mise à jour le 6/1/2022 : ajout d'un article de magazine
mise à jour le 18/12/2022 : ajout d'une photo de J-P Leloir
mise à jour le 14/4/2026 : ajout infos sur Renée GILBERT
"Pour des raisons particulières et d'autres, faciles à imaginer, qu'il serait trop long de commenter, le jeune Julien Bouquet, en 1943, décidé de fuir l'oppresseur, passa par l'Italie et se réfugia en Algérie. Il était le plus jeune évadé de France. Il avait douze ans !
toutes les illustrations
collection personnelle
Il était déjà attiré par les voyages !… Pourtant, par la suite, ses parents étant dans le commerce de la boucherie, voulurent lui faire visiter la clientèle…
— Mais ça ne me plaisait guère, dit-il. Depuis toujours, je ne pensais qu'à la chanson ou à une profession de ce genre. A l'école, j'étais bon en français et je faisais des vers, des poèmes… enfin, comme on en fait à quinze ans…
— Etiez-vous à Paris, à cette époque là ?
— Non. je suis né à Dunkerque — la Marseille du Nord— il y a trente deux ans, un 22 novembre. Le nom de ma famille [Bouchiquet] est originaire des Flandres ; à la suite d'une élision, j'en ai fait Bouquet. C'est plus joli, non ?…
Installé dans la capitale depuis la fin de la guerre, Julien Bouquet y termina ses études et pensa "qu'il serait chouette" d'écrire des chansons. Au début, on écrit des poèmes et puis l'on essaie de mettre de la musique dessus… et un beau jour, on y arrive. Parfois, c'est le contraire : une musique influence et inspire des paroles.
— Au fil des poèmes, explique-t-il, la musique est venue… mais, pour savoir si mes chansons étaient valables, il y avait une solution : c'était d'aller les montrer à des vedettes, comme Montand, Piaf, etc. Mais j'ai commencé par Patachou. Elle m'a dit : "Ce que vous faites n'est peut-être pas tout à fait pour moi, mais vous devriez vous essayer sur le public".
On sait la gentillesse de Patachou, Julien Bouquet, ainsi encouragé, n'hésita pas. C'était en 1952… il débuta par Jo de Saint-Malo, Il a neigé sur Hawaï et d'autres chansons…
— A cette époque, pensiez-vous faire une carrière d'auteur ou d'interprète ?
— A vrai dire, j'aurais bien aimé écrire seulement des chansons, mais il me fallait une grande production, être constamment sur la brèche, contacter des gens qui vous reçoivent ou ne vous reçoivent pas… et il n'y avait pas de raison non plus pour que je ne chante pas. Cela me faisait un interprète de plus ! C'était très mauvais, j'étais gauche, maladroit, mal habillé, je n'avais pas de jeu de scène, je ne savais pas me servir d'un micro… Mais, chez Patachou, c'est une piste d'essai redoutable. J'ai dû certains soirs, chanter devant trois Français et quarante-cinq Danois. Dans l'ensemble, j'ai senti que j'étais fait pour ce métier, mais qu'il me faudrait beaucoup travailler. Et Patachou m'y a encouragé.
Il continua donc et, un jour, deuxième étape de son ascension, il eut l'occasion de faire un disque qui, selon son propre aveu, ne marcha pas très fort (chez Barclay : Quand on s'est mariés, Fredo) par manque de métier et ignorance.
Il revit donc le problème et pensa :
— Je ne suis peut-être pas fait pour être interprète ; je vais donc continuer à écrire des chansons qui, elles, ont l'air de plaire. Puis j'irai les montrer à différents artistes… Félix Marten, Edith Piaf… Avec Piaf ce fut la troisième étape, la plus sérieuse. Là, c'était vraiment l'école. Avec Edith Piaf, c'est surtout le travail et la camaraderie. Mais surtout beaucoup de boulot, tant sur le plan écriture que sur le plan mélodique et celui de la mise en scène et de l'interprétation. Piaf m'a pris quelques chansons dont Je sais comment, Je suis à toi et, récemment, Tiens v'là un marin.
Julien Bouquet continue, à école d'Edith Piaf, d'apprendre le métier et, un jour, a la chance de rencontrer le directeur artistique des disques Président qui lui dit : "Nous allons faire un essai, sans lésiner avec tout ce qu'il faut pour la musique et derrière". Sortit alors un nouveau disque comprenant : Tiens, v'là un marin, La nuit, le jour l'amour, Au pays des merveilles (qui remporta cette le prix de la Rose d'Or) Lettre d'Espagne, Le tango, c'est ça, Le soleil de mon amour, Le rancard, Barcelone.
Il en est là. Il vient de terminer au [cabaret le] "Zèbre à carreaux" pour reprendre à la rentrée. En attendant, il part faire des galas sur la Côte, pour la saison d'été. […]
Indépendamment de cette escapade méridionale qui le mena jusqu'en Afrique du Nord, Julien Bouquet a réalisé son rêve de voyage :
— Dakar, Abidjan, Casablanca, Marrakech et une croisière sur un bateau [le paquebot Ancerville] (toujours en chantant) avec escale dans toutes les capitales nordiques. Enfin, Beyrouth, pour le festival, où j'ai gagné le prix de la chanson française, ex-æquo avec Albert Santoni. […]"
Georges LANGE, Intimité d'octobre 1963
illustration extraite de la revue Music-Hall n°18 (1956)
ses amis Georges Brassens et Charles Aznavour photo Jean-Pierre Leloir La chanson française des origines à nos jours, P. Saka
*****
Au verso de son premier disque, on trouve une autre version de sa biographie :
"Julien Bouquet naquit à Dunkerque, le 22 novembre 1930, d'un père chef cuisinier à bord de bateau. A l'âge de 13 ans, en 1943, pour des raisons personnelles résultant de l'occupation, il s'enfuit de chez lui, traverse la France à pieds ou par d'autres moyens de fortune ; il atterrit en Afrique du Nord, plus précisément à Constantine. Là, on le met à l'école.
En 1945, il rentre en France et vient s'installer avec ses parents qui exercent un commerce de tissus à Nogent. Il retourne à l'école, au collège Saint Nicolas. A 19 ans et demi, il se marie. Ses parents et ses beaux parents montent alors une grosse boucherie industrielle et la part qui lui est réservée dans l'affaire consiste à recherche la clientèle. Il commence à écrire des chansons en 1953, sans avoir été spécialement conseillé, mais simplement parce qu'il aime les chansons. Il a toujours eu une grande admiration pour Yves Montant et Charles Trenet. Il ne sait absolument pas jouer du piano et il compose au gré de sa fantaisie. la nuit à bord de son camion douze tonnes, il livre la viande à la clientèle et c'est à ce moment-là qu'il écrit la plupart de ses chansons.
Jacques Hélian lui prend un jour l'une d'entre elles, Le bon Dieu, Détail pittoresque de l'exploitation de cette chanson : un jour, Jacques Hélian, jouant à une fête organisée par un grand quotidien, exécuta la chanson de Julien Bouquet pendant que de l'autre côté de la salle Julien Bouquet livrait la viande destinée aux casse-croûte. Comme le dit Julien : "Je fournissais les chansons et la nourriture". […]"
*****
collection personnelle
Un témoignage sur sa relation… professionnelle bien entendu, avec Edit Piaf :
« […] Le 20 août, Piaf remonte à Annecy avec sa troupe — Germaine Ricord, Julien Bouquet et Michel Rivgauche qui assurent la première partie. […] Parce qu'elle a mis à son répertoire et enregistré, le 4 septembre 1958, Je sais comment, écrit et composé par Julien Bouquet, qui va devenir un de ses grand succès, Edith semble extrêmement proche de ce jeune auteur-compositeur de 29 ans qui faisait partie de sa tournée d'été. Elle dément toute liaison amoureuse avec Bouquet, de son vrai nom Bouchiquet, qui a également écrit pour Piaf Je suis à toi et lui donnera Tiens, v'là un marin. Mais peut-on la croire sur parole alors qu'il a été le seul admis, quatre jours durant, dans sa chambre de l'hôpital américain où il lui offrait des brassées de fleurs des champs. Bouquet n'est en tout cas plus au programme de la nouvelle tournée qui débute le 20 novembre à Melun. […] »
Piaf, un mythe français, Robert Belleret, 2013
*****
Il a neigé sur Hawaï par Julien Bouquet
Après ces quatre disques 45 tours, le label Président publie en 1963, un 33 tours 25 cm : Julien Bouquet chante Julien Bouquet, qui contient huit titres, Julien est accompagné par Teddy Moore et son orchestre. Ce sera son dernier disque, la vague yéyé y est sans doute pour quelque chose. Julien continue d'écrire des chansons pour les vedettes de l'époque : Mireille Mathieu, Georgette Lemaire, Félix Marten, Gloria Lasso, Mouloudji,Les Ménestrels, Régine, Simone Langlois, Verlor et Davril et même Fernand Raynaud. J'ai contacté sa famille pour connaître la suite de sa carrière, mais je n'ai pas eu de réponse. Sa dernière création, il la compose pour sa ville natale, en 1980 c'est le 40e anniversaire de l'opération Dynamo, et c'est Nellie Laurence qui l'enregistre pour les disques Déesse de Michel Célie.
Il épouse Giulia à Champigny sur Marne en 1949, ils divorcent à une date qui ne m'est pas connue, ensuite il épouse Renée à Paris en 1968. Je viens de découvrir que Renée est la chanteuse Renée GILBERT qui a enregistré quelques 45 tours entre 1958 et 1962. Il meurt à Le Perreux sur Marne, le 23 décembre 1988 et Renée en 2016 à Créteil.
Carl Van Berghe est un pseudonyme, non pas qu'il soit né à Bergues, mais bien à Dunkerque le 2 février 1826, au n°1 de la rue Nationale, sous le nom de Charles Constant ROSENQUEST, fils de Fidèle, directeur des Bains de Mer et du Casino de l'Estran (1er casino de Dunkerque) et de Marie Louise Bibiane CHEMERY originaire de Haubourdin. En 1847 il épouse Anne VANCAUWENBERGHE dont il garde le début et la fin du patronyme pour faire son pseudonyme.
Anne est née à Dunkerque le 3 septembre 1827, fille de Joseph, armateur, et Anne-Marie SCHWERDORF.
Anne, femme de lettres, prend des pseudonymes masculin (Georges RENNER et René SOSTA) pour publier des romans mais garde son nom d'épouse pour écrire les paroles des chansons mises en musique par son mari, en modifiant seulement le prénom en Anna.
Charles est toujours domicilié à Dunkerque en 1853, 9 place du Théâtre. Il est transitaire en eaux de vie et vins. En 1857 il habite Lille où il publie à compte d'auteur sa première œuvre musicale, sur les paroles d'un(e) anonyme, probablement son épouse : Si j'étais petit oiseau. En 1860 il est à Paris, 18 rue Belzunce, à deux pas de la gare du Nord. Il crée une société en nom collectif avec un marchand de nouveautés pour homme : Jules Michel THIRIOT (1822-1889), société qui porte le nom de Thiriot et Cie. Il déménage plusieurs fois : 113 rue d'Italie (1864) il est gérant d'une brasserie, puis 9 rue de Paradis Poissonnière (1869), 13 rue des Martyrs (1872) et 27 boulevard Haussman en 1874 où il ouvre un commerce de tableaux et objets d'art : Les salons de M. Charles Rosenquest sont situés
au n°27 du boulevard Haussmann. Ni péristyle, ni galerie d’entrée qui repose
l’esprit des bruits du dehors. A deux pas, la vie parisienne et ses voix
confuses, là, les toiles recueillies de quelques peintres d’élite. Son commerce fait faillite en 1875. Il semble que son épouse ouvre aussi une galerie, en 1880, A. Rosenquest est nommée au salon de Paris pour deux tableaux de Henri Duvieux. L'année suivante ce marchand de tableaux fait faillite également, il est alors domicilié 38 rue Lafitte. En 1895 il est mentionné compositeur de musique au 81 bis de la rue Blommet.
Il publiera plus de 230 partitions, principalement des chansons enfantines pour les pensionnats, mais aussi quelques musiques de danse : polka, mazurka, valse. Il meurt en 1895 à Paris, son épouse meurt deux ans plus tard. Leur fille Anne Caroline Louise, née à Dunkerque en 1848, épouse à Paris en 1867 Aymar Dignat , éditeur de musique puis cofondateur du théâtre des Folies Bergère avec Léon Sari en 1871.
mise à jour le 177/03/26 : ajout d'infos sur Bonte et Dupuy
Charles Vertraete n'est pas vraiment un artiste oublié, il s'est chargé d'entretenir sa mémoire en publiant une biographie complète et généreuse, citant tous les artistes qu'il a côtoyés : De l'accordéon au trombone (2000).
Mais j'ai eu la chance d'acheter, il y a très longtemps, un disque 33 tours intitulé Aux 4 coins du Nord, dont le titre évoque une partition que j'ai dans ma collection. Je ne l'ai plus jamais revu depuis, ni même maintenant alors qu'on peut tout trouver sur l'internet. Il n'est référencé nulle part : c'est un disque oublié, sauf dans le livre de Charles Verstraete.
Mais c'est un disque intéressant car Charles y joue des indicatifs d'émissions de Radio Lille, des années 1950. L'émission Farandoles, animée par Edouard Rombeau et Bibos, est créée en novembre 1946, elle s'arrête en mars 1951. l'émission Au 4 coins du Nord n'a été diffusée que pendant quelques mois, d'octobre 1951 à septembre 1952. Le producteur, Maurice Cottinet (1900-1961), est nommé directeur de l'Opéra de Lille l'année suivante.
Face 1
- Sax-O-Fun, Rudy Wiedoeft
- Aux 4 coins du Nord, Edouard Rombeau / Maurice Cottinet / Victor Charlier
- La java du beffroi, Alex Ponchant / Jean Dewilde / Charles Demaele
- Ducass Waltz, Pierre Drucbert
- Mon p'tit galibot, Fernand Beurtheret / Charles Vertraeete
- Le destin du mineur, Casimir Modrak / Stanislas Ratajski
- Vive les mineurs, Charles Verstraete
Face 2
- Farandole, E. Rombeau / René Bernoville / Maurice Dehette
- Pour une fill' du Nord, Guy Bertret / Charles Verstraete
- Au p'tit refrain la chance, A. Bellenge / Victor Charlier / Pierre Duhautois
- Un bifteack frites, Jacques Morlaine / Frédéric Babault
- Paris-Roubaix, Jean de Wilde / Maurice Bourlet
Les refrains sont chantés par Jean Dorbel (1926-2021), accompagné de l'orchestre de Charles Verstraete dont les noms des musiciens ne sont pas mentionnés.
deux autres succès de l'émission Farandoles, coll. personnelle
1949 source : Gallica
Magazine Nord-France vers 1950 coll. perso
******
* Florimond BONTE : c'est un régional aussi, comme Ch. Verstraete, puis qu'il est né à Tourcoing en 1890. Il a été instituteur, député, journaliste, sa biographie est dans le Maitron, il y manque les détails de son activité de compositeur. La BNF recense 54 de ses œuvres, dont la fameuse chanson Vas-y papa ! popularisée par les Frères Jacques dont il a fait la musique sur les paroles de :
* Henri-Jacques DUPUY : de son vrai nom Henri DUPUY, il est né à Tunis en 1915. Il est journaliste, auteur, compositeur, producteur de radio et de télévision. Il est mort à Paris 1986. Il a surtout composé pour l'accordéon musette, passionné par la musique populaire il était entré en contact avec Mme Guérin Mené de Grand-Fort-Philippe à propos du Bal Maritime à propos duquel il avait écrit les paroles d'une chanson. Plus d'infos ICI