vendredi 24 mars 2017

Mary-Lyse, chanteuse roubaisienne


photo Jérome, Paris
collection personnelle


Fernande Desbarbieux est née à Roubaix le 5 mai 1923. Ses parents sont ouvriers d'usine, le père conducteur de machines et la mère ourdisseuse, tous les deux de familles roubaisiennes. Fernande fait ses études à l'école de filles de la rue Gambetta, elle obtient son certificat d'étude en 1935. Elle poursuit ses études à l'Ecole Pratique de Commerce et d'Industrie de Roubaix. Elle est encore écolière quand elle participe à son premier crochet (concours de chant) organisé par le Sport Ouvrier Wattrelosien, je n'en connais pas le résultat, mais elle chante en public pour la première fois deux mois plus tard à Flers, pour l'Amicale laïque. Elle n'a pas 15 ans. Elle se produit ensuite à Mons-en-Barœul en février et en mai 1939. Elle interprète un répertoire de chant lyrique : La rose de la Lande de Schubert, la Berceuse de Mozart et Paysage de Reynaldo Hahn.

collection personnelle

Elève au Conservatoire de Roubaix, elle se produit lors des examens et concours en juin et juillet 1939. Elle ne semble pas avoir obtenu de prix. Ayant déjà comme projet de faire du chant sa profession, elle s'inscrit à une émission proposée par la Radio PPT Nord, Conseils et essais pratiques au micro pour chanteur, en juillet 1939. Trois mois plus tard elle compose la musique d'une chanson sur les paroles du chanteur roubaisien Robervyl : La Marche des Sapeurs qu'il interprète début novembre 1939, lors de manœuvres militaires quelque part en France. Elle compose, en novembre 1940, La Marche des élèves mécaniciens, en hommage à l'école Hanriot à La Rochelle. Au début de la guerre elle apporte son soutien aux familles des prisonniers en chantant régulièrement pour le Comité d'entraide. Elle est désormais connue sous son pseudonyme Mary-Lyse, qualifiée sur les programmes de chanteuse à voix ou chanteuse d'opérette. En juillet 1942 elle assiste aux galas du Café du Bazar à Roubaix, avec aux programmes la grande chanteuse de l'époque Elyane Célis et la chanteuse Luce Bert à qui elle fait part de ses projets de carrière dans la chanson.

Journal de Roubaix


1942
Collection personnelle


Cependant elle continue de se produire dans les galas de bienfaisance pour les prisonniers et les anciens du 100e RI. En février 1943 elle reçoit sa première convocation de l'agence Nord-Spectacles de P. Laborde-Bertal pour signer des contrats d'artistes. Elle doit se produire à Tourcoing (Grand Café), Lys les Lannoy, Roubaix (cinéma Noël) et à Rosendael (café Arcier). Ce tournant professionnel se fait après un évènement artistique rare à Roubaix, la première d'une opérette au Grand Théâtre, Rêve de Gitane, le 26 février 1943, dont la musique est de René d'Archambeau, un compositeur belge de Verviers et c'est à ce compositeur qu'elle demande de mettre en musique un de ses poèmes, Simple aveu, en mars 1943.


collection personnelle


Mary-Lyse compose au piano
collection personnelle


Très satisfait du résultat, René d'Archambeau lui demande aussitôt d'autres poèmes et lui propose même d'éditer la partition en petit format, qu'il est prêt à financer. Je ne sais pas si Mary-Lyse y a donné suite. Les contrats se succèdent et Mary obtient sa carte professionnelle du Syndicat des Artistes de Variété, document indispensable pour se produire à cette époque très règlementée, ainsi que sa carte d'identité professionnelle.


collection particulière


La rencontre avec Luce Bert en 1942 a été bénéfique. C'est sur sa recommandation qu'elle demande au chanteur Marcel Malloire, secrétaire de Vincent Scotto, de lui faire des orchestrations de chansons. Ces partitions sont indispensables pour se produire dans les cabarets parisiens. Accord immédiat de Malloire, il lui fait un devis de 390 francs pour 6 chansons. Marcel Malloire (1889-1959) est l'époux d'Yvonne Thomson (1895-1970), accordéoniste, pianiste et compositrice, c'est certainement elle qui a fait ces orchestrations. Grace à la facture détaillée envoyée par Malloire nous connaissons précisément le répertoire de Mary-Lyse à cette époque. Les orchestrations ont été faites sur ces chansons : Tu m'apprendrasTout en flânantC'était pour rireBonne nuit, maman (Gute nacht, mutter), Les fleurs sont des mots d'amour, et Une charade, qu'elle chante un ton plus haut que Danièle Darrieux.
D'avril à septembre 1943, Mary-Lyse se produit régulièrement, à Béthune (Evo Dancing), Lille (Cabaret Ali Baba), Armentières (Café de la Paix), Roubaix (cinéma Royal-Leleu), Tourcoing (Grand Café), Rosendael (à l'Hippodrome), Valenciennes, (le Savoy), Roubaix (cinéma Renaissance), Montreuil-sur-Mer (Electric Ciné), Saint-Pol-sur-Mer (café Garein), Hénin-Liétard (au Capitole), Armentières (café de l'Harmonie), Bruay (Casino Palace), Chimay (Casino Palace) et à Calais (Ciné Pax). Son cachet évolue lentement, de 400 F pour les premiers contrats, il tourne ensuite autour de 5/600 F, avec parfois des contrats de plusieurs tours de chant par jour pour 1.000 F et 2.200 F à Calais pour 3 représentations sur 2 jours. Les frais de déplacement et d'hôtel étant à la charge de l'organisateur.

contrat Nord-Spectacles
collection personnelle

En septembre 1943 elle reçoit une lettre de l'agence parisienne Dhomont qui lui demande des photos et prend un rendez-vous pour rencontrer des directeurs de cabaret, l'agence lui propose, pour la fin du mois, une audition au Théâtre de l'ABC, le célèbre Music-hall inauguré en 1935 où se produisent les plus grands artistes de l'époque (Marie Dubas, Frehel, Edith Piaf, Charles Trenet, etc.). En octobre André Dhomont, directeur de l'agence, devient son agent exclusif pour deux ans et lui fait signer un contrat pour ce théâtre, contrat qui est mentionné dans un courrier, mais n'a pas été conservé. Le même jour elle reçoit une lettre du chanteur Firzel, originaire de Saint-Pol-sur-Ternoise. Il lui signale son passage à Lille, au cabaret Le Coucou, lui demande une photo et transmet un contact à Reims pour un contrat. Son agent parisien lui trouve un contrat d'une semaine au cabaret Le Chapiteau, 1 place Pigalle, à Paris.

Paris Soir, 10 octobre 1943
source : Gallica

Pendant qu'elle est à Paris, elle participe au tournage du documentaire de P. E. Decharme, Vive la mariée, elle touche 1.000 F de cachet. Le négatif sur nitrate est conservé au Centre National du Cinéma à Bois d'Arcy, mais n'est pas consultable. Toujours à Paris, elle se produit 12 jours au cabaret Le Doge, rue Volney, pour 6.600 F, deux passages par jour en soirée, relâche le dimanche. En novembre Firzel lui écrit qu'il est déçu de ne pas l'avoir vue lors de son séjour parisien et l'invite à déjeuner lors de son prochain passage… Le 30 novembre 1943 elle signe un contrat d'enregistrement avec la Société Polydor, représentée par Jacques Coulon, d'une durée de 6 mois, pour un minimum de 2 enregistrements, 400 F par face, à diviser par le nombre de musiciens. En décembre elle est à Bruxelles au cabaret Le Passe Partout, 14 jours à 1.000 F par jour. A son retour elle reçoit une proposition d'enregistrement de la Société des Editions Continentales pour enregistrer, sur un disque souple, des chansons de son répertoire. Le 21 décembre elle signe un contrat pour le cabaret de Suzy Solidor par l'intermédiaire de l'agence Dhomont pour un mois de représentations à 500 F par jour. Le 4 janvier 1944 elle se fait faire un portrait chez le photographe Jérome à Paris (c'est celui qui est au début de cette page). En février l'agence Dhomont lui propose un rendez-vous avec le cinéaste Marc Allegret pour un projet de film et le 10 elle reçoit une invitation à ce rendre à Radio-Paris pour une audition. Ce mois de février voit les contacts professionnels affluer, le colonel Vidal (futur agent artistique de Dalida) la remercie, par l'intermédiaire de Dhomont, pour un envoi (une photo ?), Louis Gasté (futur époux de Line Renaud) lui écrit pour demander l'adresse de ce colonel et le compositeur Louiguy lui signale la perte de plusieurs partitions qu'il lui avait fait parvenir par l'intermédiaire d'un ami commun.
Mais l'ambiance parisienne au moment de la Libération n'est sans doute pas favorable à la carrière d'une jeune artiste. Mary-Lyse revient à Lille, elle fait faire plusieurs photos chez R. Vermesse, successeur de B. Mischkind à Roubaix et la radio de Lille la contacte pour lui proposer de passer à l'antenne. Puis les demandes de concert recommencent à arriver : à Roubaix puis à l'Université de Lille, pour les Forces Unies de la Jeunesse Patriotiques, où elle retrouve son ami Robervyl.


affiche, collection personnelle


En mars elle est engagée par la nouvelle agence "Art et Jeunesse" de Bibos et Edouard Rombeau, pour des contrats à Lille, Orchies et Roubaix. En 1945 et 1946 elle fait plusieurs passages à Radio Lille. Elle chante aussi pour les associations d'anciens prisonniers de Roubaix et en 1949 pour les ingénieurs des Mines à Billy-Montigny. En août 1950, Nord Matin signale sa présence en vacances à Eppe-Sauvage. Je relève encore quelques concerts à Flers-Breucq et à Bavay pour les anciens prisonniers de guerre. Le dernier concert connu a lieu en mars 1951 à Bavay, puis il n'y a plus de trace de prestations dans le fonds d'archives personnelles acheté, il y a longtemps, sur une brocante, à sa belle-fille qui a eu la très bonne idée de ne pas détruire ces souvenirs. Qu'elle en soit vivement remerciée.

Christian Declerck


en concert, sans doute à Bavay, vers 1950
collection personnelle

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Mary-Lyse 1923-1998
photos de Robert Vermesse, portraitiste à Roubaix
collection personnelle







mercredi 1 mars 2017

Sylvie St Clair




vers 1938, collection personnelle


Une Dunkerquoise
Nelly Chauveau est née le 14 avril 1913 rue de la Marine où son père a transféré le magasin de cycles (il est agent de la marque Alcyon) qu'il avait fondé 18 rue Saint Jean trois ans plus tôt.
Sa famille est présente à Dunkerque depuis la fin du siècle précédent. Son grand-père, cantinier au 1er régiment d'artillerie, meurt à Dunkerque en 1895. Un oncle de son père était musicien à Dunkerque vers 1888, année de son mariage avec une Dunkerquoise.



Enfant, elle subit l'évacuation en 1917 qu'elle évoque dans un interview, puis la famille revient à Dunkerque ; sa sœur, Jacqueline, y est née en 1924. On sait que Nelly fait ses études au collège Lamartine, qu'elle est particulièrement douée pour le dessin, elle s'est inscrite à l'école des Beaux-Arts de la ville, et le théâtre. La famille déménage à Paris à la fin des années vingt. Nelly découvre la vie parisienne, les cabarets, les boîtes de nuit, le théâtre, elle continue ses études artistiques et devient dessinatrice, c'est la profession qu'elle déclare lors du remariage de sa mère en 1934, ses parents ont divorcé en 1931. Son père se remarie à Paris en 1936, il décède quelques mois plus tard. Les deux sœurs sont adoptées par le mari de leur mère, Emile Montel-Saint-Paul en 1939.
Mais avant ces évènements familiaux Nelly a trouvé sa vocation. Elle a réussi à pénétrer les réseaux du théâtre parisien. Un responsable du théâtre de La Madeleine lui propose d'intégrer la troupe qui se produit à bord du paquebot Normandie. Elle embarque au Hâvre le 8 mai 1936 avec une vingtaine de comédiens professionnels renommés, tel Marcel Dalio (qui vient de jouer dans le film Pépé le Moko) et Robert Trébor, le directeur du Théâtre Michel et ami de Sacha Guitry.

New York
La ville l'émerveille, elle est fascinée et refuse de retourner en France, malgré l'absence de visa d'immigration, inconsciente des risques. Ses amis du Normandie auraient demandé au consul de France de veiller sur elle. Elle trouve un engagement de trois semaines à l'Hôtel St Régis, au cabaret La Maisonnette Russe, elle y est tellement appréciée qu'elle y reste trois mois et y retourne à bord du Champlain en septembre 1936, avec un visa cette fois.
En juin 1938 elle est au Canada, elle a obtenu un engagement au Cabaret Chez Maurice, un grand cabaret de Montréal situé dans la rue Sainte Catherine, elle est au même programme que Tristan Bernard. En décembre 1938 elle est à Philadelphie au Cabaret Embassy.



Rainbow Grill janvier/février 1942



En 1939 elle se produit au Brevort Super Club de New York puis obtient un engagement en novembre 1941 au cabaret Rainbow Grill, annexe du Rainbow Room, salle de bal située au 65e étage du Building Rockefeler. En 1943 elle chante au cabaret Paris Qui Chante à New York. C'est à cette époque qu'elle rencontre le pilote de la RAF Bevis D. Davies qui devient son époux. En 1944 elle embarque pour Liverpool à bord de l'Axel Johnson et s'engage à Londres dans l'ENSA (Entertainments National Service Association), une association qui organise des spectacles et des concerts pour les troupes anglaises.

Londres
Dès juin 1945 elle se produit sur les ondes de la BBC, dans une production de l'ENSA. Ensuite elle est régulièrement invitée dans Variety Band Box, une émission destinée aux militaires.

Alexandra Herald and Central Otago Gazette 1946


En février 1946 c'est la sortie du film Caravan d'Arthur Crabtree, elle y tient un petit rôle aux côtés des stars du film, une servante outragée qui jure en français !



  des extraits du film



La même année elle enregistre quelques disques 78 tours pour DECCA à Londres : Ah le petit vin blanc / Take it away ; Coax me a lttle bit / C'est pas tous les jours dimanche ; No can do / I'm so all alone.

collection personnelle


U. S. A. / Paris / Londres / U. S. A. 
Après un bref retour en France, en mai 1947, pour des prestations dans une revue au Théâtre des Célestin à Lyon. New York l'appelle de nouveau, elle embarque à bord du Queen Elisabeth à Southampton le 27 août 1947. En novembre elle est engagée par la société DuMont, fabricant et producteur de télévision, pour animer sa propre émission, Café de Paris, sur la chaîne WABD. Son style original qui tranche avec la concurrence, ne semble pas du goût des critiques qui n'apprécient pas sa désinvolture, sa spontanéité et son humour. Néanmoins elle est The New Look in Television.

 
Radio Daily 1947 / Radio Mirror 1948



la java des matous

En 1948, elle enregistre deux chansons (La Polka des Fatigués et la Java des Matous) de Michel Emer, avec qui elle se produit sur la Riviera française au cours de l'été. L'épisode DuMont durera jusqu'en mars 1949, elle quitte la chaîne pour des raisons… financières et retourne sur la scène, en avril elle se produit à Montréal et en mai elle est invitée à chanter pour le mariage de Rita Hayworth et Aly Aga Khan à Vallauris. En novembre elle est interrogée comme témoin dans l'affaire de la rue Jean-Mermoz, le meurtre de son ami, et soupirant, Edward de Muralt, un Australien qui est tué par trois militaires. Elle a profité de sa présence en France pour trouver quelques contrats dont le Boccacio, boulevard des Capucines, à Paris. Puis elle retourne à Londres pour se produire dans la revue Latin Quarter jouée au théâtre du London Casino avec les Compagnons de la Chanson, alors au début de leur carrière.

collection personnelle


1950-1951 elle est à Londres, régulièrement invitée par la BBC Television. En 1952 elle retourne aux U. S. A. et on la retrouve à Los Angeles, à Hollywood précisément, où elle vit une relation, qualifiée de "romance torride" par la presse, avec l'écrivain français Pierre La Mure, auteur du roman Moulin Rouge dont s'inspire le film qui obtient 2 oscars en 1953.
Durant ces années 1950, on ne trouve pas de mention dans la presse d'une activité artistique publique. Seulement le dépôt de plusieurs chansons relevées dans le Catalogue des Copyrights. En 1955 sa mère décède à Nice et son père adoptif en 1957, elle hérite des terrains agricoles situés à Courtisols dans la Marne. En 1958 elle participe à un disque de musiques et chansons 1900*.



trois chansons extraites du LP La Moustache de Papa


En mars 1959 elle invitée au jeu télévisé de Groucho Marx, You bet your life. Dans les années 1959-1960 elle participe au USO Tour (United Service Organizations). En 1961 sort un court métrage du cinéaste Arcady, l'Ondomane, où elle est la partenaire du réalisateur, ce film obtient un prix au festival de Tours en 1962. Cette année là elle enregistre aux Etats Unis un disque 33 tours de Fables de La Fontaine en anglais et en français, dont elle a fait les traductions et la musique interprétée par deux musiciens réputés, Robert "Bob" Dorough et Al Schackman, on peut l'écouter ici. Elle anime ensuite une émission régulière destinée aux enfants sur WBAI à New York, ainsi que son émission Sylvie by Night diffusée à Philadelphie.
D'avril à juillet 1966, retour à Londres, à la BBC Home Service pour Sylvie by Day. Ensuite, d'après le témoignage de Bob Dorough, elle aurait eu une liaison amoureuse avec un saxophoniste de jazz, qu'elle a aidé, vainement, à surmonter sa dépendance à la drogue. Puis elle aurait vécu quelques années avec le producteur Harley Usill, fondateur du label Argo Records, ils venaient régulièrement rendre visite au couple Dorough à Poconos (Pennsylvanie), on est alors dans les années 1970/1980. Harley décède à Londres en 1991,  Sylvie est morte à New York en 1996.

Christian Declerck

Sources : Etat civil, Dunkerque-Sports, Ancestry.fr, FamilySearch.org, Archives.org, The Brooklyn Daily Eagle, The Montreal Gazette, Variety Magazine, The Miami News, The New York Evening Post, Alexandra Herald and Central Otago Gazette, The Bilboard Magazine, Image et Son, Programme WBAI, Genome.ch.bbc.co.uk, Qui ? Détective, Radio Mirror, Sponsor Magazine, Radio Album, Broadcasting Magazine, Florence Morning News, New York Magazine, Catalog of copyright entries, Catalogue DECCA, Bibliothèque municipale de Lyon et collection personnelle.
Mes remerciements à Jean Poirriez et Michel Steylaers pour leurs traductions.


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La Moustache de Papa, produit par Larry Shushan, Babary Coast Records, BC33018
Musiciens de l'orchestre :
Violons : Elliot Fisher, James Getzoff, Mme Elizabeth Waldo, Richard Bailey.
Trompettes : Jerry Rosen, Manuel Steven
Trombone : Harold Diner
Clarinette basse et clarinette : Lewis Ellenhorn
Clarinette : Morris Bercov
Flûte : Burnett Atkinson
Basson : Howard Terry
Flûte et clarinette : Mahlon Clark
Piano : Maurice Ellenhorn
Accordéon : Gene Garf
Basse et tuba : Ray Siegel
Percussion : Chester Ricord
Direction : "le prof. Pierre Chatouille"


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Généalogie de Nelly Chauveau
recherches personnelles


Les liens que vous avez manqués :

- l'ENSA
La moustache à papa (paroles et musique Sylvie St Clair)
- The Grasshopper and the Ant et autres fables de Jean de La Fontaine


Lietta Freckal, chanteuse calaisienne


collection personnelle


Extrait d'une coupure de presse non identifiée, non datée (archives municipale de Boulogne sur Mer)


"Charly Yorel nous parle de la chanteuse calaisienne Lietta Freckal
Pour situer Lietta Freckal, nous ne pouvons mieux faire que d'entendre Charly Yorel nous parler d'elle. Le sympathique artiste régional que nous avons applaudi fréquemment est en effet à l'origine de la carrière artistique de Lietta Freckal.
C'est en 1949, nous précise-t-il, que j'ai entendu pour la première fois la jeune Calaisienne. Je tiens tout d'abord à vous dire que Lietta, qui est la plus charmante fille que j'ai connu, tient à l'orthographe correcte de son nom qui comporte 13 lettres. Cette petite exigence est la conséquence d'une innocente superstition.
A cette époque je participais à un gala de variétés organisé par la société Concordia, au théâtre de Calais. Je venais de me produire dans un numéro de prestidigitation et, en coulisse, je remettais en ordre mon matériel. Une jeune chanteuse m'avais succédé en scène et ses accents étaient si prenants, sa personnalité tellement évidente, que je subis une impression indéfinissable qui me cloua sur place.
C'était Lietta Freckal qui chantait. Elle interpréta l'Accordéoniste et Hymne à l'Amour avec un talent que lui aurait envié Edith Piaf. Son succès fut éclatant.
Quand Lietta sortit de scène je lui fais la proposition de la joindre à mes camarades et à moi-même dans les futurs programmes que nous avions l'intention de donner dans la région boulonnaise.
Lietta accepta et débuta avec notre petite troupe à Boulogne, en juin 1950, lors d'un gala donné à l'occasion du centenaire des Etablissements Baignol et Farjon. Son talent de chanteuse réaliste impressionna profondément l'auditoire."
"Mariée à M. Pierre Deguines, instituteur, elle s'appelle Juliette Frère. C'est Jack Nellos, l'animateur de Concordia qui lui trouva ce diminutif de Lietta complété pour le nom de la première syllabe de son nom de jeune fille auquel il ajouta "ckal"… parce qu'elle était de Calais. Elle est musicienne et a appris le violon, ce qui lui permet de toujours interpréter ses chansons dans les meilleures conditions.


à 00:37 on aperçoit Lietta 

La B.B.C. vient à Calais

La jeune téléphoniste suivit Charly Yorel dans de très nombreux concerts donnés dans la région et même au delà. Puis un jour, la B.B.C. traversa le Détroit avec tout son matériel, pour faire un reportage sur Calais. Il s'agissait plutôt d'une série de courts reportages qui allait permettre à la télévision britannique d'évoquer le Calais sportif, commercial, industriel et artistiques On ne manqua pas de faire appel à Lietta, qui allait ainsi devenir une vedette remarquée des téléspectateurs britanniques. l'un d'eux, et non des moindres, sir Eric Fauwcette, metteur en scène à la B.B.C. télévsionna le reportage sur Calais. Il entendit et vit Lietta qui le bouleversa au plus haut point.
Ce technicien du grand service anglais n'avait pas encore fixé son choix sur la chanteuse qui devait figurer dans le programme du Salon de la Télévision. Celui-ci devait s'ouvrir dans les jours suivants. Il avait, auparavant, pensé faire passer Edith Piaf dans son tour de chant. L'audition et la vision de Lietta Freckal modifia son projet primitif. Il téléphona le lendemain à Calais et fit à la jeune artiste une proposition très intéressante pour passer à la B.B.C. […] Lietta interpréta une demi-douzaine de chansons dont La vie en rose, succès dont les Britanniques sont aussi friands que des fantaisies sur Carmen. Son succès fut entier. Le lendemain Le Ciros, grand cabaret de Londres, offrait à la jeune Calaisienne un engagement de trois mois pour lequel il proposait 1.200.000 francs. Elle devait passer tous les soirs dans un tour de chant réaliste. Lietta n'accepta pas. […]"

photo de presse, collection personnelle



Témoignage de sa fille Martine Courtin-Deguines (juillet 2016)


Sa première prestation publique, elle l'avait faite lors de la grève chez Brampton. Il y a eu une photo prise de haut, où on la voit chanter en robe à fleurs, avec les grévistes assis par terre. Elle a aussi participé à quelques revues avec André Culié, juste après la guerre, plutôt des petits rôles, et elle a toujours refusé de jouer la Zabel de la revue de Boulogne sur Mer montée par Jean Jarett. Mon père ne voulait pas, il disait qu'elle allait se dévaloriser.
Ma mère a été choisie pour représenter la France pour la première liaison Eurovision Grande Bretagne - Continent en 1950. Elle avait 22 ans. A la suite de ce passage (elle avait chanté La Vie en Rose) les Anglais ont envoyé une avalanche de lettres à la BBC pour savoir qui était cette jeune femme qui chantait si bien, et qui n'était pas vulgaire comme Piaf (authentique ! c'est ce qui ressortait de la plupart de ces courriers). Un certain Picket-Wilkes (que j'ai connu, il est venu souvent à la maison avec son épouse et il devait être un peu amoureux de ma mère) qui était quelque chose comme directeur des programmes de variétés à la BBC, il l'a fait revenir. Elle a chanté à nouveau La Vie en Rose, partiellement en Anglais, cette fois, et la BBC lui a offert un contrat d'exclusivité, ce qui n'était pas rien à l'époque. Il fallait venir s'établir en Angleterre, et ma mère a refusé (sous la pression de mon père, je le sais, qui avait peur de l'aventure).

source : revue Radar, date ?
collection personelle


A l'époque, ils étaient fonctionnaires tous les deux, et la sécurité lui importait plus qu'une hypothétique carrière artistique. Ils avaient connu la guerre (mon père, refractaire au STO, a vécu caché pendant deux ans) et ses privations (ma mère était réfugiée dans l'Est avec ses soeurs et sa mère, mon grand-père, sapeur-pompier, étant réquisitionné à Calais et elles ont eu faim), ceci peut expliquer cela. Elle a continué les concerts en France, tout en gardant son emploi au central téléphonique de Calais. En 1955, pour fêter les 5 ans de l'Eurovision, la BBC avait invité tous les protagonistes de la première émission. Elle a été à nouveau conviée à la BBC, mais pour un passage assez bref, qui a, à nouveau, donné lieu à des demandes importantes de la part du public. Re-proposition de contrat, un vrai pont d'or me semble-t-il. Là, elle a nouveau refusé. Tout comme elle a refusé d'être mutée à Strasbourg, où les PTT lui avaient proposé un poste aménagé et se proposaient de sponsoriser sa carrière. Oui, ça, c'est exact, même si ça parait amusant et incroyable. Là encore, refus de mon père. Et fin de l'espoir d'une carrière internationale, et même d'une carrière tout court.
Car, entretemps, il y avait l'imprésario de Piaf qui intervenait régulièrement pour empêcher la parution des articles la concernant en France.
Elle a continué de chanter dans des galas régionaux, et en aussi en Normandie, tout en continuant de travailler aux PTT. Les tournées d'été La Voix du Nord, Kermesses de la bière à Maubeuge, premières parties d'artistes parisiens venus se produire dans le Nord.

Des souvenirs

Souvenir des paroles des chansons que ma mère affichait sur le papier peint de la cuisine pour les apprendre (mon père et moi en savions aussi long qu'elle à force !) des chansons apprises et répétées sur le vieux Gaveau du salon, ma mère sérieuse, concentrée, qui "sentait" du premier jet paroles et musique en même temps, et qui n'en variait pas. Si elle n'aimait pas, ne sentait pas une chanson, elle ne la prenait pas à son répertoire. Et mon père qui s'arrachait les cheveux, parce qu'il fallait transposer les chansons à cause de la tessiture de ma mère, qui chantait dans un ton pas possible. On s'y collait le jeudi après-midi, à recopier les chansons transposées, lui et moi (j'étudiais le piano, ça me faisait un bon exercice) Il y avait une foule de documents dans une valise (coupures de presse, photos, affiches etc.) chez mes parents. Mais quand mon père a mis en vente la maison, il a passé une semaine à brûler des tas de choses, dont tout ce qui avait trait à la carrière de ma mère, y compris ses dernières robes de scène et d'innombrables photos et souvenirs personnels et professionnels. Je n'ai pas récupéré grand chose. Je suppose qu'il voulait que tout cela disparaisse avec eux. Sur la fin, il était un peu spécial, mais bon, c'est ce qu'il voulait.
J'ai en tête d'innombrables anecdotes sur cette tranche de vie. C'est drôle, de vous écrire tout ça, plein de choses me reviennent en mémoire. Mon père lui a fait arrêter la chanson en 1968, en disant à ses deux impressari (Jean-Pierre Panir et Bertal) qu'elle n'était pas disponible pour les dates proposées. Ils ont fini par ne plus appeler. Il considérait qu'à 42 ans, avec une fille mariée, elle avait passé l'âge de se produire en public. Très entre nous, je considère que mon père a brisé sa carrière. D'ailleurs, ma mère le lui a souvent reproché. Je crois qu'il se savait moins talentueux qu'elle et avait peur de la perdre. Ma mère était très belle et chantait réellement merveilleusement bien.
Elle avait un talent fou et savait ce qu'elle voulait, malheureusement, elle appartenait à cette générations de femmes dont le mari gère la vie, et elle n'a pas su (ou pas voulu) s'imposer.
Je l'ai vue (et pas qu'une fois) entrer en scène dans une salle houleuse (Kermesse de la Bière à Maubeuge, Salle des Fêtes à Bucaille, près de Boulogne) où tous les artistes refusaient d'aller chanter, et retourner le public dès sa première chanson. On n'entendait pas une mouche voler, et pourtant, c'étaient des public difficiles. Elle arrivait à les faire taire, à l'écouter, et ils lui faisaient une ovation. Ça, je l'ai vu à chaque fois. Elle avait un vrai talent, un vrai charisme.


D’autres souvenirs

Quant à mon père [Pierre Deguines (1922-2011)] il était instituteur, mais également l'accompagnateur au piano de ma mère. Il a travaillé dans l'orchestre de Jo Bouillon, avec Joséphine Bakker et il a crée l'orchestre Blue Melody (c'est comme ça qu'il a rencontré ma mère en 1948). Puis, il a dirigé l'orchestre du casino de Calais pendant de nombreuses années, après avoir animé le cabaret l'Oasis, juste en face du Casino.

Pierre Deguines (à gauche) et Lietta Freckal
collection personnelle


Charly Yorel (de son vrai nom Charles Leroy), je l'ai très bien connu. Je l'aimais beaucoup. C'était un vieux garçon, mais il adorait les enfants, et il me fabriquait toutes sortes de petits objets rigolos et de très beaux dessins, ce pourquoi il était très doué. Il était calme et très pince sans rire. Impossible, à le voir, de deviner qu'il était capable de faire rire à ce point sur scène. Je le compare souvent à Jango Edwards, c'était le même genre de risque tout que rien ne démontait.


collection personnelle


On a dit qu'il s'était suicidé, mais il n'avait à ce moment, aucune raison de le faire : il avait une amie et ils devaient se marier. Mais c'était un bohème, un genre de professeur Tournesol, et son tuyau de gaz n'était pas sécurisé du tout. Ca a été un grand choc pour nous d'apprendre son décès. Je me souviens encore de son enterrement à Pont-de-Briques. Lui et puis Jean Jarett, qui était fantaisiste sur scène et entrepreneur des pompes funèbres le jour mais n'était jamais sérieux, même dans la vie. Je ne sais pas comment il faisant pendant les enterrements.
Et puis les clowns Gilmano et Vincetti, Jeany Stander, la présentatrice de tous ces spectacles, Nellos, agent de police hors de la scène, Emile Lamour, (nom de scène Gilbert Elmy) le ténor chéri de ces dames, André Culié, et par là-dessus, jamais bien loin, les frères ennemis du journalisme, Robert Lassus (Nord-Littoral) et Robert Chaussoy (dit File-Vite) pour la Voix du Nord. Et Ch'guss, et André Bal (devenu ensuite Tit Louis d'Peuplingues) qui jouait de la scie musicale, et ne manquait jamais de cracher dans un grand mouchoir à carreaux avant d'entrer en scène pour présenter les spectacles.
Et Serge Davri, comique complètement déjanté, qui venait souvent chez nous aussi. Lui, c'était quelque chose aussi. Quand il chantait je suis le maître à bord et se faisait sauter dans sa lessiveuse. Oh la la ! Il a répété ça souvent dans le jardin de notre maison. Ca déménageait !
Et Sacha Distel, grande vedette de l'époque, qui devait être un peu amoureux de maman (qui ne l'était pas ? Elle était si belle !) et qui la demandait toujours en première partie de ses spectacles. Après, il venait manger à la maison avant de rejoindre sa chambre au Meurice. Et j'était une petite fille très frustrée, parce que je ne pouvais pas le raconter à mes copines du lycée Sophie Berthelot ! Je l'avais fait une fois, et tout le monde s'était moqué de moi, personne ne m'avait cru. Et pourtant c'était vrai ! Sacha Distel était vraiment venu manger la veille au soir le civet de lièvre préparé par mon père. Que de souvenirs ! J'étais petite, puis adolescente, mais j'ai des images précises de tout ça, car c'étaient aussi des amis que mes parents recevaient volontiers chez eux .


Des enregistrements disparus

Ma mère a fait un disque dans les années 61-62. Il y avait 4 titres dessus (dont Ne me quitte pas, Chanson vagabonde, L'homme à la moto). La distribution de ce disque a été bloquée par Edith Piaf, qui ne faisait pas de cadeau à celles qui menaçaient de lui faire de l'ombre. Le disque n'a jamais dépassé le stade de la maquette, il n'y a même pas eu de pochette éditée. Ceci est véridique : Piaf faisait acheter les reportages réalisés sur ma mère afin qu'ils ne paraissent pas. Je me souviens de reporters de Paris-Match qui avaient passé plusieurs jours à Calais pour suivre la famille de Lietta Freckal au quotidien. Ils étaient venus à la maison, bien sûr, mais aussi à son travail, au Central Téléphonique, Boulevard Gambetta. Cet article, et beaucoup d'autres, n’ont jamais paru. J'étais petite, parce que j'avais perdu mes incisives devant, et ils m'avaient photographiée riant aux éclats, ça doit dater de 1955-1957. Elle a également fait une émission pour la télévision régionale en 1963 ou 1964. Elle y jouait le rôle d'une chanteuse de cabaret assassinée, dont un inspecteur de police tentait de trouver le meurtrier. Bien entendu, l’émission était émaillée de nombreux flash-back au cours desquels elle chantait, entre autres chansons, La Mama.
Quant aux bandes-son de concert, il n'y en a jamais eu, ma mère refusait qu'on l'enregistre. Si, peut-être une seule : une bande a été enregistrée lors d'une fête du 1er Mai au Parc Municipal de Calais. Je m'en souviens, parce que Robert Damien, batteur de l'orchestre Blue Melody, avait joué ce jour-là et il avait été tué le lendemain en démontant le podium. Il était électricien à la ville de Calais et c'était le cousin germain de maman, qui avait été élevée avec lui et qui avait été très choquée de cet accident. Je crois que c'était en 1958-1959. Il était le mari de Monique Damien, devenue ensuite Monique Dupont, et le père d'Eric Sprogis et d'Alain Damien qui ont tous deux dirigé le Conservatoire de musique de Calais. Une bande magnétique avait été réalisée, et mes parents en avaient eu une copie. J'ignore qui a conservé les autres copies et l'original.


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