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vendredi 30 novembre 2018

Albert Cousu, musicien dunkerquois



Albert Cousu en 1952, pianiste de l'orchestre JYR (collection Yvon Cassez)
source : La Voix du Nord novembre 1987

Le Nouveau Nord du 20 janvier 1959 : 
Albert COUSU s’est éteint samedi à l’âge de 80 ans en son domicile de la cité du Kursaal, ainsi disparaît l’un des témoins des plus fidèles de près d’un demi-siècle de la vie collective dunkerquois. Car quelle revue locale, quel spectacle de variétés n’a pas porté à son générique « arrangement ou accompagnement d’Albert Cousu » ? qui pourrait compter le nombre de sapins de Noël au pied desquels cet infatigable musicien a joué du piano ou dirigé des ensembles ? Albert Cousu était né à Roubaix en 1878, il vint à Dunkerque en 1913, engagé par le Music Hall de la place d’Armes. Passée la grande tourmente, il allait accompagner les grandes vedettes de chez Mayol de 1924 à 1938, outre les nombreux arrangements qu’il créait pour des spectacles locaux, les airs de danse, les chansons, les marches qu’il composait, l’une de ses compositions restées les plus célèbres est la fameuse « Java des Chtimis » écrite en 1938 et que la plupart des accordéonistes de France et de Navarre allaient mettre à leur répertoire. Membre de la Société des Auteurs et Compositeurs de Musique depuis 1921, de la Société de Réproduction Mécanique depuis 1931, Albert Cousu avait reçu en 1939 la plaquette de bronze de membre définitif de la SACEM et en 1949 il en devenait pensionnaire […]. Outre sa participation à la musique de scène, Albert Cousu avait apporté le concours de son talent et de son inspiration au cinéma. Il était notamment l’auteur de la musique d’un grand documentaire qui a fait le tour du monde : « La vie et les travaux des frères Lumières » On lui doit aussi le premier arrangement airs du carnaval, l’indicatif d’une émission de radio de jadis « Bonjour Printemps ». Modeste et effacé, Albert Cousu a apporté à l’art musical une contribution dont ses propres concitoyens ne mesurent peut-être pas toute l’importance car chez cet homme la discrétion et l’amour de la musique allaient de pair, et pourtant ses œuvres étaient jouées en Belgique, en Suisse, en Pologne et même en Israël. Il y a quelques années Albert Cousu se remettaient encore de temps à autre au clavier et s’efforçait malgré son grand âge d’apporter le meilleur de son dévouement et de son expérience à ses jeunes amis de la société de Galas Record dont il était le vice-président. Mais les fatigues d’une longue carrière remplie pourtant de musique gaie ont eu raison de lui. A sa veuve, à ses enfants, petits enfants, nous adressons nos bien sincères condoléances.


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Albert Cousu est le fils de Victor, marchand épicier, et Martine Vandamme, domiciliés rue du Luxembourg à Roubaix.
Il obtient un 1er prix de clarinette en 1897 au conservatoire de musique de sa ville. Parallèlement il pratique le piano et se produit régulièrement lors de concerts et auditions dans la région roubaisienne. En 1900 on le cite comme directeur de la chorale du Club Moderne de Tourcoing. En mars 1908, lors de l'assemblée générale de Nord Touriste, c'est lui qui dirige l'orchestre de cette société. La même année, en août, la Fanfare Cycliste du Nord Touriste, dirigée par Albert Cousu se produit à Boulogne sur Mer. Elle comprend 45 exécutants qui jouent en roulant à bicyclette dans les rues de la ville, au programme un défilé-marche de la composition du chef, Le Recousu.
En octobre 1908 il épouse une musicienne lilloise, Julie Delesalle, lauréate du Conservatoire de Lille. Ils se produisent ensemble, elle au chant, lui au piano, donnent plusieurs concerts à Roubaix avant 1914. Un encart dans le Journal de Roubaix nous apprend qu'Albert Cousu tenait un café 135 rue de l'Epeule, il le cède devant notaire le 1er juin 1911.
C'est à cette époque, vers 1913, qu'il se produit avec une troupe de Music-Hall à l'Eden-Concert de la place d'Armes à Dunkerque. Entre temps il s'est séparé de Julie, car il épouse Léa Dinaut à Rosendael en 1921 dont il divorcera en 1930. Il se fixe à Dunkerque et intègre l'association musicale La Jeune France, chorale masculine dont il devient le pianiste accompagnateur. En 1937 il se produit avec les choristes dans une émission de Radio Normandie. Un orchestre, dirigé par M. Jonvel de Saint Pol sur Mer, interprète les danses d'autrefois, dont un "Quadrille Dunkerquois" sur un arrangement d'Albert Cousu. Est-ce le Quadrille composé par Henri Girard ? on ne le saura jamais, hélas, mais c'est fort probable, car cet arrangement était souvent joué avant 1914 dans les bals du carnaval.
Le 15 mai 1940 Albert Cousu part à Paris enregistrer un disque, sans doute pour son ami Félicien Ouvry, chef d'orchestre, roubaisien comme lui. Mais quand il veut retourner à Dunkerque le 20 il est trop tard. Après une errance de 60 heures en chemin de fer il retourne à Paris puis gagne Avignon où il était pianiste il y a 40 ans. Il y trouve un emploi de métallurgiste tout en continuant de prêter son concours aux tournées de bienfaisance, en accompagnant des chanteurs parisiens, dont le fameux Georgel. Il revient à Dunkerque en 1943.
En 1947 il dépose un arrangement des airs du carnaval de Dunkerque, dont le disque vient d'être édité par Pierre Lobert, l'électricien dunkerquois, avec les musiciens de l'orchestre de Edmond Bertein.

En 1949, à Dunkerque, il épouse Antonie Cucheval, une couturière de Watten, il décède dix ans plus tard. Son épouse le rejoint au cimetière de Dunkerque en mai 1961.

Christian Declerck
Sources : l'état civil, Le Journal de Roubaix, L'Avenir de Roubaix-Tourcoing, L'Egalité de Roubaix-Tourcoing, le Bulletin Officiel du Nord Touriste, Mémoires de l'Association Chorale La Jeune France volume 2, et documentation personnelle










Un catalogue de ses compositions :
merci à Christophe Plovier pour ses informations complémentaires

- Alberto, valse.
- La bataille des petits Cupidons, avec M. David (1950).
- La belle de java, java-mazurka (Al. Cousu – F. Ouvry)
- Le béguin, fox-trot.
- Cantalou, tango.
- Bonjour Printemps, one step.
- Café-crème et croissant (Désiré Noël - Albert Cousu).
- Carnaval dunkerquois (1947).
- C’est démodé, java chantée, paroles de Jilune, musique de A . Cousu et Ch. Lemeunier (1951).
- La chanson du carrefour, extraite du film Un siècle de Paris, musique de F. Ouvry et Albert Cousu (1943).
- La clairière, (Hostaléry - Albert Cousu)
- Comme ça, one-step.
- La danse des chaises (1937).
- Disclose, valse. 
- El presto, paso-doble.
- El puchero, paso-doble.
- Fajardo, mélodie espagnole.
- Felio, fox-trot.
- Flandria, marche.
- Fête à Pigalle, swing.
- Flotte mon cœur, fox (F. Ouvry - Al. Cousu).
- Gigolette, chanson réaliste (F. Lapierre & Hostaléry - A. Cousu). 
- Imppecable [sic], fox-trot.
- La java des chti-mis, (1938).
- Je lanc’ la mode, chanson, A. Cousu - A. Chinaglia  (1915).
- Je sais sourire, romance bouffe, à l’ami Montel, musique Aroldo Chinaglia, Albert Cousu, paroles William Jourdan, créée par Noël Delsson au Kursaal (1915).
- Ma berlouque, java.
- Ma bigleuse, java.
- Madrilena, one-step. 
- Mia Tyta, conga.
- Miss boulette (Henry / Lemeunier - Cousu).
- Miss mouche (Henry / Lemeunier - Cousu).
- Moi j'ai du tempérament (Claudine Ryka / Robert Djenny - Djenny / Cousu).
- Mon amant vagabond, fox, F. Ouvry - Al. Cousu.
- Montbolo, pas-doble.
- Mylajo, conga.
- Polissonnerie, one-step.
- Muguette, java.
- Para manana, tango.
- Près de moi mon amour, musique Robert Bremme, Albert Cousu.
- Pretty Bell, fox trot.
- Quadrille dunkerquois, arrgt A. Cousu (1937).
- Le Recousu, défilé-marche (1908)
- Rabbit, fox-trot.
- Radio Star, one step marche, créé par le célèbre accordéoniste Jean Vaissade, enregistré sur disque par l’orchestre jazz G. Ghestem, édt. A. Cousu, 7 place d’Armes Dunkerque.
- Robinson, paroles Maurice Lecomte, musique Albert Cousu, Charles Meunier.
- Roi des canards, Félicien Ouvry, Albert Cousu.
- Sport, fox-trot.
- Surprise à Grand-Millebrugghe, paroles de Vivette Flore, musique de Vivette Flore, arrgt d’A. Cousu, sd, auto édition.
- Le tango de Gaby.
- Tourbillon, valse.
- Trois petits mots, swing, Andrel - Cousu.
- Un songe, mélodie.
- Une preuve d’amour, fox-trot.
- La valse d'un beau soir (Noël - Albert Cousu).
Valse du Retour, paroles Janine Dewitte, musique Robert Bremme, Albert Cousu.
- Valse nocturne.
- Wave waltz, valse.
- Ziou Ziou, paroles Janine Dewitte, musique Robert Bremme, Albert Cousu.

Musique du film « Un siècle de Paris » de Maurice THÉRY (1942) avec Félicien OUVRY, édit. Salabert, Paris (1943) : Taxi vélo et Artisanat, La chanson du carrefour

Discographie : La belle de java (Sonor n° 128). Bonjour Printemps (Sonor n° 136 et Etoile musette n°119). C’est la java du faubourg, Félicien Ouvry* et Al Cousu, orchestre Etoile Musette dir. Jo Reno (1947). Fête à Pigalle (Etoile Musette n°119). Flotte mon cœur (Sonor n° 124). Mon amant vagabond (Sonor n° 124), Radio star (Sonor n° 122, Polydor Jap 515.004), Trois petits mots (Sonor n° 125).

mercredi 26 septembre 2018

Pierre Manaut, auteur lillois



par Simons
collection personnelle


Nous avons le regret d'annoncer à nos lecteurs la mort d'un des collaborateurs les plus aimés de ce journal. Notre ami Pierre Manaut, atteint depuis de longues années par un mal impitoyable, n'est plus. Il disparaît à l'âge de 53 ans.
Pierre Manaut, dont on lut dans ce journal durant vingt années, les chroniques rimées, était un fantaisiste de la meilleures veine. Il y avait dans ses vers légers une spontanéité, une drôlerie sans effort qui le mettait à un rang à part. D'autres, dans ce genre difficile, se contorsionnent et accumulent les calembours sans atteindre la drôlerie. Les petites gazettes de Pierre Manaut, au contraire, plaisaient par leur naturel, la gentillesse de l'à-peu près, l'habileté prosodique, la verve bien française. Il était de la bonne lignée des poètes charmants qui, dans des œuvrettes sans prétention et parfois cocasses, garde le respect de la langue et du goût. Tout le monde avait plaisir à le lire.

Pierre Manaut écrivit en outre beaucoup de chansons, de saynètes, d'opérettes d'excellente venue. Bien que l'œuvre longue convint moins à son calme que l'impromptu rapide, c'était une figure lilloise connue et de tous côtés on s'adressait à son obligeance inépuisable dès qu'il s'agissait d'un à-propos aimable ou amusant.
Notre ami trop tôt disparu n'était pas seulement délicieux dans ses œuvres. Il était le plus gentil des compagnons, fantaisistes dans la vie autant qu'on peut l'être, fin, sans vanité, loyal et de cœur excellent. Sa conversation pétillait du meilleur esprit et dans notre rédaction ses paradoxes et ses boutades, jamais méchantes, mettaient tout le monde en gaieté.
La maladie, qui le privait de la joie de circuler à son gré, n'influa jamais sur son caractère. Jusqu'au dernier jour, il sera demeuré souriant, ne se plaignant jamais malgré ses souffrances. Il attirait toutes les sympathies et sa mort causera une peine réelle aux nombreuses personnes qui se plaisaient à venir bavarder avec lui.
En cette cruelle circonstance, nous adressons nos condoléances émues à Mme Pierre Manaut, à Mlle Lucette Manaut, devenue tout récemment Mme Fischer, et à M. Léon Manaut, son père, président des la Fédération des Musiciens du Nord. Notre pensée attristée est avec eux tout entière.

Le Grand Echo du Nord de la France 12 mai 1942

source : le Grand Echo, médiathèque Jean Lévy, Lille


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Pierre Manaut, né à Tourcoing le 10 février 1889, est le fils de Léon, né à Paris en 1860, administrateur de la Caisse d'Epargne de Lille et Président de la Fédération des Sociétés Musicales du Nord et du Pas-de-Calais de 1923 à 1945. Sa mère Marie Ehrhart, alsacienne, est née à Willer-sur-Thur en 1871. Il épouse Emma Catoire en 1922, ils ont une fille, Lucette, née la même année, épouse de Maurice Fischer, elle est décédée en janvier 2000.
La BNF recense seulement 16 notices concernant ses œuvres, c'est peu, très très peu… j'ai relevé plus de 50 collaborateurs : compositeurs et co-auteurs pour environ une centaine de chansons. Parmi eux : Georges Gestem, Robert Solry, Raymond Emmerechts, Maurice Dehette, Henri Dalenne, Joseph Dewavrin, Désiré Letellier, Jean Berens, Louis Raspini, Abel Decroos, Jean Boulcourt, Georges Gadenne, Maurice Frot, Eudore Rancurel, Jean Ernst, Raymond Vanméerhaeghe, Paul Laby, Eugène Gaudefroy, Maurice Daudelin, Henri Fernand, Léopold Simons, André Hornez, Edouard Rombeau, Maurice Brisville, Hans Bunzl, Marceau Verschueren, Edmond Pellemeulle, Victor Calimez, Pierre Duchêne, Jean Lenoir, Maxime Rions, Léon Raiter, Luc de Orval, Victor Absalon, Antony Guichon, Pierre Drucbert, Paul Gyl, Alfred Decaigny et Jean Houseaux.
Un recensement de ses textes est à faire, mais cela paraît un travail immense, tant il a publié. Parmi toutes ses œuvres j'ai découvert cette bande dessinée réalisée en collaboration avec le jeune Léopold Simons, sous les pseudonymes de Péhem et El-Hes, publiées dans le supplément illustré de l'Echo du Nord et restée inconnue de la production de l'illustre auteur patoisant : Les aventures de Bobino, conte pour les petits, paru en 1923-1924.


collection personnelle


quelques unes de ses productions (collection personnelle)