Decroo a pris contact avec Max Dumoulin, celui-ci lui demande dans sa troisième lettre si la langue flamande se perd en Flandre, et si l'activité "de notre ami l'abbé Gantois" trouve un écho à Bourbourg. On connait l'attachement à la Flandre, et au mouvement flamand de Maxime Dumoulin, qui est bien détaillé dans le livre de Robert Guilloux paru en 2007. On sait que les archives musicales de Dumoulin ont été déposées par lui aux archives de la Vienne, je ne sais pas si elles comprennent sa correspondance.
Dans son livre, R. Guilloux nous décrit cette Onzième suite pour piano "qui évoque sa ville natale et des souvenirs d'enfance […] La Suite s'achève avec Chant de la Nativité. La composition de cette pièce est antérieure de quelques années au reste de la suite. Conçue pour piano, puis transcrite pour une formation orchestrale réduite, elle fut exécutée peu après sous le nom de Kerstzang [?] à l'église de Bourbourg au cours d'une messe de Noël. […] C'est une prière empreinte de gravité et de recueillement ; le ton évoque celui d'un choral pour orgue, puis devient plus pressant. Voici  le sens de cette prière, indiquée par le compositeur lui-même : '' Que le Messie rende à Lille beauté, gloire, tours altières projetées vers le ciel et splendeurs de la vitalité flamande". 
 
Christian Declerck
21 juin 2026
 
Un immense merci à Christophe Plovier pour sa réactivité 
un autre article sur Maxime Dumoulin ICI 
 
 
 
 
 
 
 

mardi 14 avril 2026

Julien Bouquet, les débuts

page publiée le 10/12/2017
mise à jour le 6/1/2022 : ajout d'un article de magazine
mise à jour le 18/12/2022 : ajout d'une photo de J-P Leloir
mise à jour le 14/4/2026 : ajout infos sur Renée GILBERT + une vidéo

"Pour des raisons particulières et d'autres, faciles à imaginer, qu'il serait trop long de commenter, le jeune Julien Bouquet, en 1943, décidé de fuir l'oppresseur, passa par l'Italie et se réfugia en Algérie. Il était le plus jeune évadé de France. Il avait douze ans !


toutes les illustrations
collection personnelle


  Il était déjà attiré par les voyages !… Pourtant, par la suite, ses parents étant dans le commerce de la boucherie, voulurent lui faire visiter la clientèle…
— Mais ça ne me plaisait guère, dit-il. Depuis toujours, je ne pensais qu'à la chanson ou à une profession de ce genre. A l'école, j'étais bon en français et je faisais des vers, des poèmes… enfin, comme on en fait à quinze ans…
— Etiez-vous à Paris, à cette époque là ?
— Non. je suis né à Dunkerque — la Marseille du Nord— il y a trente deux ans, un 22 novembre. Le nom de ma famille [Bouchiquet] est originaire des Flandres ; à la suite d'une élision, j'en ai fait Bouquet. C'est plus joli, non ?…
  Installé dans la capitale depuis la fin de la guerre, Julien Bouquet y termina ses études et pensa "qu'il serait chouette" d'écrire des chansons. Au début, on écrit des poèmes et puis l'on essaie de mettre de la musique dessus… et un beau jour, on y arrive. Parfois, c'est le contraire : une musique influence et inspire des paroles.

— Au fil des poèmes, explique-t-il, la musique est venue… mais, pour savoir si mes chansons étaient valables, il y avait une solution : c'était d'aller les montrer à des vedettes, comme Montand, Piaf, etc. Mais j'ai commencé par Patachou. Elle m'a dit : "Ce que vous faites n'est peut-être pas tout à fait pour moi, mais vous devriez vous essayer sur le public".
On sait la gentillesse de Patachou, Julien Bouquet, ainsi encouragé, n'hésita pas. C'était en 1952… il débuta par Jo de Saint-Malo, Il a neigé sur Hawaï et d'autres chansons…
— A cette époque, pensiez-vous faire une carrière d'auteur ou d'interprète ?
— A vrai dire, j'aurais bien aimé écrire seulement des chansons, mais il me fallait une grande production, être constamment sur la brèche, contacter des gens qui vous reçoivent ou ne vous reçoivent pas… et il n'y avait pas de raison non plus pour que je ne chante pas. Cela me faisait un interprète de plus ! C'était très mauvais, j'étais gauche, maladroit, mal habillé, je n'avais pas de jeu de scène, je ne savais pas me servir d'un micro… Mais, chez Patachou, c'est une piste d'essai redoutable. J'ai dû certains soirs, chanter devant trois Français et quarante-cinq Danois. Dans l'ensemble, j'ai senti que j'étais fait pour ce métier, mais qu'il me faudrait beaucoup travailler. Et Patachou m'y a encouragé.
  Il continua donc et, un jour, deuxième étape de son ascension, il eut l'occasion de faire un disque qui, selon son propre aveu, ne marcha pas très fort (chez Barclay : Quand on s'est mariés, Fredo) par manque de métier et ignorance. 
Il revit donc le problème et pensa :
— Je ne suis peut-être pas fait pour être interprète ; je vais donc continuer à écrire des chansons qui, elles, ont l'air de plaire. Puis j'irai les montrer à différents artistes… Félix Marten, Edith Piaf… Avec Piaf ce fut la troisième étape, la plus sérieuse. Là, c'était vraiment l'école. Avec Edith Piaf, c'est surtout le travail et la camaraderie. Mais surtout beaucoup de boulot, tant sur le plan écriture que sur le plan mélodique et celui de la mise en scène et de l'interprétation. Piaf m'a pris quelques chansons dont Je sais comment, Je suis à toi et, récemment, Tiens v'là un marin.
  Julien Bouquet continue, à école d'Edith Piaf, d'apprendre le métier et, un jour, a la chance de rencontrer le directeur artistique des disques Président qui lui dit : "Nous allons faire un essai, sans lésiner avec tout ce qu'il faut pour la musique et derrière". Sortit alors un nouveau disque comprenant : Tiens, v'là un marin, La nuit, le jour l'amour, Au pays des merveilles (qui remporta cette le prix de la Rose d'Or) Lettre d'Espagne, Le tango, c'est ça, Le soleil de mon amour, Le rancard, Barcelone.
Il en est là. Il vient de terminer au [cabaret le] "Zèbre à carreaux" pour reprendre à la rentrée. En attendant, il part faire des galas sur la Côte, pour la saison d'été. […]
Indépendamment de cette escapade méridionale qui le mena jusqu'en Afrique du Nord, Julien Bouquet a réalisé son rêve de voyage :
— Dakar, Abidjan, Casablanca, Marrakech et une croisière sur un bateau [le paquebot Ancerville] (toujours en chantant) avec escale dans toutes les capitales nordiques. Enfin, Beyrouth, pour le festival, où j'ai gagné le prix de la chanson française, ex-æquo avec Albert Santoni. […]"
Georges LANGE,  Intimité d'octobre 1963
illustration extraite de la revue Music-Hall n°18 (1956) 




ses amis Georges Brassens et Charles Aznavour
photo Jean-Pierre Leloir
La chanson française des origines à nos jours, P. Saka

*****



Au verso de son premier disque, on trouve une autre version de sa biographie :
"Julien Bouquet naquit à Dunkerque, le 22 novembre 1930, d'un père chef cuisinier à bord de bateau. A l'âge de 13 ans, en 1943, pour des raisons personnelles résultant de l'occupation, il s'enfuit de chez lui, traverse la France à pieds ou par d'autres moyens de fortune ; il atterrit en Afrique du Nord, plus précisément à Constantine. Là, on le met à l'école.
En 1945, il rentre en France et vient s'installer avec ses parents qui exercent un commerce de tissus à Nogent. Il retourne à l'école, au collège Saint Nicolas. A 19 ans et demi, il se marie. Ses parents et ses beaux parents montent alors une grosse boucherie industrielle et la part qui lui est réservée dans l'affaire consiste à recherche la clientèle. Il commence à écrire des chansons en 1953, sans avoir été spécialement conseillé, mais simplement parce qu'il aime les chansons. Il a toujours eu une grande admiration pour Yves Montant et Charles Trenet. Il ne sait absolument pas jouer du piano et il compose au gré de sa fantaisie. la nuit à bord de son camion douze tonnes, il livre la viande à la clientèle et c'est à ce moment-là qu'il écrit la plupart de ses chansons.
Jacques Hélian lui prend un jour l'une d'entre elles, Le bon Dieu, Détail pittoresque de l'exploitation de cette chanson : un jour, Jacques Hélian, jouant à une fête organisée par un grand quotidien, exécuta la chanson de Julien Bouquet pendant que de l'autre côté de la salle Julien Bouquet livrait la viande destinée aux casse-croûte. Comme le dit Julien : "Je fournissais les chansons et la nourriture". […]"


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collection personnelle



Un témoignage sur sa relation… professionnelle bien entendu, avec Edit Piaf :
« […] Le 20 août, Piaf remonte à Annecy avec sa troupe — Germaine Ricord, Julien Bouquet et Michel Rivgauche qui assurent la première partie. […] Parce qu'elle a mis à son répertoire et enregistré, le 4 septembre 1958, Je sais comment, écrit et composé par Julien Bouquet, qui va devenir un de ses grand succès, Edith semble extrêmement proche de ce jeune auteur-compositeur de 29 ans qui faisait partie de sa tournée d'été. Elle dément toute liaison amoureuse avec Bouquet, de son vrai nom Bouchiquet, qui a également écrit pour Piaf Je suis à toi et lui donnera Tiens, v'là un marin. Mais peut-on la croire sur parole alors qu'il a été le seul admis, quatre jours durant, dans sa chambre de l'hôpital américain où il lui offrait des brassées de fleurs des champs. Bouquet n'est en tout cas plus au programme de la nouvelle tournée qui débute le 20 novembre à Melun. […] »
Piaf, un mythe français, Robert Belleret, 2013



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Il a neigé sur Hawaï par Julien Bouquet


Après ces quatre disques 45 tours, le label Président publie en 1963, un 33 tours 25 cm : Julien Bouquet chante Julien Bouquet,  qui contient huit titres, Julien est accompagné par Teddy Moore et son orchestre. Ce sera son dernier disque, la vague yéyé y est sans doute pour quelque chose. Julien continue d'écrire des chansons pour les vedettes de l'époque : Mireille Mathieu, Georgette Lemaire, Félix Marten, Gloria Lasso, Mouloudji, Les Ménestrels, Régine, Simone Langlois, Verlor et Davril et même Fernand Raynaud. J'ai contacté sa famille pour connaître la suite de sa carrière, mais je n'ai pas eu de réponse. Sa dernière création, il la compose pour sa ville natale, en 1980 c'est le 40e anniversaire de l'opération Dynamo,  et c'est Nellie Laurence qui l'enregistre pour les disques Déesse de Michel Célie.


Dunkerque/Dunkirk par Nellie Laurence

Il épouse Giulia Canton à Champigny sur Marne en 1949, ils divorcent à une date qui ne m'est pas connue, ensuite il épouse Renée Gelburt à Paris en 1968. Je viens de découvrir que Renée est la chanteuse Renée GILBERT qui a enregistré quelques 45 tours entre 1958 et 1962. Il meurt à Le Perreux sur Marne, le 23 décembre 1988 et Renée en 2016 à Créteil.
 

 souvenir d'un voyage à Tokyo en 1967 :
 



les chansons de Julien Bouquet :

- Adieu été, Julien Bouquet/ Jean Lioret / P. Vetheuil (1957)
- Alors ne tarde pas, Julien Bouquet / Paul Mauriat, interprétée par Mireille Mathieu
- Amour et soleil, Paolo Ormi / Julien Bouquet (1965)
- Au café de la paix, Julien Bouchiquet / André Dauchy
- Au cœur de Paris, Alain Romans / J. Bouchiquet (1957)
- Au pays des merveilles, Julien Bouquet / Raymond Lefèvre (1963)
- Barcelone, Claude Vasori / Julien Bouquet (1963)
- Le bon Dieu, J. Bouquet / Jean Lioret (1954) interprétée par Guy Marly, Jacques Hélian, Verlor et Davril, Jean Louis Tristan
- Bonsoir Paris, bonsoir, Julien Bouquet / Camille Sauvage (1966) jouée par Yvette Horner
- Celui que, celui qui, Charles Olejniczak / Julien Bouchiquet
- Ciel gris, Julien Bouquet/ Jean Lioret / P. Vetheuil (1957)
- Cui cui les petits oiseaux, Jean Lioret / Bob Quibel / Julien Bouquet / J. Lioret) interprétée par Fernand Raynaud
- Demain, Jean-Loup Chauby / Julien Bouquet
- De par le monde, J. Bouquet / R. Valentino  (1969) interprétée par Laurence Alessandrini
- Dunkerque, Robert Guglielmi / Julien Bouchiquet (1980) interprétée par Nellie Laurence
- L'effet que tu m'fais, Julien Bouchiquet / Robert Chauvigny interprétée par Edith Piaf
- Et la polka, André Dauchy / Julien Bouchiquet (1957)
- Eux, J. Bouquet / J. Bouquet / R. Chauvigny (1958) interprétée par Vicky Autier, Félix Marten
- Ensemble (sometimes), Les reed / Barry Mason / adaptation : J. Bouquet (196?) interprétée par Mireille Mathieu
- Fredo, André Dauchy / Julien Bouchiquet (1956)
- Un garçon fredonne (Julien Bouquet - Jo Ricotta)  (1970) interprétée par les Trois Ménestrels
- Gare, Giuseppe Ricota / Julien Bouchiquet
- Goutte, Gérard Desantis / Julien Bouquet
- Hello, cow-boy ! Julien Bouquet / Jean Lioret / R. Gola (1957)
- Histoire de dés, Julien Bouquet, Alain Dauchy
- Il a neigé sur Hawaï, J. Bouquet / Jean Lioret (1956)
- Je sais comment (J. Bouchiquet - R. Chauvigny) (1959) interprétée par Simone Langlois, Edith Piaf
- Je suis à toi Robert Chavigny / J. Bouquet ( 1960) interprétée par Edith Piaf
- Je t’aime encore, J. Bouquet / A. Borly / J. Bouquet / Régine (1971) interprétée par Régine
- Jo de Saint Malo, Julien Bouquet / André Dauchy / Jean Lioret (1956)
- Jouez, Mariachis, J. Bouquet / Bernard Labadie (1961) interprétée par Gloria Lasso, Mouloudji
- La nuit, le jour et l'amour, Julien Bouquet / Bernard Labadie (1963)
- Lettre d'Espagne, Julien Bouquet (1963)
- L’oubli, Julien Bouquet (1958) interprétée par Gloria Lasso
- Mater, Julien Bouchiquet
- Où est le soleil, J. Bouquet / Les Reed (1971) interprétée par Tony Sandro
- Paille, Julien Bouquet, Alain Romans (1957)
- Personne, J. Bouquet / Bob Sellers (1964) interprétée par Jacques Roggero
- Quand on s'est marié, Julien Bouquet, Jean Lioret (1957)
- Rayon d’soleil, Jacques Lesage / Julien Bouchiquet
- Le Rencard, Julien Bouquet (1963)
- Le rondo à l’amour, Julien Bouquet / Bob Sellers (1973) interprétée par Georgette Lemaire
- Si c’était l’amour, Giuseppe Ricota / Julien Bouchiquet
- Le soleil de mon amour, Julien Bouquet (1963)
- Soirée de Gala, Julien Bouquet/ J. Lioret / P. Vetheuil (1957)
- Sur les quais, Julien Bouquet / Edith Piaf, interprétée par Renée Caron
- Le Tango c’est ça,  Julien Bouchiquet (1963)
- Le tango des musiciens, Julien Bouquet / Jean Lioret / Guy Motta
- Tiens v’là un marin (Julien Bouquet / André Borly) (1963) interprétée par Christina, Edith Piaf, les Trois Ménestrels, Sylvia Clément
- Trois guitares, Constantin Moussadis / Julien Bouchiquet
- Un drapeau flottait, André Dauchy / Julien Bouchiquet (1957)
- Un garçon Fredonne, Giuseppe Ricota / Julien Bouquet, interprétée par Les Ménestrels
- Valparaiso, Dany Revel / Julien Bouquet
- Y avait là, Robert Chauvigny / Jean Lioret / Julien Bouchiquet

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mercredi 25 mars 2026

Carl Van Berghe, compositeur dunkerquois

 Carl Van Berghe est un pseudonyme, non pas qu'il soit né à Bergues, mais bien à Dunkerque le 2 février 1826, au n°1 de la rue Nationale, sous le nom de Charles Constant ROSENQUEST, fils de Fidèle, directeur des Bains de Mer et du Casino de l'Estran (1er casino de Dunkerque) et de Marie  Louise Bibiane CHEMERY originaire de Haubourdin. En 1847 il épouse Anne VANCAUWENBERGHE dont il garde le début et la fin du patronyme pour faire son pseudonyme.
Anne est née à Dunkerque le 3 septembre 1827, fille de Joseph, armateur, et Anne-Marie SCHWERDORF.
Anne, femme de lettres, prend des pseudonymes masculin (Georges RENNER et René SOSTA) pour publier des romans mais garde son nom d'épouse pour écrire les paroles des chansons mises en musique par son mari, en modifiant seulement le prénom en Anna.
Charles est toujours domicilié à Dunkerque en 1853, 9 place du Théâtre. Il est transitaire en eaux de vie et vins. En 1857 il habite Lille où il publie à compte d'auteur sa première œuvre musicale, sur les paroles d'un(e) anonyme, probablement son épouse : Si j'étais petit oiseau. En 1860 il est à Paris, 18 rue Belzunce, à deux pas de la gare du Nord. Il crée une société en nom collectif avec un marchand de nouveautés pour homme : Jules Michel THIRIOT (1822-1889), société qui porte le nom de Thiriot et Cie. Il déménage plusieurs fois : 113 rue d'Italie (1864) il est gérant d'une brasserie, puis 9 rue de Paradis Poissonnière (1869), 13 rue des Martyrs (1872) et 27 boulevard Haussman en 1874 où il ouvre un commerce de tableaux et objets d'art : Les salons de M. Charles Rosenquest sont situés au n°27 du boulevard Haussmann. Ni péristyle, ni galerie d’entrée qui repose l’esprit des bruits du dehors. A deux pas, la vie parisienne et ses voix confuses, là, les toiles recueillies de quelques peintres d’élite. Son commerce fait faillite en 1875. Il semble que son épouse ouvre aussi une galerie, en 1880, A. Rosenquest est nommée au salon de Paris pour deux tableaux de Henri Duvieux. L'année suivante ce marchand de tableaux fait faillite également, il est alors domicilié 38 rue Lafitte. En 1895 il est mentionné compositeur de musique au 81 bis de la rue Blommet.
Il publiera plus de 230 partitions, principalement des chansons enfantines pour les pensionnats, mais aussi quelques musiques de danse : polka,  mazurka, valse. Il meurt en 1895 à Paris, son épouse meurt deux ans plus tard. Leur fille Anne Caroline Louise, née à Dunkerque en 1848, épouse à Paris en 1867 Aymar Dignat , éditeur de musique puis cofondateur du théâtre des Folies Bergère avec Léon Sari en 1871.
 
Christian Declerck
25 mars 2026 
 


écouter ICI
 
 
 
 

dimanche 7 décembre 2025

Pierre Alberty né à Arras en 1878

collection personnelle
  
Comment naissent et vivent les chansons 
Les Pantins ou Qui veut des pantins ?
paroles de Pierre Alberty, musique de Léojac
 
 
Qui veut des pantins,
En soie, en satin ?
Polichinelle en sabots,
Colombine et son ami Pierrot ?
 
Ce refrain à la fois lancinant et doux, obsédant et berceur, revient encore chanter dans nos mémoires. Cela a l'air d'une chanson faite pour endormir les enfants… En réalité, ce n'est pas tout à fait cela, et c'est cela un peu tout de même. Mais racontons, brièvement, et dans sa rigoureuse exactitude, l'histoire des Pantins, un gros succès du poète-chansonnier, Pierre Alberty, qui en compte à son actif un nombre prodigieux. 
L'exquis compositeur Léojac, qui mit au monde tant de prenantes mélodies populaires et qui fut prématurément ravi à l'affection de ses amis et à l'estime des foules enivrées de chansons, dit un jour à son ami Pierre Alberty : " Écoute, j'ai trouvé quelque chose qui me plait beaucoup. C'est d'un simplicité que je n'hésite pas à qualifier d'enfantine, et je verrais très bien sur ce thème mélodique une de ces chansons de nourrice que nos grands-mamans chantent pour endormir les marmots. Peux-tu me faire ça ?"
Léojac se mit alors au piano et joua à Alberty sa mélodie dont le refrain figurait assez bien une gamme descendante. Or, il se trouvait qu'en vertu d'on ne sait quel obscur et inexplicable phénomène psychologique, chaque fois que Léojac indiquait à son collaborateur un sujet propre à le satisfaire, Pierre Alberty traitait aussitôt un sujet différent ; ce qui n'empêchait pas, d'ailleurs, les deux complices d'épouser, par la suite, la même idée et de s'accorder à la trouver excellent et parfaitement appropriée à l'inspiration mélodique initiale ! Il en fut encore de même  cette fois
 
En quittant son collaborateur Léojac, Pierre Alberty cherchait un "départ" sur le refrain simplet, d'un charme doucement suranné, qui s'attardait dans sa mémoire, lorsque soudain, au détour d'un vieux faubourg populeux, il entendit monter vers lui le cri familier et mélancolique d'un vieux marchand de pantins ! "Qui veut des pantins ? on les vend dix sous !" Ce fut un trait de lumière ! Alberty, ravi, tenait son "départ", il fredonnait déjà : 
Qui veut des pantins ?
En soie, en satin,
Et le lendemain — la chanson terminée— les amis rendaient visite à un éditeur qui nullement emballé par cette œuvrette qu'il déclarait vraiment "trop petite" (petite musique, petites paroles !) la prit néanmoins, en ajoutant que "c'était pour leur faire plaisir !"
Or interprétée, avec un art remarquable, une rare puissance d'émotion par ces deux artistes de talent que son Georgel et Monty, cette "toute petite chanson" connut instantanément la plus grande vogue et fut, pendant plusieurs mois, sur toutes les lèvres.
A qui Pierre Alberty devait-il ce succès ? Au charme de la musique de Léojac, certes ; mais aussi à son collaborateur anonyme, le vieux marchand de pantins du faubourg dont la rencontre inopinées lui avait inspiré ce pittoresque et philosophique tableau de la misère humaine.
Maurice Hamel 
Le Dimanche Illustré 1er août 1937
 
source : Gallica

 
Pierre ALBERTY est un pseudonyme, son vrai nom est Albert Jean Achille PENTEL. Il y a quelques années, j'avais été contacté par Mme Roussel-Orméa, l'épouse d'un petit-fils d'ALBERTY suite à la publication de la naissance d'un fils de Pierre et Constance Houlard, Albert Jean à Boulogne sur Mer en 1905, dans ma base sur Généanet. Hélas elle n'avait pas beaucoup d'informations à me transmettre : grand-père Alberty est entré dans ma vie en 1952, il n'était plus musicien, je ne sais pas de quel instrument il jouait ! j'ai quelque part un disque en cire, où la chanson Qui veut des pantins, en soie en satin colombine et son amie Pierrot...etc... j'ai toujours su qu'il avait composé des chansons, puisqu'il se disait chansonnier. Ce disque était sur une musique de Willemetz [en fait Leojac] si je me souviens bien. Il a écrit quelques livres assez osés surtout pour l'époque, malheureusement suite à mon divorce je n'en possède aucun et ne me souviens plus des titres. Sur son acte de mariage à Liège le 31 décembre 1908 figure bien la mention artiste musicien, par contre grand-père n'a jamais chanté devant nous, c'est Constance (Hélène) que l'on disait théâtreuse, qui chantait et fort bien. Je peux dire qu'il évoquait parfois Le Lapin Agile où il se produisait autrefois, en tant que chansonnier, dans la rue St-Vincent à Paris. Il avait fait des études inachevées de médecine, ce qui lui a permis de gagner sa vie ainsi que celle de ses trois fils en qualité de représentant en produits pharmaceutiques. Je suis désolée de ne pouvoir vous parler de ce musicien, que j'ai connu d'une autre façon, dans sa maison il n'y avait aucun instrument de musique, peut être un banjo... sur un mur. 
Mme Roussel-Orméa m'a transmis une photo d'Albert et son épouse Constance Houlard (1882-1962) prise en 1953.
 
collection Mme Roussel-Orméa

 
Albert PENTEL est né à Arras dans la rue des Bouchers de Cité. Son père, Achille était instituteur puis chef de bureau à la préfecture du Pas-de-Calais. Originaire de Heuringhem (62) il épouse en 1858 Sidonie Magnier née à Arras.  Il a une sœur plus âgée, Marie Alice Hélène, dite Mariette, née en 1859 à Arras, elle deviendra institutrice puis directrice d'école, à Boulogne sur Mer, où elle décède en 1934. Je suppose que c'est avec elle qu'il a débuté son parcours scolaire et qu'elle lui a également appris la musique ou au moins donné le goût, car elle est musicienne, je possède une partition d'une chanson Aidons-Nous, Soyons Frères publiée à Arras vers 1906, vendue au profit des veuves et des orphelins des mineurs de Liévin, dont elle a composé la musique.
 
La presse régionale nous apprend la suite de son parcours scolaire, d'abord à Boulogne sur Mer, où il obtient une bourse en demi-pensionnat pour ses études au collège, pas d'erreur possible il est mentionné en octobre 1891 : Albert Pentel né le 27 mai 1878 à Arras. En 1897 il est élève au lycée Faidherbe de Lille, Albert Pentel obtient le 6e accessit de version latine de la classe de rhétorique. En août 1897, Albert Pentel d'Arras obtient une bourse de licence de 1.500 F à la Faculté des Lettres de Lille. En novembre 1898 il est admis au grade de bachelier, enseignement classique, lettres, philosophie.
En février 1901, il participe à une soirée artistique organisée par un groupe d'amateurs lillois, dans la salle des Sans-Soucis, 58 rue de Tournai "Nous remarquons le nom du poète-chansonnier Albert Pentel qui a bien voulu réserver pour cette occasion la primeur de son talent original à Lille. C'est dans un répertoire complètement inédit et très varié que le chansonnier, déjà apprécié de quelques connaisseurs, se fera entendre dimanche". 
La fiche matricule d'Albert nous indique ses déménagements : en 1900 il demeure à Lille, 108 rue de Paris ; en 1905, il est à Boulogne sur Mer 12 rue Leuliette ; en 1908, il est à Liège à l'Hôtellerie de la chanson, rue de la Régence ; en 1913-1914, il habite Saint-Ouen, 1 rue des Entrepôts. 
Mais la recherche que j'ai faite récemment sur le site Gallica, qui était moins riche il y a 20 ans, m'a donné une masse de références qui permettent de tracer le parcours artistique de ce chansonnier qui a côtoyé les plus grands. Les premières mentions débutent en 1901-1903, le pianiste du Concert Tristan à Rouen est un certain Alberty qui "soutient dignement sa réputation d'habile pianiste" par ailleurs on le dit aussi chef d'orchestre dans cette même salle. Rien ne prouve qu'il s'agit de notre Arrageois… mais… j'ai de forte présomption. En mars 1905 le journal de Lille Le Grand Écho du Nord, nous apprend qu'une soirée Chanoiresque [sic] est programmée au café du Grand-Hôtel. Trois séances sont données "Par MM. Rolland et Alberty, chansonniers-musiciens des cabarets artistiques de Montmartre, qui promettent de nous faire ouïr de doulces [sic] mélodies tziganes, de joyeuses chansons satiriques inédites et des fantaisies d'actualité complètement nouvelles pour Lille, œuvres de l'humoriste Alberty". En novembre 1906, le compositeur Alberty, des Noctambules, participe à plusieurs concert dans la salle des fêtes du quotidien Le Journal. Il accompagne les artistes de la troupe Gosse et Charles Fallot, prince de l'humour, "assisté sur scène par le compositeur Alberty, des Noctambules, grand duc de l'accompagnement. En 1907, il se déplace à Chaumont (52), dans une soirée organisée par l'Harmonie Municipale au cours de laquelle se produisent également des "artistes parisiens, dont M. Dousset de la Gaité, Mlle Bréville des Variétés, et Mme de Pommeyrac […] n'oublions pas d'accorder une mention toute spéciale à M. Alberty, le pianiste remarquable, qui trois heures durant, a assumé la lourde tâche de l'accompagnement". En janvier 1909 il est le pianiste du cabaret La Pie qui Chante, 1589 rue de Montmartre, fondé en 1907. Il sera également le compositeur des revues et par chance j'ai pu acheter récemment un programme de ce cabaret qui nous dévoile son portrait.
 
sources : collection personnelle et Gallica
 
 Ce cabaret devient son emploi principal, ce qui ne l'empêche pas d'aller se produire à Bruxelles en juin 1910, avec son compatriote Jehan Rictus (de Boulogne sur Mer), puis à Vichy pendant trois mois l'été qui suit où il anime le cabaret artistique La Boite à Sel. Il sera présent à La Pie qui Chante jusqu'à la guerre. En 1912, on le retrouve dans un concert organisé par le journal La Carrosserie Française, il est l'accompagnateur des chansonniers Léonce Paco et Paul Marinier, de la divette Marie Stelly, du barde montmartrois [et compatriote de Ruitz] Marcel Legay, le fantaisiste Jules Moy et du chansonnier, directeur de La Pie qui Chante, Charles Fallot. En 1914 on apprend qu'il est membre de l'Union Syndicale des Artistes Lyriques et en 1916 il est présent pour la Revue en Velours dans son cabaret habituel. Quelques années sans mention dans la presse, jusqu'en août 1922 où on le retrouve toujours au cabaret La Pie qui Chante pour accompagner les artistes de la revue A Sept Milliards Près de Léonce Pacot. En mai 1923, il est à Lille, dans la Tournée du Concert Mayol qui se produit au Théâtre Municipal, puis à Paris dans la troupe du cabaret Aux Quat'z Arts. En avril 1924 il fait une escapade à Flers de l'Orne, pour la cérémonie du couronnement de la rosière avec Mlle Simone Judic de l'Apollo, Mlle Georgette Renée, flûtiste 1er prix du Conservatoire de Paris, le chansonnier Paul Weil du cabaret La Chaumière, et donc M. Alberty pianiste de La Pie qui Chante et des Quat'z Arts. En février 1925, j'ai relevé un premier passage à la radio, au programme du journal Le Matin, Les chansons du Cabaret du Chat Noir interprétées chez Fursy et Mauricet par le poète chansonnier Georges Cheppfer, du Moulin de la Chanson et Lucy Vauthrin de l'Opéra-Comique, accompagnés par le compositeur Alberty. En mai 1925, sur les mêmes ondes, Mme Charming, fantaisiste de l'Olympia qui chante Nocturne Vénitien de P. Alberty et Léojac, accompagnée par le compositeur. Une dernière mention relevée en 1932, le film La Fortune de Jean Hémard, avec Claude Dauphin, Jane Marny, Nitta-jo et Alice Tissot, est projeté au cinéma Le Capitole à Lille, Pierre Alberty est le compositeur d'une des chansons du film La Fortune.
 

 
Je ne peux pas citer toutes ses œuvres, il en a écrit plus de 300, vous pouvez en écouter 26 sur ce site ICI  et sur la BNF (par exemple La Faubourienne, chantée par Berthe Sylva). Parmi ses compositions, je relève une chanson publiée sous son vrai patronyme à Lille : Tous Debout, chœur des Travailleurs, paroles et musique d'Albert Pentel, Lille, P. Lagrange, 1902 (BNF), toujours pendant son séjour lillois il a été en contact avec le compositeur malouin, Charles Delabre pour qui il a écrit les paroles de Lâcheté en 1901.
Entre 1953 et 1956 il est membre de la commission des comptes et de surveillance de la SACEM, il meurt à Meaux le 25 septembre 1958, il est inhumé à Villeparisis (77).
 
Christian Declerck
6 décembre 2025
sources : Gallica et archives d'état civil + l'article Un parolier d'importance, Pierre Alberty, de Samuel MARC, in Phonographie, n°7, été 2015. 
Quelques coupures de presse ICI 
 
 
Lâcheté, paroles A Pentel, musique Ch. Delabre
collection personnelle